Adoptée à l’Assemblée nationale le 28 mai, la suppression des zones à faibles émissions constitue un tournant politique et environnemental majeur. Pour Paris et la métropole du Grand Paris, en première ligne de la lutte contre la pollution de l’air, ce revirement menace des années d’efforts et d’investissements.
Le vote est passé en soirée, presque discrètement, au détour de l’examen du projet de loi de simplification de la vie économique. Mercredi 28 mai, l’Assemblée nationale a adopté, à 98 voix contre 51, un amendement abrogeant les zones à faibles émissions (ZFE), ces périmètres instaurés pour limiter la circulation des véhicules les plus polluants dans les grandes agglomérations. Parmi elles, Paris et le Grand Paris, pionnières en la matière, voient ainsi l’un des leviers centraux de leur stratégie climatique remis en cause.
Fronde parlementaire
La fronde parlementaire, portée par un front hétéroclite allant du Rassemblement national à La France insoumise en passant par Les Républicains et une poignée de macronistes, a balayé les tentatives du gouvernement de sauver ce dispositif, en réduisant a minima son application à Paris et à Lyon. L’argument de la justice sociale – les ZFE excluraient les ménages modestes de la mobilité – a fini par l’emporter dans l’hémicycle, au détriment des impératifs sanitaires et climatiques.
Pourtant, les résultats sont là : depuis leur mise en œuvre, les ZFE ont contribué à la baisse mesurable des concentrations de dioxyde d’azote (NO₂) dans la capitale, seule métropole française encore en dépassement des seuils européens en 2024. La Cour de justice de l’Union européenne, comme le Conseil d’État, ont plusieurs fois épinglé la France pour sa lenteur à agir. Paris, qui porte à elle seule l’essentiel du contentieux, pourrait de nouveau être exposée à de lourdes amendes.
Dans le Grand Paris, la suppression des ZFE tombe comme un revers brutal pour les collectivités engagées dans la transition écologique. « Ce vote rétrograde engage notre pays en sens inverse du nécessaire parcours vers la décarbonation », s’est indigné Daniel Guiraud, vice-président de la Métropole du Grand Paris en charge de la transition écologique, comme le rapporte Le Monde. La municipalité parisienne estime à 500 millions d’euros le coût des aides nécessaires pour accompagner les ménages dans le renouvellement de leur véhicule, une politique que l’État a soutenue de façon inconstante en réduisant primes et bonus ces dernières années.
Incertitude juridique
À la veille des élections municipales de 2026, la voiture s’impose à nouveau comme un objet politique clivant. À gauche comme à droite, les critiques se cristallisent sur le manque de concertation, l’insuffisance des alternatives en transports en commun, et la complexité du dispositif Crit’Air. Le gouvernement, isolé, n’a pas su enrayer la perception d’un outil technocratique, injuste et punitif.
Reste une incertitude juridique : la suppression des ZFE, introduite par amendement dans une loi traitant d’économie, pourrait être retoquée par le Conseil constitutionnel pour cavalier législatif. En attendant, à Paris, à Lyon, à Grenoble ou à Montpellier, les collectivités devront décider si elles poursuivent, seules, un combat environnemental que l’État semble désormais prêt à abandonner.
