Chantiers du Grand Paris : l’Apur analyse l’évolution future des besoins en matériaux

L’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) vient de publier le premier opus d’une série d’études sur l’évolution à venir des besoins en matériaux des multiples chantiers du Grand Paris. Centré sur les besoins en béton, il préconise le maintien des centrales existantes à court et moyen terme, accompagné d’un travail sur leur insertion paysagère, architecturale et environnementale.

Si les matériaux biosourcés ont le vent en poupe, à l’image de la filière bois qui se développe activement, le recours au béton ne va pas disparaître des chantiers du Grand Paris au cours des prochaines années. Les scénarios édifiés par l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), dans son étude (*), ont considéré envisageable un usage du bois représentant 10 % de la totalité des m² en chantier du Grand Paris jusqu’en 2024, puis de 30 % à partir de 2025. Ce qui laisse, compte tenu du volume de constructions en cours ou programmées, une place importante au béton et nécessite de conserver les emprises qui abritent les centrales le produisant. Le béton a la particularité de ne pas pouvoir se stocker, nécessitant de le produire sur les sites de construction ou à proximité. 

Cemex, Port d’Aubervilliers, quai Lucien Lefranc, canal Saint-Denis. © Apur

« Les besoins de matériaux de construction n’avaient pas fait, jusqu’à présent, l’objet d’études particulières, contrairement aux déchets ou à l’énergie », indique Dominique Alba. © Apur

« En lien avec la réalisation du métro du Grand Paris express, les Jeux olympiques et paralympiques de 2024, les plans de rénovation énergétique ou les opérations d’aménagement, ce sont près de 500 projets de construction qui sont attendus, soit 30 millions de m2 en ZAC, dont 14 déjà prévus à l’horizon 2024 », indique l’Atelier. 

7 millions de m2 construits par an

« Nous sommes sur un trend d’environ 7 millions de m2 par an d’içi 2024, entre les projets en secteur diffus (4 millions de m2 par an) et les opérations d’aménagement (3,4 millions de m2 par an, tous confondus, résidentiels, tertiaires, ZAC, NPNRU), indique Dominique Alba. Il est logique qu’une métropole, dont le parc existant avoisine les 360 millions de mètres carrés plus des besoins en infrastructure, ait une activité importante dans ce secteur ; d’où la nécessité, non seulement de conserver des espaces dédiés à cette activité mais de les renforcer, pour répondre aux besoins de l’économie circulaire qui favorise le réemploi et le recyclage. Comme il est essentiel de relier ces lieux à la voie d’eau et au ferroviaire pour diminuer l’impact routier », poursuit la directrice générale de l’Apur.

Paris compte huit centrales à béton, le Grand Paris 59 (39 fixes et 20 mobiles, ces dernières se trouvant principalement sur les chantiers d’ouvrages, notamment du métro du Grand Paris express). La plupart de ces centrales sont situées au bord de l’eau, de canaux ou le long de la Seine. Aujourd’hui dans Paris, 12 % du linéaire des berges de Seine sont classés en zone UGSU (zone de grands services urbains).

Lier les centrales à béton à d’autres filières 

« Il existe des débats sur les usages des berges, souligne Patricia Pelloux, directrice adjointe de l’Apur. Certains habitants, des élus, expriment leur désir d’une reconquête. Nous insistons beaucoup dans notre étude sur la nécessité, en vue de leur acceptabilité, d’un travail sur l’insertion paysagère, architecturale et environnementale de ces installations. Des exemples montrent que l’on peut passer à pied ou à vélo derrière les installations et, le week-end ou le soir, au bord de la voie d’eau. Cela représente une contrainte pour les amodiataires du port, mais cela constitue aussi une condition pour que cette mixité d’usage s’installe ». Une emprise au sol limitée des installations, des transparences, des mises en lumière ou des structures sur pilotis sont citées parmi les pistes étudiées. « Des synergies avec les plateformes de traitement de déchets ou le développement de quais à usages partagés, sur les centrales connectées au fleuve, permettraient de lier les centrales à béton à d’autres filières ou industries », indique également l’Apur. 

Des centrales en bord de la voie d’eau  

Le positionnement des 39 centrales à béton fixes du Grand Paris, soit sur les canaux, soit sur la Seine, en bord de la voie d’eau dans les deux cas, représente un vrai gain, souligne-t-on également à l’Apur. « D’après les calculs que l’on a effectués avec Ports de Paris, cela peut représenter jusqu’à 75 % de gain en CO2 par rapport à la route », indique Patricia Pelloux. 

Port de Bonneuil-sur-Marne durant le confinement mai 2020. © Apur Michaël Silva-Gori

« Les besoins de matériaux de construction n’avaient pas fait, jusqu’à présent, l’objet d’études particulières, contrairement aux déchets ou à l’énergie, indique Dominique Alba. Or, si l’on veut être cohérent avec les objectifs de la transition écologique, on sait que ces matériaux doivent évoluer, avec une nature, une provenance, des mises en œuvre différentes, plus de réemploi et de recyclage, et donc des occupations foncières dont on n’a pas saisi la mesure aujourd’hui ». 

* Evolution des besoins en matériaux pour les chantiers du Grand Paris, première approche pour le béton

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