L’élue socialiste du 18ᵉ arrondissement de Paris lance un « Observatoire féministe 2026 » pour évaluer l’engagement des candidats aux municipales. Objectif : dépasser les discours en scrutant programmes, listes électorales et dispositifs internes contre les violences sexistes.
Pourquoi créer un observatoire féministe en amont des municipales de 2026 ?
Il s’agit d’adresser un message clair aux partis : le caractère féministe de leur programme, la composition de leurs listes, l’organisation de leurs équipes et la gestion interne des violences sexistes seront examinés. Nous voulons exercer une forme de « saine pression » sur l’ensemble des formations, car si ces sujets sont désormais discutés, ils sont loin d’être réglés.
Concrètement, comment allez-vous procéder ?
Nous enverrons un questionnaire aux candidats à la rentrée. Il portera sur trois volets : les politiques municipales en matière d’égalité femmes-hommes (accès aux services publics, éducation, espace public…), les engagements en matière de parité, y compris la répartition des fonctions exécutives, et enfin la gestion des violences sexistes et sexuelles (VSS), notamment l’existence de systèmes d’alerte et de traitement des signalements. Nous demanderons aussi si des militantes féministes sont intégrées aux listes.
Votre démarche sera-t-elle différente selon les familles politiques ?
Non. Le questionnaire est le même pour tous. Mais il y a un enjeu de cohérence entre discours et pratiques effectives à gauche, où l’engagement féministe est plus affirmé. A droite, ces thématiques restent encore minoritaires, et les dispositifs internes sur les VSS sont rares.
Comment articulez-vous votre approche avec la présomption d’innocence ?
Je ne fixe pas de ligne rouge. Je demande aux partis d’expliquer quels mécanismes ils ont mis en place pour prévenir la présence de personnes problématiques sur leurs listes. C’est à eux d’être transparents et responsables.
Pourquoi estimez-vous que le monde politique accuse un retard sur ces questions ?
Parce qu’il y règne une culture de l’impunité. Dans le privé ou la fonction publique, un signalement entraîne une enquête. En politique, rien n’oblige à agir. Il y a un vide juridique. Cet observatoire, même imparfait, doit inciter les partis à progresser tout en permettant la valorisation et diffusion des bonnes pratiques.
Vous avez une position claire sur la parité…
Oui, elle doit être stricte. Non seulement sur les listes, mais aussi dans la désignation des têtes de liste et l’accès aux postes de pouvoir. Il ne suffit pas que les femmes soient présentes, il faut qu’elles exercent des responsabilités clés, dans les arrondissements importants ou les fonctions régaliennes.
Votre initiative s’inspire-t-elle d’autres démarches ?
Oui, d’associations féministes comme « Osez le féminisme » qui publient des baromètres féministes à l’occasion de la présidentielle. Ce que nous apportons, c’est un outil appliqué aux municipales et étendu aux dimensions internes de parité et de traitement des VSS. Le questionnaire a été élaboré avec la militante féministe Marie-Noëlle Bas. Nous voulons évaluer les actes, pas seulement les intentions.
Un exemple de cas qui justifie votre initiative ?
Plusieurs cas oui, et récemment celui de la candidate à la primaire socialiste Marion Waller, qui a dénoncé des propos sexistes tenus dans un parti revendiqué féministe. Le signalement de ce type d’incident, s’il est pris au sérieux, peut enclencher une dynamique vertueuse. Plus on parle de ces sujets, plus les comportements changent.
Quel est le calendrier prévu ?
Le questionnaire sera envoyé à la rentrée. Une conférence de presse accompagnera le lancement. Une restitution publique des réponses est prévue début 2026. Pour éviter tout soupçon de partialité, je me déporterai de l’analyse, étant moi-même candidate.
L’initiative pourrait-elle s’étendre au-delà de Paris ?
Oui. J’ai été contactée par des élus d’autres villes intéressées par la méthode. Nous sommes prêts à partager le questionnaire et la méthodologie. L’objectif est que les partis s’approprient cette culture de transparence et d’égalité.
Quels autres thèmes seront abordés dans le questionnaire ?
Nous interrogerons les partis sur leur soutien aux associations féministes, sur les budgets dédiés aux droits des femmes et sur l’existence d’un budget genré. Ce dernier permet de classer les dépenses à l’aune de leur impact sur l’égalité femmes-hommes. Paris s’est engagée dans cette démarche, comme Lyon, mais cela reste rare, surtout hors des villes de gauche. Diffuser cette culture est un objectif en soi.
