L’eau tente son retour en ville

Longtemps, la région parisienne a caché ses eaux. Gérer cours d’eau et eaux pluviales en surface devient cependant un nouvel enjeu écologique. Mais comment procéder ? L’Institut Paris Region a étudié six quartiers franciliens qui ont fait le choix d’autoriser le retour de l’eau dans la ville.

Qu’il s’agisse d’eau de pluies ou de petites rivières, comme la Bièvre, le constat est le même : « l’eau courante est peu visible dans l’agglomération parisienne. Elle a été enterrée et canalisée au fil du développement de la ville, pour protéger les citadins des épidémies comme des inondations et pour favoriser le transport fluvial », explique la note rapide publiée par l’Institut Paris Region en ce mois de juillet 2021. L’eau ne représente du reste que 1,3 % de la surface de l’Ile-de-France et 2,2 % de celle de l’agglomération parisienne.

Mais aujourd’hui, ce modèle est battu en brèche. Car gérer en surface les eaux pluviales limite la pollution des cours d’eau, mais aussi les risques d’inondation. Autoriser les rivières à déborder en dehors de leur lit diminue également l’ampleur des dégâts causés par les crues. Mais comment réintroduire l’eau dans un espace urbain souvent minéral et sec ?

Dans la ZAC Le Grand Parc, à Bondoufle (Essonne), aménagée par Grand Paris Sud Aménagement, le parc central peut être inondé en cas de fortes pluies. 97 % de la gestion de l’eau s’effectue, par ailleurs, à ciel ouvert. © Jgp

Six quartiers franciliens étudiés

Les experts de l’Institut Paris Region sont allés étudier six quartiers franciliens ayant choisi de donner une nouvelle place à cet élément liquide. Il s’agit du quartier des Docks, à Saint-Ouen et du quartier de la Noue à Montreuil (Seine-Saint-Denis), de la zone humide du Vignois à Gonnesse (Val d’Oise), de la zone d’activité des Chanteraines à Villeneuve-la-Garenne et de l’écoquartier Hoche à Nanterre (Hauts-de-Seine), et, enfin, de l’écoquartier Clause-Bois-Badeau à Bretigny-sur-Orge (Essonne).

Chacun des sites étudiés a travaillé sur les reliefs : « chaque quartier est appréhendé comme un petit bassin-versant où l’eau circule de façon gravitaire à travers les pentes et l’espace public, pour être finalement stockée dans les points bas », explique l’Institut Paris Region.

Ainsi, dès l’amont, des toitures végétalisées permettent une première rétention de l’eau. Ensuite, des noues (autrement dit, des fossés) recueillent l’eau des voiries qui s’infiltre dans le sol, piégeant, au passage, certains polluants.

Mais cela ne suffit pas toujours. Dans certains quartiers, a également été construit un espace de stockage des eaux dans un point bas du site. Parfois, ce lieu est aménagé en zone humide ou en plan d’eau, agrémenté d’une végétation typique. C’est le cas dans la ZAC des Chanteraines, à Villeneuve-la-Garenne, structurée par une zone inondable centrale. Mais aussi dans les Docks de Saint-Ouen ou dans le quartier de Clause-Bois Badeau.

Dans le quartier du Vignois, à Gonesse (Val d’Oise), d’anciennes parcelles en maraîchage jouxtant le Croult, réduit à un canal bétonné, ont été transformées en zone humide servant aussi de parc public. Le cours d’eau a été déplacé vers un tracé ancien afin de l’éloigner du quartier pavillonnaire dont il empêchait les eaux de pluie de s’écouler. © Manuel Pruvost-Bouvattier/Institut Paris Region.

Lier gestion des eaux fluviales et pluviales

Ces « bassins » amènent une diversité paysagère et faunistique, et contribuent à une meilleure biodiversité. En outre, ils permettent de maîtriser les phénomènes d’îlots de chaleur urbain, et de contribuer à la protection de la ressource en eau, qui s’infiltre naturellement dans les sols et recharge la nappe phréatique. Cerise sur le gâteau : ces espaces constituent des lieux de promenade, voire de jeux pour les riverains. Tel est le cas par exemple dans un autre quartier francilien, celui du Grand Parc à Bondoufle (Essonne) : 97 % du réseau d’eau pluviale y est à ciel ouvert, et une partie du parc peut être inondée.

Enfin, les eaux de pluie deviennent une ressource pour les habitants. Ainsi, au parc des Docks de Saint-Ouen, mais aussi dans le quartier de Clause-Bois Badeau, une partie de l’eau de pluie est utilisée pour l’arrosage des jardins partagés.

Point de distribution d’eau de pluie pour l’arrosage des jardins partagés au parc Clause-Bois Badeau (Brétigny-sur-Orge). © Manuel Pruvost-Bouvattier/Institut Paris Region.

Une démarche encore émergente

Parfois, il est même possible de gérer à la fois les eaux pluviales et les humeurs d’une rivière voisine. Situé en bord de Seine, le quartier des Docks à Saint-Ouen est ainsi soumis au risque d’inondation lié aux crues du fleuve : une partie du site est du reste inconstructible. Un grand parc y a été implanté, servant à la fois de zone d’expansion de crue et de gestion des eaux de pluie. La zone d’activités des Chanteraines à Villeneuve-la-Garenne procède de la même logique.

Cependant, le travail visant à faire revenir l’eau dans les villes est immense, constate l’Institut Paris Region. Trop souvent, persistent des discontinuités de gestion entre les parcelles privées et les espaces publics. Souvent les noues forment des trames intermittentes, s’effaçant aux intersections. Et, bien souvent encore, les eaux de toiture sont stockées dans des bassins bétonnés au sein des parkings des immeubles.

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