Ph. Laurent : « 20 milliards d’euros de manque à gagner pour les collectivités »

Invité du Club des entreprises du Grand Paris le mercredi 20 mai 2020, le maire de Sceaux (Hauts-de-Seine) est revenu sur la gestion de la crise par les élus locaux et sur leur rôle dans le monde post-Covid. Sans se prononcer sur la date du 2d tour des municipales, il juge la situation intenable. Philippe Laurent souhaite une prise en charge par l’Etat du manque à gagner des collectivités, estimé à 20 milliards d’euros en cumulé sur 2020, 2021 et 2022.

Le maire de Sceaux, Philippe Laurent, était l’invité du Club des entreprises du Grand Paris le mercredi 20 mai afin d’ouvrir une série d’entretiens consacrés aux élus locaux pendant la crise et après. « Cette période pour un maire est très difficile, mais il y a eu un très fort engagement de l’administration locale dans la gestion de cette crise », a introduit en préambule le secrétaire général de l’Association des maires de France (AMF). Elle a démontré toute son agilité et sa capacité à répondre rapidement à des situations inédites », a-t-il salué.

Interrogé sur l’assèchement des recettes publiques à la suite de l’épidémie, l’élu a estimé que les collectivités devraient jongler avec un manque à gagner, entre dépenses supplémentaires et pertes de recettes, autour de 20 milliards d’euros pour les années 2020, 2021 et 2022.

Philippe Laurent. © Jgp

« La cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) est une recette importante des collectivités et elle est très dépendante de l’économie, par conséquent une diminution du PIB en 2020 aura des conséquences sur la fiscalité perçue en 2021 et 2022 », a expliqué l’édile. Cette diminution de la capacité d’autofinancement des acteurs locaux aura des effets négatifs sur l’engagement de nouveaux programmes d’investissement pour accompagner la relance estime l’élu. C’est pourquoi, « il serait intéressant que l’on réfléchisse à une système dans lequel l’Etat vienne compenser tout le manque à gagner ». En contrepartie les collectivités locales augmenteraient leurs investissements. « Ce deal est ponctuel », précise le maire de Sceaux.

Plus précisément, l’élu souhaite que cette compensation de l’Etat soit financée au moyen d’une dette mutualisée à l’échelle de l’Europe. Il a par ailleurs salué l’accord entre l’Allemagne et la France, qui ont proposé un plan de relance de 500 milliards d’euros. « Il ne faut pas faire n’importe quoi sous prétexte qu’il faut dépenser de l’argent, a commenté Philippe Laurent. Nous ne devons pas allez trop vite dans certains investissements, mais d’autres peuvent se faire plus rapidement. »

Confinement allégé plutôt que déconfinement

Il a également été question du déconfinement, en vigueur depuis le 11 mai, un terme que l’élu des Hauts-de-Seine n’apprécie guère. « Au bout d’une semaine d’allègement du confinement, car en réalité c’est un allègement plutôt qu’un déconfinement, terme qui n’est pas adapté selon moi car il marque une rupture. nous constatons une forme d’oubli très rapide des contraintes », indique Philippe Laurent. Mettant en garde face au « retour de bâton », l’élu a botté en touche quant à la date du second tour des municipales.

« Je ne me prononce pas pour savoir ce qu’il faut faire, c’est au gouvernement de s’exprimer et de prendre la décision », a déclaré Philippe Laurent au sujet des élections municipales.

« Je ne me prononce pas pour savoir ce qu’il faut faire, c’est au gouvernement de s’exprimer et de prendre la décision mais plus on tarde, moins on est sûr que la situation sera meilleure en septembre, surtout si on doit refaire une campagne », a déclaré l’élu. Avant de préciser que « cette situation est difficilement tenable. Il faut bien que ça s’arrête à un moment donné. Vous avez les intercommunalités derrière et nous hésitons à prendre de grandes décisions d’investissement, donc tout est retardé, c’est une situation pénible », a-t-il résumé.

Une administration centrale trop présente

Le sempiternel débat français sur les relations entre l’Etat et les collectivités locales a aussi été évoqué. « Le gouvernement s’est comporté comme à son habitude, il nous a dit : voilà ce qu’on va faire et on a besoin de vous pour le mettre en place, a décrit Philippe Laurent. Mais cette situation n’est pas nouvelle, elle est due à des questions culturelles et à la prééminence de l’administration centrale. » S’il aurait préféré la constitution d’une « conférence de l’exécutif des pouvoirs publics » en temps de crise afin de réunir l’ensemble des associations d’élus pour mettre toutes les informations sur la table, le maire de Sceaux a toutefois salué les réunions hebdomadaires qui se sont tenues avec le secrétaire d’Etat chargé de la Fonction publique territoriale. « On aurait pu le faire de la même manière dans toute une série de domaines », a-t-il regretté.

« Si on parle de l’Etat, l’administration pure et normative avec sa propre culture il y en a trop mais si on parle de l’Etat stratège, il y a un vrai travail à faire », a estimé Philippe Laurent ici avec le président de la République lors du dernier congrès des maires. © Jgp

« La date du 11 mai a débarqué comme ça, personne n’était préparé. Je pense qu’il aurait été préférable de mener une réflexion au préalable pour savoir ce qu’il fallait faire. Pour finir, on a rouvert les écoles dans des conditions pas si mauvaises, car en général avec l’Etat local ça se passe de manière fluide », a consenti Philippe Laurent. « Si on parle de l’Etat, l’administration pure et normative avec sa propre culture il y en a trop, mais si on parle de l’Etat stratège, il y a un vrai travail à faire. »

Plus de participation citoyenne

Le maire de Sceaux a également appelé à un resserrement de l’action sociale au niveau local. Si l’exercice de cette compétence par les Départements a fonctionné au début, elle est désormais moins performante. Il préconise de passer des conventions entre les conseils départementaux et les communes pour déléguer une partie de la compétence « comme nous l’avons fait dans les Hauts-de-Seine », a expliqué l’édile. Enfin, ce dernier souhaite un renforcement de la participation du citoyen à l’ensemble « de la réflexion de la politique locale » et pas uniquement au travers des budgets participatifs.

Solidarité locale, réflexion sur les espaces publics et les extérieurs des logements, démarche environnementale et place du vélo sont autant de sujets primordiaux que les citoyens doivent s’approprier. « Globalement, nous avons un très bon niveau d’équipements publics en France, maintenant il faut remettre de l’humain dans la prise de décision et repenser la ville en renforçant le poids du public dans les orientations », a conclu Philippe Laurent.

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