En campagne avec… Ariel Weil

Le journal du Grand Paris a suivi Ariel Weil, le maire du quatrième arrondissement, engagé dans sa première campagne électorale comme tête de liste. « J’aurais aimé débattre projet contre projet, mais tout ce qui m’est opposé aujourd’hui, c’est une caricature », déplore cet économiste.

« Regardez la rue ! Elle est pleine de tags ! Je ne reconnais plus mon quartier ! », s’exclame un promeneur en loden à l’adresse du maire du quatrième arrondissement, un mardi de bon matin dans la rue Rambuteau. Ariel Weil, tête de liste Paris en commun pour Paris centre, reste droit dans ses bottes face au passant aux cheveux argentés, tente d’argumenter un instant, avant d’abandonner le combat face à sa virulence et de retourner tracter devant la crèche collective Rambuteau.

Ariel Weil, à la rencontre des habitants de Paris centre. © Jgp

Tractage, rue Rambuteau. © Jgp

Lors d’un café débat organisé au café Central. © Jgp

« On est à portée d’engueulade, mais l’agressivité gratuite, c’est ce que j’apprécie le moins en politique », se confie l’économiste de 47 ans qui, derrière ses lunettes rondes et son sourire jovial, en fait presque dix de moins. Devenu maire du quatrième arrondissement depuis moins de trois ans, lorsque Christophe Girard est devenu adjoint aux ressources humaines à la mairie centrale, Ariel Weil est maintenant en campagne pour conquérir les quatre anciens arrondissements du centre de la Capitale, à la suite de la fusion permise par la loi sur le statut de Paris du 28 février 2017.

« Le plus beau programme pour le centre »

« Sans être orgueilleux, nous avons le plus beau programme pour le centre. Nous avons fait des choix réfléchis, et nous ne sommes ni dans l’idéologie, ni dans la mollesse, nos concurrents cherchent encore des idées », explique un peu plus tard l’élu, attablé au Père tranquille, en face des Halles.

Le quartier est encore paisible à cette heure matinale pendant les vacances scolaires. Seuls les livreurs circulent, au milieu d’une nuée de piétons entrant et sortant de la station de métro. Un calme qui contraste avec le bruit et l’encombrement de la rue et du boulevard de Sébastopol, tout proche, où Ariel Weil a son QG de campagne. « Nos opposants veulent nous enfermer dans la caricature. Les uns affirment que l’on veut supprimer toute circulation dans le centre de Paris, les autres que l’on ne fera rien tant qu’on ne fera pas un Paris complètement sans voitures. J’aurais aimé pouvoir débattre projets contre projets. Or, tout ce qui m’est opposé aujourd’hui, c’est une caricature », regrette le candidat, en référence à la volonté de réduire la circulation de transit dans le futur Paris centre, l’une des propositions phares d’Anne Hidalgo.

« Notre projet, c’est d’abord de lutter contre la pollution, et de rééquilibrer l’espace public. Il s’agit d’un sujet d’allocation d’une ressource rare, très rare dans le centre de Paris : l’espace », poursuit-il. L’économiste, sous le candidat, fait régulièrement surface pour détailler le programme porté par la municipalité sortante dans le centre de Paris. « Il s’agit de rééquilibrer la place laissée à l’automobile, beaucoup trop importante aujourd’hui au sein de Paris centre. L’idée sera de dire : notre quartier n’est pas un raccourci. Nous voulons réduire la circulation de transit de façon intelligente ».

Dans un commerce. © Jgp

En campagne. © Jgp

Ariel Weil, à bicyclette. © Jgp

Interrogé sur l’acceptation d’une telle mesure, Ariel Weil répond que « les habitants adhèrent à cette idée bien plus qu’on ne le pense. Et, la minorité d’habitants qui s’en inquiète se trouve rassurée dès qu’on leur explique le projet : il ne s’agit pas d’interdire, mais de limiter. De supprimer la circulation de transit grâce à un nouveau plan de circulation, et de réserver la circulation et le stationnement automobile dans Paris centre aux riverains, aux transports en commun, aux livraisons pour les commerces, aux taxis et, bien sûr, aux services de secours. »

Face à la montée des incivilités

Pour répondre à la question de la montée des incivilités sur l’espace public, Ariel Weil convoque Émile Durkheim, et particulièrement le concept d’effet d’anomie développé par le sociologue à la fin du XIXe siècle dans son ouvrage majeur, « Le suicide ». L’anomie signifie, pour Durkheim, un recul des règles, qui ne parviennent plus à assurer la forme de régulation sociale. Pour le maire du quatrième, le même phénomène est en jeu sur l’espace public parisien : « Nous redistribuons l’espace public depuis ce mandat. Ce qui se passe, quand il y a redistribution, c’est que des conflits d’usage apparaissent. Si vous prenez par exemple la piétonisation des voies sur berge, on a permis de nouveaux usages. Ces nouveaux usages ont entraîné un relâchement ou, au moins, un flottement des normes, car la loi ne va pas assez vite, comme on a pu le voir pour le sujet des trottinettes électriques. »

Le candidat regrette le morcellement et les limitations des pouvoirs du maire de Paris : « ce que nous demandons, c’est un transfert de pouvoirs à la Ville sur des sujets hyper simples, pour nous permettre de mieux réguler les pratiques et de répondre à la demande des citoyens ».

Ariel Weil place sa campagne, comme celle d’Anne Hidalgo, sous le signe de la lutte contre la pollution. La limitation de la circulation de transit dans le centre de la Capitale en fait partie, comme la création d’une ligne de bus à haut niveau de service sur les quais hauts, la création d’îlots apaisés ou encore la piétonisation des abords des écoles pour protéger les écoliers. Un programme que d’aucuns considèrent comme taillé sur mesure pour les classes aisées du centre de Paris.

« C’est la non-écologie qui est punitive »

Audrey Pulvar, deuxième sur la liste de Paris en commun pour l’arrondissement central. © Jgp

Lors d’un café débat organisé au café Central, boulevard de Sébastopol, Audrey Pulvar, deuxième sur la liste de Paris en commun pour l’arrondissement central, soutient qu’il n’en est rien : « On nous dit que l’écologie est punitive. Mais il n’en est rien ! C’est la non-écologie qui est punitive, car les conséquences de la pollution et du réchauffement climatique toucheront en priorité les classes populaires », martèle l’ex-journaliste. Un angle de campagne qui reprend l’analyse faite par Anne Hidalgo quelques jours plus tôt, à Pantin, lorsqu’elle avait souligné que la pollution de l’air touchait en priorité les quartiers les plus populaires de Paris. François Gemenne, auteur de l’Atlas de l’anthropocène, invité à débattre ce soir-là abonde dans leur sens : « Ce sont les classes populaires qui seront en première ligne du réchauffement climatique, et lorsqu’on parle d’effondrement, il ne s’agit pas d’effondrement de nos sociétés, mais plutôt celui des sociétés plus précaires ou de ménages plus précaires », insiste l’universitaire.

Pour lui, ce sont d’ailleurs les maires qui ont plus d’outils dans les mains pour agir face au réchauffement climatique que les chefs d’État assis autour des tables de négociations internationales. Par petites touches, par une place rendue aux piétons par ici, ou un quartier apaisé par là, Ariel Weil espère porter ce changement de paradigme, et faire du centre de Paris un quartier à part entière, vivable et désirable. Un programme taillé pour les habitants, mais qui, estime-t-il, pourrait refaire du centre un lieu de convergence pour toute la métropole.

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