Frédéric Hocquard – La culture de la fête

Frédéric Hocquard, qui a passé son enfance entre les manifestations anti-colonialistes et les théâtres où l’emmenait son père, mène sa vie d’adulte en conjuguant ses engagements politiques et culturels.

Il aurait dû avoir Hô Chi Minh comme deuxième prénom, mais face au refus de l’Etat civil de la mairie du 12e, ce fut Karl… Frédéric Hocquard, adjoint de la maire de Paris à la vie nocturne et au tourisme, raconte cette anecdote d’une voix de stentor, un sourire en coin, le débit rapide, précis. Il est intarissable sur les amis de ses parents, dont les voisins de palier, rue de l’Odéon, furent les membres du Front universitaire antifasciste (FAU) Marc Kravetz, spécialiste de l’Iran à Libération, Jean-Louis Péninou, qui fut directeur de « Libé », ou Antoine Griset, ancien président de la Mnef.

Frédéric Hocquard. © Jgp

L’opposition à la guerre d’Algérie et à la levée du sursis pour les étudiants, « contraints d’interrompre leurs études pour aller se battre dans les Aurès », forge l’engagement militant de ses géniteurs. Mais son père, Jean-Jacques, est avant tout un homme de culture, collaborateur d’Armand Gatti, poète, dramaturge, metteur en scène et réalisateur. « J’allais partout », résume Frédéric Hocquard, pour décrire son assiduité dans les théâtres, enfant. Il cite Avignon ou le festival de théâtre étudiant de Nancy, créé par Jack Lang, avec lequel son père travaille aussi, tandis que sa mère est journaliste pour la Société française d’horticulture.

Soutient la création artistique dans des lieux alternatifs

Ce fils unique, qui s’est inventé un frère baptisé Toupla qui a droit à son couvert à table, termine ses études à Paris 1 et 8 avec un DEA de sciences politiques. « Ce qui compte pour moi, c’est la culture », affirme-t-il pour se définir. « Comme un outil du débat d’idées », précise aussitôt ce père de trois enfants. Son itinéraire est donc fort logiquement un entrelacs de ses engagements politiques et culturels.

A la fac, il s’engage à l’Union nationale des étudiants de France (Unef-id), dont il intègre le bureau national. « On a passé récemment un week-end à appeler des anciens dirigeants du syndicat », raconte-t-il, pour les inviter à signer une pétition condamnant les propos de Jean-Michel Blanquer, qui a taxé l’Unef de fascisme pour avoir organisé des réunions non-mixtes. « L’Unef provient de la résistance », rappelle-t-il.

Le premier job de cet ancien militant de SOS Racisme, amateur de havanes, sera la direction de Confluences. Un tiers lieu avant l’heure, qui mêle théâtre, expositions, performances diverses. Puis il œuvrera pour Actes IF qui soutient la création artistique dans des lieux alternatifs. « C’était l’époque du rapport de Fabrice Lextrait sur les nouveaux territoires de l’art », indique-t-il, citant Mains d’œuvres à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), la Guinguette Pirate à Paris et le Collectif 12 à Mantes-la-Jolie (Yvelines).

La nuit porte conseil

De 2008 à 2017, il dirige Arcadi (Action régionale pour la création artistique et la diffusion), supprimée depuis par Valérie Pécresse. A son grand dam. « La présidente de l’Ile-de-France a préféré faire de la com’ plutôt que de soutenir la création », déplore celui qui préside, depuis cette année, la Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC).

Entre-temps, il est devenu, en 2014, conseiller délégué de la mairie de Paris à la vie nocturne, puis adjoint à la maire de Paris, en 2017. La mise en place d’un conseil de la nuit, mettant autour d’une même table les patrons d’établissement, les riverains, la ville, la préfecture et divers services, constitue un de ses faits d’armes. « Nous avons créé un écosystème favorable à la fête et à la culture », se félicite-t-il, affirmant que Paris a retrouvé sa légendaire festivité. Comme l’atteste, à ses yeux, l’ouverture récente du club Le Gore, rue Corentin Cariou (19e arr.), ou du Kilomètre 25, salle de spectacle située sous le périphérique, d’une jauge de 2 500 places. Il se réjouit également du succès cet été de L’Hyper festival et de ses plus de 200 spectacles. « Je ne suis pas tout à fait à l’aise avec l’idée d’être à 100 % engagé dans la vie politique », conclut celui qui fut longtemps membre du PS, côté gauche socialiste, avant de rejoindre Génération.s., déçu par le manque d’idées du Parti socialiste. Et qui rêve parfois de redevenir directeur de théâtre. N’est-il pas lassé de l’égotisme du monde de la culture ? « Vous savez, dans la politique, c’est pas mal non plus », répond-il, narquois.

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