La Chapelle, quartier parisien à la pointe de la construction en bois

Avec le nouveau PLU bioclimatique, l’utilisation de ce matériau biosourcé se généralise dans la Capitale. La Chapelle, dans le 18e arrondissement, en est l’illustration concrète. Plus largement, la Ville mise beaucoup sur la surélévation du bâti, qui fait souvent appel au bois, plus léger et adaptable que le béton.

Dans l’est du 18e arrondissement de Paris, le béton ne règne plus en maître : le bois s’impose désormais comme une alternative durable. Le quartier de La Chapelle, où le paysage urbain est en pleine mutation, s’étend du boulevard du même nom, au sud (où se situe la station de métro éponyme), jusqu’à la porte de la Chapelle, au nord, en passant par Marx Dormoy. Sur ce territoire tout en longueur, plusieurs projets architecturaux emblématiques illustrent cette transition, portée par le nouveau plan local d’urbanisme (PLU) bioclimatique de la ville de Paris. Une révolution silencieuse, mais décisive, qui préfigure l’avenir du bâtiment dans la Capitale.

Un tournant structurel et politique

Le jeudi 27 février, lors du 14e Forum international bois construction, au Grand Palais, la directrice générale du Pavillon de l’Arsenal, Marion Waller, a animé un atelier consacré à La Chapelle. « Le sujet du bois rend optimiste, s’enthousiasme l’urbaniste-philosophe. Il y a dix ans, construire en bois était exceptionnel, c’était le temps des pionniers. Aujourd’hui, la situation est très différente ». L’intégration de ce matériau dans les constructions parisiennes résulte d’une volonté politique forte. Les premiers projets de ce type étaient portés par la commande publique, à Paris Rive Gauche (13e arr.), par exemple, ou chez les lauréats de Réinventer Paris. « Grâce au nouveau PLU [plan local d’urbanisme] bioclimatique, la construction en bois se généralise pour le tout-venant, poursuit-elle. Le recours à ce matériau biosourcé est maintenant quasi systématique ».

Des projets pionniers à La Chapelle

Ce bouleversement trouve sa traduction dans plusieurs projets emblématiques de La Chapelle. « Ce territoire est pionnier en termes de renouvellement urbain et d’innovation environnementale, explique Marion Waller, qui cite la rue Philippe de Girard, « un lieu important de résorption de l’habitat insalubre », ou encore les nouveaux – ou futurs – quartiers Chapelle International et Chapelle Charbon, « des lieux d’investissements publics majeurs où on a testé beaucoup de choses d’avant-garde en matière de construction et notamment de construction bois ».

Livré en 2013, le programme « Tête en l’air », imaginé par l’agence KOZ architecture, au 96, rue Philippe de Girard, est le tout premier projet d’immeuble d’habitation (30 logements sociaux pour Elogie-Siemp) entièrement construit en bois à Paris. Le bâtiment a été réhabilité côté rue et doté d’une extension en ossature bois à l’arrière, avec des « modules en débord de façade », comme des boites accrochées sur ses flancs. « Cette méthode, légère et respectueuse de l’environnement, a permis un chantier rapide et propre, sans recours à des engins de chantier lourds […], dans un tissu urbain dense », soulignent les architectes. Ce projet a préfiguré l’essor du matériau dans la Capitale.

Livré en 2013, le projet « Tête en l’air », imaginé par l’agence KOZ architecture, au 96, rue Philippe de Girard, est le tout premier projet d’immeuble d’habitation entièrement construit en bois à Paris. © DR

Plus récent (octobre 2024), l’immeuble de la RIVP (Régie immobilière de la ville de Paris) au 71, rue Philippe de Girard, conçu par l’Atelier Tarabusi, propose 11 logements sociaux et un commerce en rez-de-chaussée. Son architecte, Paolo Tarabusi, décrit un « bâtiment contemporain inséré dans un tissu urbain historique ». Sa façade menuisée, « inhabituelle à Paris », a l’apparence de la simplicité mais cache des « défis techniques complexes, notamment en matière de protection incendie ».

Chapelle International : une tour en bois au milieu du béton

La structure et les planchers de cette tour de 37 m à Chapelle international sont en bois, le socle en béton.© DR

Le projet le plus ambitieux se situe à Chapelle International, avec une tour en bois de 37 mètres de haut, plafond fixé par le PLU bioclimatique. Présentée au Grand Palais par les architectes Ido Avissar et Emily Game, pour l’agence List, cette construction R+11 tranche avec son environnement. « Nous construisons une tour en bois dans un quartier de tours de béton », sourit Ido Avissar. La structure et les planchers sont en bois, le socle en béton. L’immeuble de grande hauteur accueillera 75 logements, répartis à parts égales entre du social et de l’accession privée, ainsi qu’un atelier d’art plastique, avec sa « lumière du nord zénithale et diffuse ». Son architecture hexagonale permet d’intégrer des loggias aux six angles, offrant des vues panoramiques sur Paris et le Sacré-Cœur. Sa livraison est imminente.

Quant au Quartier Chapelle Charbon, il doit être terminé en 2027, autour d’un parc de 3 ha déjà livré (6,6 ha à terme). « Six projets ont d’ores et déjà obtenu leur permis de construire ; les chantiers sont sur le point d’être lancés », ont expliqué Adeline Chambe, de Paris & métropole aménagement, et l’architecte Antoine Santiard, de H2O architectes. Soit 375 logements mixtes (28 200 m²) qui accueilleront 800 habitants, 1 800 m² d’activités, une école de 12 classes. Le bois aura ici une place de choix.

Un modèle appelé à se généraliser

La mutation engagée dans le 18e arrondissement pourrait inspirer d’autres quartiers parisiens. Ce que confirme Jacques Baudrier (PCF), adjoint à la maire de Paris en charge du logement et de la transition écologique du bâti, qui est venu conclure l’atelier au Grand Palais : « Le PLU bioclimatique prévoit que les matériaux biosourcés deviennent la norme, et non plus l’exception, dans l’urbanisme parisien. C’est une révolution ! » Ce nouveau PLU, résume-t-il, prévoit d’« adapter la ville à marche forcée » au réchauffement climatique, notamment en « végétalisant au maximum, partout où c’est possible ». Quelque 300 ha d’espaces verts supplémentaires sont programmés. « Cet hiver, nous avons planté 1 500 arbres dans Paris, contre une centaine par an seulement auparavant ».

Chapelle International, ilot I, r+11 de 37 m. © DR

Il s’agit aussi d’« éviter la densification des cœurs d’îlots »… tout en maintenant une production constante de logements dans Paris, précise Jacques Baudrier. Comment résoudre ce paradoxe dans une ville où le foncier est devenu rarissime ? La solution envisagée repose en grande partie sur la surélévation des bâtiments. Pour cela, le bois semble être l’allié idéal : renouvelable, biosourcé, plus léger et adaptable que le béton, et surtout plus approprié aux contraintes climatiques d’une ville confrontée à des étés toujours plus chauds.

Dans le parc social comme dans les copropriétés privées, le potentiel est considérable : « Des dizaines de milliers d’immeubles », selon l’adjoint communiste, qui ambitionne ainsi d’autoriser chaque année « plus de 1 000 surélévations douces, c’est-à-dire de 1, 2 ou 3 niveaux, pas plus, pour préserver les formes patrimoniales ». La construction en bois a donc de beaux jours devant elle dans la Capitale : Les chantiers vont se multiplier, « répondez aux appels d’offres ! », a exhorté Jacques Baudrier à l’attention des architectes. Un matériau millénaire au service d’une nouvelle écriture architecturale.

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