L’incubateur Paris pionnières, qui soutient l’entrepreneuriat féminin, a déménagé dans le Sentier (2e arr.) et changé de présidente. Marie Georges, ancienne incubée et nouvelle présidente, explique les évolutions et opportunités rendues possibles par ces nouveaux locaux.
Pouvez-vous tout d’abord nous présenter votre parcours ?

Marie Georges. © DR
J’ai été l’une des premières entrepreneures accompagnées par Paris Pionnières il y a dix ans, alors que l’incubateur venait de se créer. Je sortais de Sciences Po et j’ai créé une société, TroisTemps, qui faisait du conseil et de l’accompagnement en responsabilité sociale des entreprises (RSE). L’entreprise a fusionné fin 2014 avec Meanings [agence de communication intégrée, leader en communication corporate, ndlr], dont je suis aujourd’hui directrice associée. Avec mon associée, nous n’aurions ni créé ni développé autant notre société s’il n’y avait pas eu Paris Pionnières. Il est très important d’être accompagné, notamment pendant les deux premières années qui sont capitales. Avec quelques anciennes pionnières, j’ai créé le club des alumni, afin de faire perdurer l’échange, le partage entre les générations de pionnières. Je suis entrée au conseil d’administration de Paris Pionnières il y a trois ans et je suis devenue présidente dans la logique de l’idée de départ : que ce soit une pionnière qui prenne un jour les rênes !
L’entrepreneuriat féminin a-t-il évolué depuis la création de l’incubateur ?
Quand Paris Pionnières a été créé, il y avait 5 % de femmes entrepreneures à Paris. Elles sont maintenant 21 % et la ville est devenue la capitale européenne des startupeuses. C’est un grand chemin parcouru. Notre objectif : créer de la croissance économique par l’entrepreneuriat, et en particulier par l’entrepreneuriat des femmes. Environ 1 000 emplois ont été créés par les start-up incubées depuis l’origine. Les femmes à la tête d’entreprises portent également un modèle de leadership qui révolutionne le management avec un fonctionnement plus participatif, une attention particulière à l’équilibre vie professionnelle-vie personnelle… C’est là le sens de l’histoire. Et en poussant les femmes à entreprendre, nous accélérons ce mouvement.
Nous travaillons à des partenariats avec des structures à l’étranger, afin de faciliter l’internationalisation de nos start-up.
Paris pionnières n’est toutefois pas réservé qu’aux femmes ?
Nous défendons la mixité et avons une politique qui va dans ce sens. Nous accompagnons les entreprises qui comptent une femme dans l’équipe de direction. Il y a donc quasiment autant d’hommes que de femmes soutenus par l’incubateur. Nous avons une place à part dans l’écosystème car la tendance est à la thématisation. Nous sommes généralistes, ce qui peut nous conduire à nous adosser à des spécialistes. Nous avons par exemple conclu un partenariat avec Le Tremplin, incubateur de Paris&Co spécialisé dans le sport, qui ne comptait que des hommes. Nous avons sourcé des projets portés par des femmes dans ce domaine que nous allons coincuber. Nous travaillons par ailleurs à des partenariats avec des structures à l’étranger, afin notamment de faciliter l’internationalisation de nos start-up.
Que signifie ce déménagement au 35 rue du Sentier, au coeur de l’écosystème d’innovation parisien ?
Cela fait 11 ans que Paris Pionnières existe et ces nouveaux locaux sont un tournant pour l’association. Nous disposons désormais de 600 m2 dans un lieu que l’on souhaite être un hub très ouvert sur l’écosystème et au-delà. Le lieu est très important pour favoriser les échanges entre start-up. Nous avons un véritable espace de coworking qui marche déjà très bien un mois après l’ouverture et qui amène des rencontres avec des personnes qui ne sont pas incubées.
Ce lieu nous permet également d’organiser des événements, comme les « Robinsonnes », rencontres autour de témoignages d’entrepreneures, pour s’inspirer et échanger les vrais bons plans pour réussir. Notre hub accueille aussi des entreprises qui sont en recherche d’innovation, d’esprit start-up ou de femmes leaders. Nous leur organisons des échanges avec nos startupeuses, des hackathons… nous décloisonnons.

Le nouvel espace de Paris pionnières, 35 rue du Sentier (2e arr.). © J. Weston/Paris pionnieres
Ouverture sur les grandes entreprises, internationalisation… cette évolution fait penser à celle de Numa, l’association va-t-elle également devenir une entreprise ?
La question de notre modèle économique se pose. Historiquement, nos deux plus gros financeurs sont la ville de Paris et la Région, avec une mission d’intérêt général très claire, et ils nous demandent aujourd’hui de trouver de nouveaux relais de croissance. Notre nouveau programme d’intrapreneurship, baptisé « 66 Miles », en est un. Il s’agit d’aider des femmes de grands groupes à monter leurs sociétés ou à insuffler de l’innovation au sein de leur entreprise. A court terme, cela pourrait nous amener à travailler sur ce qui relève des activités lucratives ou non. Toutefois, la vocation de Paris Pionnières n’est pas de devenir une entreprise. Nous sommes porteurs d’une mission d’intérêt général et nous garderons une partie d’activités non lucratives, grâce à nos partenaires publics et privés.
Pouvez-vous présenter les autres programmes ?
Nous proposions jusqu’ici un accompagnement en deux temps avec un programme de pré-incubation, désormais appelé #Wodi, et un programme d’incubation comprenant du coachinq individuel et collectif et de l’hébergement. Nous avons ajouté la brique #Possible, que nous sommes seules à faire. Il s’agit d’un start-up camp de trois jours [le prochain se déroule du 1er au 3 juin, ndlr] avec des ateliers, du coaching pour les femmes qui ont des idées mais qui ne sont pas sûres de se lancer. Nous en avons déjà fait quatre et cela nous permet de déboucher sur des projets mâtures que l’ont peut prendre en #Wodi. En effet, avec plus de 600 candidatures par an, la sélection est difficile et nous avons donc tendance à prendre les projets les plus aboutis or, à la base, notre vocation est de soutenir des projets qui n’auraient pas vu le jour sans notre aide.