A. Valbon : « Entre une métropole centralisée ou multipolaire, il est temps de choisir »

La Métropole est à la croisée des chemins, estime Antoine Valbon, délégué Ile-de-France de l’Association des directeurs généraux des communautés de France (ADGCF), dans une tribune. Selon ce haut fonctionnaire territorial, les jours qui viennent vont permettre au président de la République de décider une organisation centralisée autour de Paris ou une organisation multipolaire.

Les métropoles sont confrontées à des enjeux qui leur sont propres : des enjeux environnementaux considérables, de pollution atmosphérique, de pollution des sols, des enjeux de densité urbaine, de concentration de toutes les fonctions urbaines, d’inégalités territoriales, de spéculation foncière.

Antoine Valbon. ©VilleHybride

Pour répondre à ces défis, deux visions s’affrontent. Faut-il que Paris s’étende au-delà du périphérique et annexe la banlieue ? Ou faut-il encourager de nouvelles centralités complémentaires à Paris ? La construction institutionnelle actuelle issue des lois Maptam et NOTRe traduit l’absence de réponse à cette question. La loi NOTRe a créé une Métropole du Grand Paris avec les ressources fiscales mais sans compétence. Et elle a étendu à toute l’agglomération parisienne des intercommunalités de proximité, les EPT, avec toutes les compétences des communautés d’agglomération, mais sans les ressources fiscales.

Le président a dressé un constat d’échec resté sans réponse

Comme tous les élus locaux, le président de la République a dressé ce constat d’échec, en déclarant, en juillet 2017, lors de la première conférence nationale des territoires, qu’il fallait réformer l’organisation institutionnelle en Ile-de-France. Mais, le président de la République n’a pas à ce jour dévoilé sa réponse : Métropole centralisée ou Métropole multipolaire.

La première vision, celle de l’extension de Paris qui s’étend au-delà du périphérique, s’inscrit dans un mouvement historique ancien. Ce sont les enceintes plusieurs fois repoussées et reconstruites, qui trouvent toujours leurs traces dans le paysage parisien, jusqu’au périphérique d’aujourd’hui. La dernière extension date de 1860 avec l’annexion de 11 communes du département de la Seine.

La seconde vision, celle d’une multiplication des centralités au profit d’un polycentrisme est plus récente. Elle s’inscrit dans les grandes lois de décentralisation de la fin du 20e siècle. Dans un article passionnant du Monde de 2007, le journaliste Xavier Ternisien relevait que le clivage jacobins-girondins ne recoupait pas vraiment la ligne de partage droite-gauche. Bel euphémisme en effet quand on voit les clivages actuels.

Une métropole centralisée, intégrée

La première vision nécessite une métropole centralisée. C’est celle que dessine le président Ollier devant la délégation aux collectivités territoriales de l’Assemblée nationale quand il demande que les territoires « deviennent des unités déconcentrées de la métropole ». Cette organisation fait remonter à l’échelle métropolitaine les compétences d’aménagement, de politique de la ville, ainsi que la gestion de l’espace public et des équipements d’intérêt communautaire, exercées aujourd’hui dans les intercommunalités de proximité. Dans cette organisation, la ville centre irrigue de toutes ses fonctions son espace périphérique, sa banlieue. Le développement du territoire se fait par ruissellement à partir du centre. Et le centre donne le La sur les politiques publiques à conduire. Une technostructure pilote toutes les compétences intercommunales à l’échelle de 8 millions d’habitants. Les maires de banlieue émettent des avis, comme le font les maires d’arrondissements.

Une métropole « marguerite », fédérative

La seconde vision nécessite une métropole décentralisée. C’est celle que dessine Patrick Braouezec, ancien président de Plaine Commune, revendiquant une métropole marguerite. La métropole du quart d’heure évoquée par certains. Cette vision nécessite une organisation métropolitaine plus souple. Les compétences de proximité, d’aménagement, de politique de la ville, ainsi que la gestion de l’espace public et des équipements d’intérêt communautaire sont conservées à l’échelon intercommunal de proximité, échelon dans lequel les maires conservent la maitrise et où des politiques territoriales peuvent être décidées. La Métropole prend la forme d’une fédération associant le bloc local, les collectivités départementales et régionale. Les compétences de proximité sont exercées à l’échelon communal et intercommunal. La construction métropolitaine s’appuie sur des pôles de développement éclatés. Elle s’attaque aux défis climatiques, aux inégalités territoriales, aux fractures urbaines. Sa souplesse permet d’éviter la relégation des populations de grande couronne. Il n’y a pas un centre, mais des centres.

Certains rêvent d’une troisième voie. Celle qui supprimerait toutes formes d’intercommunalités, qu’elles soient de proximité ou métropolitaine. Cette voie n’est pas à l’ordre du jour. Le président de la République tranchera entre Métropole centralisée ou Métropole multipolaire. C’est le seul débat posé ce jour pour décider l’avenir de la Métropole et tracer la voie que prendra le président de la république.

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