Filière bois : des états généraux en forme d’appel à la mobilisation

Des représentants de l’ensemble de la filière bois et biosourcés étaient réunis lundi 13 janvier 2020 à La Cité fertile à Pantin (Seine-Saint-Denis) pour les premiers états généraux de la forêt et du bois en Ile-de-France. La nécessité d’un travail de pédagogie pour déconstruire des préjugés tenaces sur la construction bois a été soulignée lors de cette journée.

Lancer les travaux de coconstruction avec les différentes parties prenantes d’une nouvelle charte de la construction bois biosourcés. Tel était l’objectif des premiers états généraux de la forêt et du bois organisés par Francîlbois, l’interprofession francilienne de la filière, le 13 janvier dernier à Pantin. Une journée intitulée « La forêt et le bois vont-ils sauver la planète ? ».

Les premiers états généraux de la filière bois et biosourcés, lundi 13 janvier 2020, à La Cité fertile, à Pantin. ©PabloPorlan

« La première charte, élaborée en 2015 par les bailleurs sociaux et les établissements publics d’aménagement prévoyait que chaque maître d’ouvrage s’engage à construire un bâtiment en bois, et à en réhabiliter un autre avec ce matériau. Des objectifs pertinents à l’époque mais qui apparaissent obsolètes aujourd’hui. Les acteurs de l’aménagement sont prêts à aller plus loin. », indique Céline Laurens, déléguée générale de Francîlbois.

Paul Jarquin, PDG de REI habitat et président de Francîlbois, a rappelé les enjeux de structuration de la filière, en ouverture de la journée. « Il ne faut pas oublier le sujet de la gestion forestière quand on parle de construction bois », a-t-il notamment déclaré, invitant « à un changement systémique » de la chaîne de la construction dans son ensemble, ainsi qu’à un changement d’échelle. Il a invité l’ensemble des participants à s’appuyer sur des méthodes d’intelligence collective pour mobiliser les expertises, connaissances et expériences pour préciser les enjeux, les conditions auxquelles la forêt peut, dans la diversité de ses usages, répondre aux enjeux économiques et environnementaux à venir dans le domaine de la construction.

Michel Druilhe s’est félicité du symbole que représentait la perspective de la reconstruction de la charpente de Notre-Dame de Paris en chêne français. Le président de France bois forêt a annoncé le lancement de la fondation « France bois forêt pour notre patrimoine ». Abritée par la Fondation de France, elle a comme objectif de faciliter toutes les restaurations mettant en œuvre essentiellement du bois. Le premier appel d’offres sera lancé début février 2020.

Il a également souhaité un recours massif au bois dans la construction du Village olympique. « Il faut, à ce sujet, que l’ensemble de la filière se mobilise pour être à la hauteur des engagements pris en la matière », a souligné Georges-Henri Florentin, président de France bois 2024.

Faire évoluer les mentalités

Dans la perspective de l’élaboration de la nouvelle charte de la construction bois biosourcés, dont les premières signatures seront recueillies lors du Forum bois construction qui se tiendra le 16 avril prochain au Grand Palais, les premiers états généraux de la forêt et du bois ont donné l’occasion aux acteurs de témoigner et d’échanger sur les défis du développement de la filière, dans le cadre de quatre parcours retraçant les différentes étapes de transformation du bois : amont forestier, 1re et 2e transformations (scierie, charpente, ameublement), maîtrise d’œuvre et maîtrise d’ouvrage.

Par la suite, réunis en plénière, quatre ateliers (construction neuve, réhabilitation, intégration de matériaux biosourcés et traçabilité de la ressource) ont également montré le besoin de pédagogie d’une ressource qui souffre encore de préjugés négatifs.

L’après-midi, en ouverture des controverses, Benjamin Beaussant, directeur de la Driaaf, a souligné la nécessité de faire évoluer les mentalités. « L’idée, selon laquelle le bois entraîne un risque d’incendie accru ou encore que le bois est réservé à la construction de chalets en montagne, provient d’un déficit d’information. Il faut s’attacher à déconstruire ces préjugés », a-t-il souligné. Le directeur de la Driaaf a également insisté sur la nécessité d’identifier les industries de transformation du bois et des matériaux biosourcés (chanvre, paille), en Ile-de-France et dans les régions limitrophes.

Débats et ateliers se sont succédé. ©PabloPorlan

Alexandra Dublanche a décrit la stratégie de la Région en la matière, rappelant le rôle majeur de la forêt contre le changement climatique, et appelant au développement de la taille et du nombre de scieries en Ile-de-France. La vice-présidente du conseil régional chargée du développement économique, de l’agriculture et de la ruralité s’est engagée à ce que sa collectivité augmente la part du bois dans la construction des lycées. « Nous devons accélérer », a-t-elle indiqué.

Valoriser le stockage du carbone

« Les questions abordées lors des différentes controverses ont consisté notamment à savoir comment concilier « le poumon vert de la planète », des forêts protectrices de la biodiversité, piège à carbone et la nécessité d’une production accrue de bois (le seul matériau de construction qui se régénère), résume Céline Laurens. Cela pour répondre aux besoins en matière de construction bois, sachant qu’il faut 40 à 50 ans pour reconstituer une forêt, mais 150 ans pour qu’elle remplisse pleinement sa mission de piège à carbone ».

Ivan Itzkovitch, maire adjoint de Rosny-sous-Bois, conseiller métropolitain en charge du schéma de cohérence territoriale (Scot) métropolitain et président du groupe UDI-UC à la MGP, et Christian Leclerc, maire de Champlan et délégué environnement au sein de l’Association des maires d’Ile-de-France (Amif), ont débattu notamment des voies et moyens d’accroitre le recours au bois dans la construction d’ouvrages publics. « Les élus sont plutôt frileux, mais plus par méconnaissance que par méfiance », a souligné le maire de Champlan. Pour Ivan Itzkovitch, les maires ont besoin d’être aidés par la filière à travers un argumentaire qui permette de promouvoir la construction bois. « Les collectivités (communes, intercommunalités) doivent contribuer au développement et à une gestion durable de la forêt en finançant des opérations de reboisement, en développant des espaces publics naturels », a également souligné l’élu.

Luc Abbadie (codirecteur de l’Institut de la transition environnementale de Sorbonne université), Jean-François Dhôte (directeur de recherches à l’Inra) et Isabelle Delannoy (environnementaliste, théoricienne de l’économie symbiotique, fondatrice de Dogreen) ont évoqué les enjeux de la conciliation entre les logiques économiques et écologiques de la forêt et de la construction bois. « Le temps semble vraiment venu que l’activité humaine reprenne une place plus respectueuse dans l’écosystème de la biodiversité dont la forêt est un acteur majeur », a notamment souligné Luc Abbadie.

Trouver un modèle économique raisonnable

Enfin, Emmanuelle Cosse, ancienne ministre du Logement et présidente de Coallia habitat – qui vient de construire un foyer d’accueil en structure bois à Montreuil -, Christine Leconte, présidente de l’ordre des architectes d’Ile-de-France, et Ariane Bouleau-Saide, directrice générale de SemParisSeine, ont débattu des conditions nécessaires pour développer la construction bois tout en prenant en compte les enjeux de la forêt et le changement climatique. « Il faut faire évoluer les mentalités des acteurs de la filière, avoir des objectifs ambitieux mais raisonnables (30 % de construction en bois et matériaux biosourcés) et trouver un modèle économique abordable pour le plus grand nombre en matière de logements, a estimé Emmanuelle Cosse, réclamant également que l’on donne « un prix au carbone ».

« La question architecturale et urbaine ne peut exclure le vivant de l’équation, il en est ainsi de la fabrication de la ville, mais aussi des impacts laissés sur la terre – il nous faut ménager nos territoires », a estimé Christine Leconte. « Il nous faut apprendre à construire avec les feuillus, majoritaire en Ile-de-France », a notamment souligné Ariane Bouleau-Saide.

Emmanuelle Cosse, Christine Leconte et Ariane Bouleau-Saide. ©PabloPorlan

La journée s’est clôturée par la conclusion de Luc Charmasson, président du comité stratégique de la filière bois, qui a constaté, avec enthousiasme, que se dégageait une volonté partagée d’écrire un nouveau chemin : celui de l’entrée dans une bioéconomie raisonnée, corollaire à la sortie progressive de l’ère fossile. Forts de la position singulière de l’Ile-de-France, à cet égard, il espère que ces états généraux contribueront au nécessaire changement d’échelle dans ce domaine, nécessitant des décisions fortes et des réalisations démonstratives.

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