1/5 – Sobriété – Un changement de culture à toutes les échelles

Trois des quatre scénarios de l’Ademe proposent d’activer – plus ou moins fortement – le levier de la sobriété, qui bouscule notre modèle économique et social. Celui-ci nécessite l’action d’acteurs de différents niveaux et secteurs d’activité, tout en veillant aux inégalités.

« Nous avons trois leviers principaux pour diminuer nos impacts sur le climat : la sobriété (s’interroger sur nos besoins), l’efficacité énergétique (produire en consommant moins d’énergie) et le recours aux énergies propres. Or ces deux derniers leviers sont limités par leur potentiel physique et restent conditionnés au progrès technologique », a écrit Fabrice Boissier, directeur général délégué de l’Ademe, dans un article de The Conversation publié en novembre 2021. Pour l’Agence de la transition écologique, « dans un contexte où les ressources naturelles sont limitées, la sobriété consiste à nous questionner sur nos besoins et à les satisfaire en limitant leurs impacts sur l’environnement ». Un processus qui « doit nous conduire à faire évoluer nos modes de production et de consommation, et plus globalement nos modes de vie, à l’échelle individuelle et collective ».

83% des Français souhaiteraient vivre dans une société où la consommation prend moins de place. © Jgp

Attention toutefois à bien différencier la sobriété de l’efficacité, prévient Marianne Bloquel, chargée de mission au service consommation responsable de la direction économie circulaire et déchets de l’Ademe. « Les politiques d’efficacité sont assez connues et mises en œuvre, remarque-t-elle. Toutefois elles optimisent l’existant en permettant de consommer moins » grâce à un éclairage à LED ou la rénovation énergétique d’un logement par exemple. Or la sobriété « correspond à une réduction de la demande finale », fait-elle valoir.

Ce principe figure parmi les « messages-clés » des scénarios de l’Ademe : « la réduction de la demande en énergie, elle-même liée à la demande de biens et de services, est le facteur-clé pour atteindre la neutralité carbone ». Cette réduction va de 23 à 55 % par rapport à 2015 suivant les scénarios. Les deux premières options s’appuient, elles, en revanche, sur la sobriété d’usage (déplacement à pied ou à vélo, commerces de proximité privilégiés, etc.), dimensionnelle (alléger le poids des véhicules) et coopérative (habitat plutôt collectif, location d’équipements plutôt qu’achat). Le quatrième scénario est « le seul qui renonce à ce levier », conduisant « à une fuite en avant qui paraît risquée », estime l’institution.

« Agis sur des aspects systémiques de la société »

Mais si « s’appuyer sur la sobriété devrait être plus facile que développer de nouvelles solutions technologiques, puisque cela repose le plus souvent sur le bon sens et ne nécessite pas de développements compliqués », « les freins restent nombreux », estime Fabrice Boissier. Du fait de notre « modèle économique contemporain [qui] demeure fondé sur l’incitation à la consommation », « transformer nos représentations sociales, alimentées par la publicité et les réseaux sociaux, implique d’agir sur des aspects systémiques de la société », ajoute-t-il. Le baromètre 2021 de l’agence révèle en effet que 88 % des Français pensent que l’on vit dans une société qui nous pousse à acheter sans cesse. 74 % d’entre eux considèrent toutefois qu’acheter des produits dont on n’a pas besoin est une forme de gaspillage. Mais jusqu’où est-il possible d’aller dans cette voie ? « La sobriété heurte le mode de pensée dominant de la culture consumériste du monde moderne, écrit l’Ademe. Elle est souvent perçue comme une privation et s’avère clivante : ce qui semble être une privation pour une génération ou un individu donné peut, au contraire, apparaître comme une évidence pour un autre. »

La Recyclerie à Paris met à disposition de ses adhérents un atelier de bricolage. © La Recyclerie

D’où l’importance de communiquer sur des modèles de « vivre heureux autrement » qui peuvent amener les citoyens à se poser des questions sur leur consommation au quotidien. « Il est impor- tant d’arriver à montrer qu’adapter ses achats à ses besoins, ce n’est pas être malheureux », note Marianne Bloquel. La méthode “Bisou” permet par exemple d’interroger son besoin en se posant des questions sur l’utilité ou l’origine de l’achat. Pour inciter les particuliers au changement, le réseau pour la transition énergétique Cler coordonne le programme Déclics, qui propose des défis pour réduire, seul ou en équipe, sa facture énergétique et ses déchets, pour découvrir d’autres façons de consommer, de s’alimenter ou de se déplacer.

Collectivités et entreprises mobilisées

Mais pour agir, les citoyens ont aussi besoin d’une offre qui réponde à leur aspiration. Com- ment, en effet, se déplacer à vélo sans piste cyclable ? Ou comment consommer responsable si les entreprises ne produisent pas dans cette logique ? Les collectivités locales commencent à mener des campagnes de sensibilisation à ce sujet. Elles peuvent aussi favoriser l’émergence d’une autre culture, avec par exemple la création de “repair café” pour prolonger la vie des objets et créer du lien social, un « cobénéfice » de ce type de démarche. Les acteurs publics disposent de nombreux leviers en la matière par le biais des politiques publiques relatives à l’alimentation, l’étalement urbain ou la mobilité. En matière d’économie circulaire, la ville d’Amsterdam a fait appel à la théorie du « donut » qui permet de déterminer un espace entre besoins personnels et exigences climatiques.

Sur le plan économique, l’Ademe soutient le développement de l’économie de la fonctionnalité et de la coopération qui fait « émerger de nouveaux modèles économiques », tout comme l’économie sociale et solidaire, signale Marianne Bloquel, qui rappelle que les emplois de la transition écologique sont « locaux et non délocalisables ». Certaines entreprises ont d’ailleurs fait de la lutte contre le gaspillage leur créneau, notamment en matière de textile.

Trouver des compromis

La mise en œuvre de la sobriété nécessite donc des réponses multiples et à différentes échelles. « L’enjeu de la sobriété collective, c’est de proposer des options désirables et de répartir l’effort équitablement entre entreprises et consommateurs, urbains et ruraux, jeunes et âgés… », relève Fabrice Boissier. En prenant soin de ne pas creuser les inégalités, « la diminution de la consommation ne pouvant être envisagée pour la partie de la population la plus modeste », relève l’institution. D’où le besoin, pour son directeur général délégué, « d’en débattre sereinement, de trouver des compromis, en veillant avant tout à ne pas faire peser l’effort de sobriété sur des populations qui ont déjà du mal à satisfaire leurs besoins ».

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