Présente au congrès de l’USH, Anne-Katrin Le Doeuff, directrice de l’Aorif, qui représente les bailleurs sociaux franciliens, alerte, chiffres à l’appui, sur l’incapacité budgétaire des bailleurs sociaux à atteindre les objectifs de construction et de rénovation du parc social qui leur sont assignés.
Pourquoi êtes-vous inquiète sur la capacité des bailleurs sociaux franciliens, que vous représentez, à mettre en œuvre les politiques qui leur sont fixées ?
Aujourd’hui, une étude que l’on a réalisée avec la Caisse des dépôts démontre que le respect et la mise en œuvre des objectifs globaux qui sont assignés aux bailleurs sociaux, en cumulant la décarbonation, la réhabilitation et la production, ne sont pas tenables. L’ensemble n’est pas atteignable d’un point de vue économique. On s’en doutait. Cette étude le prouve. À la fois parce que produire des logements en Ile-de-France coûte beaucoup plus cher qu’ailleurs et parce que, globalement, les organismes ne disposent pas de la capacité d’investissement nécessaire pour mener tout de front. Et comme des obligations réglementaires s’appliquent sur la réhabilitation, c’est la production qui, malheureusement, en fait les frais. C’est terrible parce que 800 000 familles sont en demande d’un logement social en Ile-de-France, soit deux millions de personnes. C’est la population de Paris. C’est écrasant. L’étude démontre que si l’on tient les objectifs des politiques publiques qui nous sont assignés, on met en faillite le système global.
Quel est le rythme actuel de construction de logements sociaux en Ile-de-France ?
En 2023, 18 000 logements sociaux ont été construits en Ile-de-France, alors que les objectifs sont de 38 000 et que nous considérons pour notre part qu’il faudrait produire 50 000 logements. L’année 2024 sera pire que 2023, car les achats de logements en bloc aux promoteurs se tarissent progressivement.
Que demandez-vous à l’État ?
Ça peut paraître anachronique, mais nous demandons qu’il revienne sur la réduction de loyer de solidarité (RLS), cette ponction effectuée sur nos comptes pour neutraliser auprès des locataires la baisse des APL, décidée en 2018. Elle représente 7 % du chiffre d’affaires des bailleurs sociaux. C’est autant d’argent que nous ne pouvons investir. Il faut augmenter nos fonds propres.
Où en est la rénovation énergétique du parc social francilien ?
Le parc social, en Ile-de-France comme ailleurs, est globalement de bien meilleure qualité que le parc privé. Au niveau national, comme en Ile-de-France, on y compte beaucoup moins de passoires énergétiques. Notre capacité à atteindre les échéances réglementaires est donc supérieure. Le parc privé se caractérise, par ailleurs, par une multitude de petits propriétaires qu’il faut mettre en ordre de marche. Nous allons cependant engager un travail de réflexion collective avec l’ensemble de nos adhérents sur la trajectoire de décarbonation du parc social francilien, qu’il s’agisse de rénovation énergétique ou d’accès à une énergie décarbonée. Pour voir de quelle manière, selon différents scénarios, nous allons pouvoir aborder ces obligations réglementaires.
