Diego Harari, directeur développement durable et innovation de Vinci Immobilier, revient sur la stratégie du promoteur en termes de développement durable. Selon lui, cette notion ne se cantonne pas à son aspect environnemental mais comprend aussi un volet social et économique.
Quelle est la stratégie de Vinci immobilier en matière de développement durable ?
Pour expliquer notre démarche, il faut d’abord resituer le cadre du développement durable. Il s’inscrit dans un contexte socio-économique qui a beaucoup changé durant ces dernières années. La population vieillit, la cellule familiale évolue… Du point de vue des entreprises, on assiste à un changement générationnel. Les générations X ou Y n’ont pas les mêmes relations avec le numérique par exemple, et les modes de travail évoluent.

Le big data, le cloud, l’internet des objets révolutionnent l’économie mondiale et donc le bâtiment, estime Diego Harari, directeur développement durable et innovation de Vinci Immobilier. © Jgp
Quelles en sont les conséquences ?
Tout cela va largement impacter les bureaux, les commerces et les logements que l’on doit construire si l’on veut coller à la société d’aujourd’hui et de demain. La révolution du numérique représente aussi un élément très important. Le big data, le cloud, l’internet des objets révolutionnent l’économie mondiale et donc le bâtiment. L’ensemble du secteur est engagé dans le développement durable. On peut le dire très fort comme certains, on peut le faire sans le dire comme d’autres, mais tout le monde peut faire du Breeam ou du HQE, ce n’est plus cela qui nous différencie. La différence, il faut donc la trouver ailleurs.
Quelles sont les spécificités de Vinci immobilier dans ce contexte ?
Vinci immobilier possède une image de marque liée à un certain nombre de valeurs, comme la concertation. Et c’est cette démarche qui doit prévaloir pour construire des projets durables et réellement adaptés aux besoins. Selon nous, le développement durable repose sur trois piliers : un pilier environnemental, un pilier social qui renvoie davantage à des notions de bien-être (confort, santé, services,…) dans l’immobilier et un pilier économique, que l’on traduit par une meilleure offre à coût égal. Nous concentrons nos efforts sur ces deux derniers piliers car nous détenons déjà les compétences pour satisfaire les exigences environnementales. Il nous faut, ainsi, générer de l’attractivité pour nos bâtiments au travers du bien-être que l’on peut y trouver. Sur le volet économique, il s’agit de faire baisser le poids de toutes les charges et, en même temps, de créer le plus de valeur possible pour chaque mètre carré. Cela passe par la flexibilité des espaces, leur mutualisation et leur mutabilité. Si ces critères sont remplis, on obtient un bien attractif tant pour l’utilisateur que pour l’investisseur.
Comment cela se traduit d’un point de vue opérationnel ?
Certains projets sont aboutis, d’autres en cours et d’autres en réflexion. Concernant l’immobilier de bureau, nous avons finalisé un projet nommé Open work, qui a été lancé à la Green building week. Pour le réaliser, nous avons capitalisé l’ensemble de nos bonnes pratiques, constituant ainsi une base sur laquelle nous pouvons adapter les demandes des clients. Cela part du constat que l’immobilier de bureau n’est souvent plus adapté aux nouvelles pratiques. Leur amélioration constitue de réels facteurs de productivité pour les entreprises, et donc de la valeur ajoutée pour nous. C’est aussi une problématique de ressources humaines car cela permet d’attirer des talents.
Au niveau européen, ce sont des problématiques qui ont été traitées de manière inégale et l’on s’aperçoit que la France est en retard. Le taux d’équipement des bureaux en termes d’espaces conviviaux est par exemple très faible. Pourtant, la qualité de vie au travail constitue le deuxième facteur de choix pour les employés. Forts de ces constats et de nos expériences, nous avons bâti une démarche qui consiste à dire : nous possédons un socle environnemental qui correspond à un HQE exceptionnel, Breeam excellent et Effinergie plus, puis travaillons sur les axes bien-être (acoustique, végétalisation, services, qualité de l’air…) et performance (maximisation de la valeur d’usage du bâtiment, performance énergétique et économique, évolutivité).
Quel regard portez-vous sur le marché de l’immobilier d’entreprise ?
Le marché de l’immobilier d’entreprise n’a pas connu la même crise que celui du logement, mais il est caractérisé par une obsolescence très rapide du bâti. Aujourd’hui, la demande est beaucoup plus conduite par la valeur largement supérieure des bâtiments nouveaux que par le manque de mètres carrés.
Dans une démarche de développement durable, n’est-il pas aussi nécessaire de s’atteler à la question de l’ancien ?
Nous intervenons un peu sur l’ancien, par exemple à La Défense où nous restructurons totalement un bâtiment. Mais ce marché relève davantage de la demande du propriétaire du bâtiment que des promoteurs. Il ne nous appartient pas de décider de restructurer les bâtiments.
Quel est l’intérêt des labels de performance ? N’ont-ils pas des effets pervers ?
Ces labels ont permis de rendre visibles sur le marché des performances qui n’étaient pas connues et donc que personne ne demandait. Il n’était pas intéressant de faire des bâtiments plus chers si les consommateurs n’avaient pas conscience de leur valeur ajoutée. Le risque est que cette course au label environnemental le plus élevé s’effectue au détriment des autres socles du développement durable, comme le bien-être. Cependant on voit bien, aujourd’hui, que ces thèmes complémentaires sont également repris par des labels, tels que Well.
2007 : Responsable cellule HQE chez Saunier et associés
2011 : Bureau Veritas, chef du service Green Building puis responsable du développement Green Building
2014 : Directeur du développement durable et de l’innovation chez Vinci immobilier