Plongeur acrobatique finaliste des Jeux de Paris 2024 et artiste plasticien, Loïs Szymczak a conçu un podium olympique inversé de trois mètres de haut. Photographiée au sein du Centre aquatique olympique (CAO) Métropole du Grand Paris par le duo Pierre & Florent, l’œuvre fait l’objet d’une exposition à l’agence Ateliers 2/3/4/, co-conceptrice de l’équipement, jusqu’au 10 septembre.
Il déjoue les catégories établies : Loïs Szymczak, finaliste du plongeon synchronisé à 10 mètres aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, est aussi artiste plasticien, ancien élève de l’École des beaux-arts de Paris. On lui doit un imposant podium inversé, récemment conçu pour interroger le rapport entre compétition et politique, la notion de classement et la fragilité humaine. L’œuvre s’inspire du podium aperçu par l’artiste au stade panathénaïque d’Athènes, édifice antique rénové pour les premiers Jeux olympiques de l’ère moderne, en 1896.
« J’ai voulu retourner ce podium, en réaction à l’impression que je ressens d’une volonté, très marquée lors des Jeux olympiques, de dépolitiser le sport, de ne pas assumer certains choix politiques », expliquait-t-il jeudi 4 juin dernier, lors du vernissage de l’expostion, aux Ateliers 2/3/4/ à Paris. « Il existe même une charte olympique qui interdit aux athlètes de se positionner sur tout sujet politique, je trouve cela un peu hypocrite », poursuit l’artiste. Ce podium retourné, qui évoque les panneaux d’entrée de village que les agriculteurs en colère ont pris l’habitude de renverser, invite selon son auteur à se demander « si l’on ne pouvait pas voir les choses autrement, autrement que par la compétition ».

Loïs Szymczak, finaliste du plongeon synchronisé à 10 mètres aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, est aussi artiste plasticien, ancien élève de l’École des beaux-arts de Paris. © Jgp
Les Ateliers 2/3/4/, avec l’agence néerlandaise VenhoevenCS sont concepteurs du Centre aquatique olympique Métropole du Grand Paris, un des seuls équipement majeur bâti pour Paris 2024, sous maîtrise d’ouvrage de la Métropole du Grand Paris, à Saint-Denis. La rencontre avec Loïs Szymczak s’est nouée durant les séances d’essais du CAO, en amont des compétitions : les architectes y interrogeaient les premiers athlètes venus éprouver les plongeoirs pour en vérifier le bon fonctionnement, dont Loïs Szymczak. Le duo de photographes plasticiens Pierre & Florent, soit Pierre Larose et Florent Darthout, a transporté l’œuvre dans le bâtiment. Il en résulte une série exposée dans les locaux de l’agence jusqu’au 10 septembre.
L’exposition se déploie comme une déambulation onirique, où le podium devient un personnage à part entière. Au fil des clichés, il prend place tantôt sous les douches, tantôt à hauteur des gradins, là où s’asseyaient les spectateurs. « Tel un héros, il se confronte avec discrétion et poésie aux usages du lieu, dialogue avec ses volumes et ses échelles », décrivent les artistes. « Notre idée était de jouer avec l’espace et d’incarner ce podium, de le considérer tantôt comme une sculpture, tantôt comme un personnage, comme un plongeur qui va s’entraîner », précise Pierre Larose, admirateur de l’artiste américain Matthew Barney, connu pour ses œuvres réalisées dans de grandes installations sportives.
Le duo travaille volontiers autour du vêtement, notamment dans le projet « Mémoire habillé », une collection d’une quarantaine de portraits d’inconnus invités à se présenter par l’intermédiaire de leurs habits, juchés pour la photographie sur un monticule composé de ces mêmes vêtements. Avec cette initiative, les Ateliers 2/3/4/ entendent « ouvrir un nouvel espace de narration : un dialogue entre l’architecture, l’art et la photographie ». « Avec sa présence sculpturale, sa matérialité brute et sa lumière unique, le Centre aquatique olympique Métropole du Grand Paris s’affirme comme le terrain de jeu idéal pour ouvrir ce dialogue », souligne Anne-Laure Lucas-Grandir, associée du cabinet.
« Le Podium à l’envers, regards croisés – architectes, artiste/plongeur, photographes », Ateliers 2/3/4/, 234, rue du Faubourg-Saint-Antoine, Paris 12e, jusqu’au 10 septembre.
« Une autre manière de montrer le bâtiment, qui devient un objet d’art »
« Je me suis dit que ce serait hyper intéressant de créer la rencontre de ce podium avec notre bâtiment. Il est énorme, il fait trois mètres de haut, et il vient questionner ce qu’est la compétition. C’est une autre manière de montrer le bâtiment, qui devient presque un objet d’art. C’est aussi raconter la synergie entre les disciplines, quelque chose que l’on porte à l’agence. »




