De Rabat à la mairie de Paris en passant par le Samu social et le Conseil d’Etat, l’adjointe à la solidarité d’Anne Hidalgo a consacré sa vie à la lutte contre la précarité.
« Ca va comme cela ? Cela ne vous gêne pas ? ». A plusieurs reprises, Dominique Versini s’enquiert de savoir si le ventilateur ne vous incommode pas. Dans son immense bureau de l’hôtel de ville, à la taille de l’importance de ce petit bout de femme, on sent tout de suite que la personne qui compte, c’est vous. « Vous comprenez d’où vient mon engagement », dira-t-elle, après avoir raconté le premier acte, fondateur, d’une vie mirobolante. Celui qui la conduisit de sa ville natale de Rabat à celle de Gennevilliers, où elle partage, au milieu des années 1970, une chambre d’étudiante avec sa mère. « Maman aimait Gennevilliers, son marché qui lui rappelait Rabat », se souvient l’ancienne secrétaire d’Etat. Au Maroc, dans les années 1950, dans cette famille de fonctionnaires corses, on black-liste sans vergogne : sa maman, « fille-mère » comme on disait à l’époque, perdra tout contact avec les siens à sa naissance. « J’ai vu ma mère manquer. Aller travailler avec les talons élimés », se souvient-elle d’une voix discrète mais profonde.

Dominique Versini. © JGP
Beaucoup plus tard, quand elle fera la connaissance d’Anne Hidalgo, c’est la rudesse commune de l’enfance « et des parents exemplaires de courage » qui constitueront le ferment de leur admiration réciproque. « On est différent lorsque l’on est fait de ce bois-là », dit-elle, avec cette posture qui serait presque raide si le corps entier n’était illuminé par ce regard incandescent et ce sourire amusé qui ne la quitte jamais. Dominique Versini ne se prend pas au sérieux. On s’amuse à écouter le name-dropping fascinant de sa bio. Qui a basculé en 1995, lorsqu’elle devient directrice générale du Samu social, qu’elle a su vendre à Jacques Chirac sur une idée de Xavier Emmanuelli. Elle accepte alors de quitter les laboratoires Servier, où elle dirige le service de communication internationale.
Samu social métropolitain
« Jamais je n’ai regretté d’avoir divisé mon salaire par deux », dit-elle. De Chirac, elle parle avec la même vénération que pour l’actuelle maire de Paris. En 2002, celle qui se déclare aujourd’hui « presque à gauche » deviendra secrétaire d’Etat à la Lutte contre la précarité et l’exclusion de Jean-Pierre Raffarin. Elle s’entend avec François Fillon, son ministre de tutelle, sauf lorsque celui-ci souhaite supprimer l’Aide médicale d’Etat (AME). « Une idée absurde. » Elle loue l’idée de Jacques Chirac qui impose à chacun de ses ministres de passer une nuit avec le Samu social, et d’où ils sortent transformés.
Après le gouvernement, cette juriste de formation entre au Conseil d’Etat, pour son plus grand bonheur. « Je suis une bosseuse », résume-t-elle. Puis elle devient défenseure des enfants. Elle raconte ces cas pathétiques d’enfants maltraités pour lesquels elle se bat sans relâche. Elle confie tout le bien qu’elle pense de Jacques Toubon, « excellent défenseur des droits, à qui j’ai dit l’autre jour qu’il était bien plus à gauche que Macron ». Elle narre l’histoire de la bulle d’accueil des migrants de la Chapelle, dessinée par Julien Beller sur une idée qu’elle a vendue sans peine à Anne Hidalgo, « qui s’est enthousiasmée pour ce projet comme Chirac pour le Samu social ». Conseillère métropolitaine, elle espère bâtir un Samu social à l’échelle du Grand Paris : « l’idée plaît à Patrick Ollier », dit-elle avec une énergie que l’on sent redoutable. Elle avoue ne pas comprendre l’actuel locataire de l’Elysée, « qui s’est mis à dos l’ensemble du monde associatif, sans doute par méconnaissance totale de la pauvreté ». Généreuse incontestablement, mais pas mièvre pour un rond.