Lissage des horaires : des expérimentations fécondes face au poids des habitudes

L’impact de la pandémie sur les habitudes de travail pourrait accélérer les évolutions entamées dans plusieurs territoires franciliens qui ont lancé des expérimentations sur le lissage des horaires, soutenues par Transilien SNCF.

Les vertus d’un étalement des horaires de prise de poste et donc de trafic, à la fois dans les transports en commun et sur le réseau routier, sont multiples. Les voyageurs gagneraient en confort, et donc en bien-être au travail, voyant le temps et les conditions de leur trajet domicile-travail sensiblement améliorés. « Nous avons l’ambition de rendre les trajets domicile – travail des Franciliens plus agréables », résume Sylvie Charles, directrice de Transilien.

Les vertus d’un étalement des horaires de prise de poste et donc de trafic, à la fois dans les transports en commun et sur le réseau routier, sont multiples. © V. Pedoussat

La ponctualité des lignes serait optimisée, les surcharges provoquant des arrêts et des retards inopinés. Les entreprises et les territoires verraient leur attractivité renforcée. Et, last but not least, les économies réalisées sur les infrastructures seraient substantielles… « Chacun comprend que les autorités organisatrices de transport dimensionnent les réseaux pour assumer le pic de charge, qui ne dure qu’une demi-heure le matin (*) », indique Dany Nguyen, directeur du département mobilités et transports de l’Institut Paris Region.

Alléger la courbe de charge des transports en commun

« Nous portons cette conviction depuis le début du mandat de Valérie Pécresse, indique Laurent Calvalido. Le lissage des horaires est quelque chose d’essentiel, pour alléger la courbe de charge des transports en commun », poursuit le directeur général adjoint de la Région Ile-de-France. S’il dépend des lignes, le pic de trafic se focalise sur des tranches horaires relativement courtes : la fréquentation est à son comble entre 7h30 et 8h sur la ligne 13 du métro parisien, un peu plus tard, entre 8h45 et 9h sur les lignes qui conduisent à Paris – La Défense. Hors période de confinement. « Il suffirait donc de décaler l’heure d’arrivée des salariés d’une demi-heure, pour réduire l’engorgement des rames », ajoute-t-on à la Région.

Mais, et c’est là que réside l’essentiel des obstacles à une telle évolution, le poids des habitudes, et de la culture française, veut que quiconque arrive au travail après 9h voit sa réputation écornée. C’est pour tenter de faire changer ces habitudes que la Région, Ile-de-France mobilités et leurs partenaires, Transilien SNCF en tête, mais aussi d’autres opérateurs, et une série d’acteurs économiques au sein de différents territoires, ont signé, à partir de 2018, des chartes lançant une série d’expérimentations à ce sujet. Paris La Défense joua les pionniers, suivi de Plaine commune et de Grand Paris Sud, à Evry, pour tenter de réduire l’embolie autoroutière de l’autoroute A6 en provenance de Paris dans ce dernier cas.

La pandémie joue les accélérateurs

Dans chacun de ces territoires, ces différents opérateurs de transport, les collectivités territoriales et une série d’entreprises ont ainsi établi des conventions d’engagement pour encourager les employés à lisser leurs horaires de travail, échanger des informations à ce sujet avec les opérateurs de transport au sein de différents groupes de travail, développer les infrastructures adaptées aux modes de circulation doux, ou favoriser le covoiturage et le télétravail.

Dans ce contexte, la survenue de la pandémie, au printemps, dernier, si elle a suspendu ces expérimentations lors des périodes de confinement, joue, aux dires de tous les acteurs interrogés, les accélérateurs de ces évolutions des mentalités. Qui plus est alors que les règles de prévention sanitaires, par exemple au sein des tours de Paris La Défense, se traduisent par une réduction drastique de la capacité des ascenseurs, passée d’une dizaine à deux personnes.

« La pandémie a constitué pour nous un exercice grandeur nature pour l’expérimentation entreprise sur le lissage des horaires, indique Anouk Exertier, responsable du pôle mobilité de Paris La Défense. Cette expérimentation avait commencé, en 2019, par l’installation de capteurs dans les gares, afin de mesurer l’affluence des voyageurs. Puis l’identification d’interlocuteurs en charge de ces questions au sein des 14 entreprises engagées dans l’expérimentation du lissage des horaires s’est révélé précieuse, notamment pour échanger sur le rythme de retour des employés sur la dalle, à l’issue du premier confinement, et obtenir des informations nécessaires pour que les opérateurs de transport calibrent au mieux la fréquence et les horaires des rames ».

« On estime, hors-Covid, que 5 à 10 % des salariés de Paris La Défense ont commencé à changer leurs habitudes », souligne Laurent Calvalido, qui ajoute que ce type d’évolution doit nécessairement s’inscrire dans le temps long. « La crise sanitaire a modifié profondément les comportements, rendant désormais possible une flexibilité nettement plus importante, qu’il s’agisse de choix des jours de la semaine télétravaillés, ou des horaires de prise de poste », indique Dany N’Guyen, qui souligne toutefois à son tour que les habitudes culturelles récompensant les lève-tôt ont, en l’occurrence, la vie dure.

La pédagogie, comme toujours dans les projets de conduite du changement, paraît essentielle. Ainsi, la mise en place de panneaux d’information, permettant aux salariés de connaître en temps réel l’état d’encombrement du trafic, est à l’étude dans plusieurs territoires. « L’idée n’est naturellement pas que 100 % de la population change ses horaires, souligne le DGA Transport de la Région. Mais il suffirait qu’une partie des salariés retardent ou avancent leur heure d’arrivée d’une trentaine de minutes pour que la partie soit gagnée », ajoute-t-il.

 

* Les horaires de départ du travail, le soir, s’étendant sur des plages horaires plus longues

Sylvie Charles, directrice de Transilien : « L’accès à son entreprise participe de la qualité de vie au travail »

Sylvie Charles, directrice générale de Transilien. © Transilien

« Nous disposons de deux armes principales pour réduire l’engorgement des transports : le télétravail constitue la première, mais nous savons que seuls 45 % des salariés franciliens sont concernés. Le lissage des horaires, sur la base du volontariat, constitue l’autre outil. Nous souhaitons en montrer tous les aspects bénéfiques, à la fois pour les employeurs et les salariés. Il existe un mouvement profond, au sein des direction des ressources humaines, en faveur de la qualité de vie au travail. Mais les entreprises doivent toucher du doigt le fait que cette préoccupation doit également concerner l’amont et l’aval, et donc les trajets domicile-travail. Bien sûr, tous les secteurs ne sont pas concernés, je pense notamment aux employés soumis à des horaires en trois/huit, où aux parents qui accompagnent leurs enfants à l’école. Mais il faut que chacun comprenne qu’une réduction de 10 % du trafic aux heures de pointe suffirait à alléger très sensiblement les pics de fréquentation »

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