« Le Grand Paris n’est pas un supplément d’âme, c’est l’échelle d’action » : les ambitions métropolitaines de Marion Waller

Deuxième invitée du Club des entreprises du Grand Paris, qui organise, en partenariat avec Le journal du Grand Paris, une série de dîners débats sur les prochaines élections municipales, Marion Waller, candidate à la primaire socialiste pour les municipales parisiennes, place la question métropolitaine au cœur de sa vision politique.

Parler du Grand Paris lors d’un dîner au Sénat organisé par le Club des entreprises du Grand Paris présidé par Jacques Godron n’avait rien d’une posture pour Marion Waller. « Si le Grand Paris n’est pas une priorité de la prochaine maire de Paris, alors nous raterons une étape historique », a lancé l’essayiste et directrice du Pavillon de l’Arsenal, assumant pleinement l’orientation de sa candidature aux primaires socialistes du 30 juin. À rebours des précautions de langage et des esquives institutionnelles, elle a déroulé une vision ambitieuse, et égalitaire de la métropole.

Marion Waller et Jacques Godron. © Jgp

Pour elle, la lutte contre les inégalités territoriales, la crise du logement, les fractures écologiques et les enjeux logistiques ne peuvent être sérieusement abordés qu’à l’échelle du Grand Paris. « Paris est 9 fois plus petite que Berlin et 15 fois plus petite que Londres. On ne peut plus prétendre tout régler dans ses seules limites », affirme-t-elle. Le slogan de sa campagne, « Partager Paris », résume cet impératif de changement d’échelle : « Ce n’est pas seulement partager l’espace public, c’est aussi partager les ressources, les responsabilités et les droits avec toutes celles et ceux qui font fonctionner cette ville. »

Un pacte social métropolitain

Face à l’inaccessibilité croissante de la capitale – « Paris devient une ville hors d’atteinte pour trop de jeunes, de travailleurs essentiels, d’étudiants » – Marion Waller veut bâtir un pacte social métropolitain. « 60 % des travailleurs essentiels vivent hors de Paris. On doit leur garantir un accès prioritaire au logement, à des transports abordables, et à des services publics renforcés », plaide-t-elle, citant notamment la gratuité des transports pour les moins de 18 ans comme exemple d’inégalités criantes entre Paris et la Seine-Saint-Denis.

Cette volonté de redistribution s’accompagne d’une critique des déséquilibres d’investissement entre les territoires : « On ne peut pas continuer à tolérer que certains maires refusent de construire du logement social pendant que d’autres assument seuls l’hébergement d’urgence. » Elle réclame un véritable débat politique à l’échelle métropolitaine, assumant l’idée d’un programme commun du Grand Paris. « On a besoin de conflits, de visions opposées, mais surtout d’un vrai projet politique pour cette métropole. »

Renforcer la métropole et ses leviers

À cette fin, Marion Waller défend un renforcement de la Métropole du Grand Paris, et va jusqu’à évoquer l’élection directe d’un maire métropolitain. « Aujourd’hui, la MGP agit sur de nombreux sujets, mais insuffisamment sur le logement, pour lequel elle a pourtant été créée. Il faut lui donner les moyens et la légitimité démocratique d’agir. » Interrogée sur le millefeuille institutionnel, elle reconnaît l’absence de solution magique, mais propose une voie claire : « On ne simplifiera rien sans confiance, et la confiance viendra d’un projet fort. »

Symbole des fractures entre Paris et sa banlieue, le périphérique pourrait, selon elle, faire l’objet d’un référendum à l’échelle du Grand Paris. « Il reste une frontière physique et psychologique, mais c’est aussi une infrastructure vitale. Il faut poser la question de son avenir ensemble, dans une démarche démocratique nouvelle. »

Logement, écologie, justice sociale : les autres priorités

Parmi les autres axes de son programme : la transformation des bureaux vacants en logements, l’élargissement de l’offre de logements abordables pour les classes moyennes, et le soutien à des modèles alternatifs de propriété. « On ne peut pas continuer à espérer que chacun pourra acheter à Paris. L’objectif, c’est un logement digne pour tous. »

Marion Waller lors d’un dîner-débat du club des entreprises du Grand Paris. © Jgp

Concernant l’écologie, elle insiste sur une approche systémique, dépassant le seul cadre de Paris intra-muros : circuits alimentaires courts, coopérations avec les agriculteurs du bassin de la Seine, réseau de parcs métropolitains et renaturation des cours d’immeubles. «Paris ne peut pas s’en sortir seule. Elle dépend de ses territoires voisins. Elle doit donc contribuer. »

Réinventer le service public — jusqu’à la mort

Candidate hors des cadres traditionnels, Marion Waller veut aussi porter des sujets peu abordés en campagne municipale. « Le service public de la mort, c’est un impensé. Il y a une marchandisation inacceptable des obsèques. Je veux des lieux dignes, publics, pour honorer les morts dans tous les quartiers. » Elle milite aussi pour un guichet unique à destination des jeunes, et des politiques de soutien plus lisibles pour les étudiants précaires.

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