En campagne avec… Danielle Simonnet

Conseillère de Paris (Front de gauche), Danielle Simonnet mène la liste divers gauche Décidons Paris. Alors que les derniers sondages ne lui prédisent que 5 % des suffrages, elle espère comme en 2014 se maintenir au second tour dans le 20e arrondissement où le thème principal de sa campagne marathon est la démocratie participative.

En ce mercredi de février, la journée de campagne de Danielle Simonnet commence dès 9h à son QG avenue Gambetta, par une réunion avec les représentants de l’union locale parisienne de l’Unsa (Union nationale des syndicats autonomes) qui rencontrent certains des candidats à la mairie de Paris. « Nous leur posons tous les mêmes questions afin de savoir ce que leur programme prévoit précisément en matière d’organisation et de gestion de l’administration parisienne », indique en préambule Olivier Hoch, secrétaire général de l’Unsa administrations parisiennes, qui représente les agents employés par la ville de Paris.

Danielle Simonnet, candidate divers gauche à la mairie de Paris, a déposé sa liste à la préfecture de Paris le 19 février. ©Jgp

Le principal sujet de préoccupation porte sur l’homogénéisation des salaires (les écarts pouvant atteindre plus de 30 %) et des régimes indemnitaires entre les femmes et les hommes, mais aussi entre services. « La Ville a déjà fait des choses, mais il faudrait aller plus loin », juge Olivier Hoch citant notamment la grande difficulté des agents de catégorie C à se loger à Paris alors que le tiers d’entre eux vit dans la Capitale, les autres habitant en petite couronne (30 %) et grande couronne (30 %) et même hors de l’Ile-de-France (6 %).

« La ville est loin d’être un employeur modèle »

S’engageant à « travailler sur le sujet », Danielle Simonnet qui sert elle-même le café à ses invités, souligne au passage que « les débats sur la politique de l’emploi de la ville de Paris en conseil ont été rares lors du mandat écoulé, sauf lors du débat budgétaire ». Insistant sur le fossé entre les élus et les fonctionnaires de la ville, la candidate DVG estime que « les élus doivent comprendre qu’il ne peut pas y avoir de bons services publics sans débat sur la rémunération des agents ».

Par exemple, les assistantes des écoles maternelles et primaires ne font pas partie du même régime indemnitaire que d’autres catégories C, « ce qui provoque des inégalités salariales homme-femme que la ville pourrait très bien corriger par un nivellement par le haut, ce qu’elle s’est toujours refusé à faire », déplore Danielle Simonnet.

Les représentants de l’union locale parisienne de l’Unsa ont rencontré Danielle Simonnet à son local de campagne. ©Jgp

Danielle Simonnet à l’écoute des représentants de l’Unsa administrations parisiennes qui représente les agents employés par la ville de Paris. ©Jgp

« Nous allons mettre ces sujets en exergue à l’approche du 8 mars pour montrer que la ville est loin d’être un employeur modèle », promet la candidate DVG à la mairie de Paris qui, si elle est élue, réalisera une évaluation des effectifs en début de mandature afin de pouvoir engager une stratégie prévisionnelle de gestion des emplois. La question à trancher est, selon l’élue, de savoir ce qu’il est possible d’internaliser et d’externaliser. « Faire appel à Vinci pour changer une ampoule dans un musée géré par la ville me semble une incohérence », dénonce-t-elle, « il faut réinternaliser ce genre d’activités ou passer par des entreprises d’insertion ».

« Alliance usagers/agents »

Le combat de Danielle Simonnet porte plus largement sur la privatisation de la ville. « A ne pas vouloir s’opposer à la baisse des dotations (NDLR : – 1 milliard d’euros depuis 2014), en acceptant la contractualisation avec l’Etat contenant la hausse des dépenses de fonctionnement à 1,14 % par an et limitant le recours à l’emprunt, Paris est devenue dépendante des intérêts privés », s’insurge la candidate encartée LFI (La France Insoumise) pour laquelle « le privé gère désormais la ville à sa place ». Et de citer les exemples des concours urbains « Réinventer Paris » ou encore de la privatisation du crématorium du Père Lachaise.

Pour réduire « cette mainmise du privé », Danielle Simonnet, qui fait équipe dans cette campagne avec l’ex-footballeur Vikash Dhorasoo, propose d’impliquer davantage les citoyens dans le processus de décision et les usagers dans l’organisation des services publics. Elle croit ainsi à une « alliance usagers/agents » qui reste à inventer et contrebalancerait le fonctionnement actuel dans lequel « l’administration et les élus s’organisent entre eux ».

De gauche à droite, Razmig Keucheyan, chercheur en sociologie à Sorbonne université, Danielle Simonnet, Claudio Pulgar-Pindaud et Sarah Legrain, tête de liste Décidons Paris dans le 19e. ©Jgp

Mais pour renforcer les démarches de démocratie et de budget participatifs, l’administration doit se préparer à « travailler avec la population ». Aussi, elle préconise de former les agents de la Ville à la médiation avec les habitants. « Il faut assumer les désaccords pour faire s’exprimer ceux qui ont des problèmes ».

Des listes qui « racontent tous les quartiers »

Rodée aux campagnes électorales et aux combats politiques, Danielle Simonnet ne ménage pas sa peine pour faire entendre la voix des plus démunis, mais aussi la sienne et ses idées bien ancrées à gauche, dans une campagne municipale centrée sur les stars parisiennes. Malmenées par les récents sondages, les listes DVG de Décidons Paris, soutenues par La France insoumise, Révolution écologique pour le vivant, Pour une écologie populaire et sociale, Ecolo mouvement de l’écologie politique et même l’alliance italienne Potere al Popolo, sont malgré tout bien présentes sur le terrain.

Le mouvement emmené par la conseillère de Paris d’opposition, élue Front de gauche, a réussi à constituer des listes pour chacun des 17 arrondissements parisiens, soit quelque 530 candidats. « Cela n’a présenté aucune difficulté particulière », souligne avec vigueur Danielle Simonnet qui a, toujours ce même mercredi, déposé non sans fierté sa propre liste de 44 candidats à la préfecture de Paris. « Nous avons privilégié des personnes déjà impliquées dans la vie locale ».

Les participants à la soirée de présentation de son ouvrage « « Les moineaux reviendront » ont interpelé Danielle Simonnet notamment sur sa vison du management de la ville. ©Jgp

Le parti pris de Décidons Paris a consisté à monter des listes qui « racontent tous les quartiers » et « fédèrent les énergies citoyennes ». « Il était important que la première femme après moi sur la liste soit une maman qui s’est battue contre la fermeture du collège Jean Perrin », explique Danielle Simonnet, « puis ensuite un jeune qui mène des projets inter-associatifs et notamment en faveur de l’éducation physique ».

Décidons Paris affrontera dans le 20e les listes EELV, PS-PC, LREM, Villani, LR, RN, et probablement « des listes locales surprises ». Le challenge sera de faire aussi bien qu’en 2014 en se maintenant au 2e tour. Le combat s’annonce rude, mais « nous sommes dans une belle dynamique notamment dans les quartiers populaires », positive la candidate.

Défense des taxis

Aussi, il faut battre le terrain sans relâche. « Même épuisés nous sommes présents 7 jours sur 7 », lâche un proche. Le parcours de Danielle Simonnet se poursuit ce jour-là par un tractage sur le marché Alexandre Dumas boulevard de Charonne, à cheval entre les 11e et 20e arrondissements, en compagnie de Pépita Car, tête de liste pour Décidons Paris dans le 11e arrondissement. L’élue se fait interpeller par des chauffeurs de taxi qui saluent son implication dans leur défense. « J’ai été la seule conseillère de Paris à soutenir les taxis contre l’uberisation », fait-elle valoir. Le marathon s’achève par une soirée de présentation et de dédicace de l’ouvrage de la candidate DVG, « Paris, les moineaux reviendront » (éd. Au diable Vauvert), dans une bibliothèque-restaurant du 19e arrondissement où la liste Décidons Paris est menée par le duo Sarah Legrain et Claudio Pulgar-Pindaud : les deux colistiers se partageront les six ans de mandat en cas d’élection.

Le deuxième ouvrage de Danielle Simonnet est une fiction qui débute en juillet 2024 alors que les Jeux olympiques ont été annulés suite à un référendum organisé par Décidons Paris. Il fait le parallèle entre la disparation des moineaux de la Capitale et celle des classes populaires qui répondent à une même logique dont l’élue municipale attribue la responsabilité à la spéculation immobilière. « Dans le cadre de la réhabilitation des quartiers populaires, la ville a vendu un bâtiment sur trois à des acteurs privés et les loyers ont augmenté », dénonce-t-elle devant un parterre d’une trentaine d’habitants du quartier, curieux de découvrir le programme de la candidate DVG dans une ambiance conviviale.

« Nous voulons des jours heureux »

La Capitale comptait 35 % d’ouvriers et d’employés en 2001, ils ne seraient plus que 25 % aujourd’hui. « Notre enjeu est de faire revenir à Paris les moineaux et les classes populaires », annonce Danielle Simonnet, « le fil des moineaux permet d’aborder à la fois la question sociale et écologique. Un fil sensible et poétique car nous voulons des jours heureux ». Le poil à gratter du Conseil de Paris à qui l’on reproche d’être toujours contre – « mais c’est pour ouvrir les pour », se défend-elle – déroule à 21h, avec la même énergie que le matin, son programme et ses convictions. Elle n’est favorable ni à la ville du quart d’heure d’Anne Hidalgo car elle oublie les banlieusards, ni à l’ouverture dominicale des commerces et elle veut supprimer la publicité dans la ville pour « sortir de la logique consumériste ».

En matière de logement, elle préconise de faire appliquer la loi sur la réquisition des logements vacants appartenant à des compagnies d’assurance ou des banques. « Il s’agit d’une compétence de l’Etat que nous souhaitons arracher, après avoir demandé l’avis de Parisiens par référendum ». La question démocratique dans le sens de « faire la politique municipale avec les habitants » est sa thématique de campagne.

La tête de liste de Décidons Paris veut également instaurer la gratuité des transports en commun et offrir un vélo à chaque jeune de 16 ans (5 millions d’euros). Son public attentif n’en reste pas moins dubitatif. « Etes-vous sûre que les parents accepteront que leurs enfants roulent en vélo dans Paris ? », interroge une sexagénaire, tandis qu’un autre participant à la soirée se montre sceptique sur le recours au référendum « car Paris est une ville de bourgeois ». Un retraité interroge enfin la candidate DVG sur la façon dont elle envisage le management de la ville de Paris. « Plutôt que de penser la ville par le management, je préfère l’aborder par la démocratie participative », répond avec une conviction indéfectible Danielle Simonnet. Reste à voir comment transformer l’administration et les process de décision.

Sur le même sujet

Top