À la veille de « RésEaunance », la conférence d’assainissement organisée deux fois par an, le Siaap a présenté le 30 septembre sa stratégie pour la décennie. François-Marie Didier, président du syndicat interdépartemental d’assainissement de l’agglomération parisienne, accompagné de Vincent Rocher, directeur délégué Innovation, stratégie et environnement, ont détaillé un plan pluriannuel d’investissement de 4 milliards d’euros. L’objectif est double : renforcer la performance environnementale des ouvrages et assurer la résilience d’un patrimoine industriel évalué entre 11 et 12 milliards d’euros.
D’emblée, François-Marie Didier revendique une méthode : « J’ai voulu que mon mandat soit celui de la transparence vis-à-vis des élus et des habitants », assure le président du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (Siaap). Depuis 2022, le Siaap réunit les maires deux fois par an, ouvre la visite des sites en priorité aux élus et a transformé les conférences d’assainissement réglementaires, désormais baptisés « RésEaunance », en moments d’explication et de projection. « Nous sommes l’un des plus grands prescripteurs de marchés publics en Europe, environ 500 millions d’euros par an ; les industriels nous ont demandé une vision à dix ans, d’où la présentation de ce plan pluriannuel d’investissement [PPI] aujourd’hui », poursuit le conseiller de Paris.
Ce PPI 2025-2035, voté et appelé à être actualisé chaque janvier après le budget, est articulé autour de deux ensembles de 2 milliards d’euros chacun : la performance du système d’assainissement et la performance environnementale (nouvelles installations, amélioration des filières, énergie) d’une part, et la résilience industrielle et l’intégration territoriale (maintenance lourde, sûreté, cybersécurité, insertion urbaine), d’autre part. « Nous sommes à un moment charnière : maintenir la qualité de la rivière, élargir la performance – carbone, énergie, micropolluants – tout en restant soutenables. Chaque décision est arbitrée au regard de ces objectifs », résume François-Marie Didier.
Plusieurs opérations illustrent ce cap. Le grand collecteur VL8, pour environ 350 millions d’euros déjà engagés et 173 millions d’euros à finaliser, a servi de bassin tampon pendant l’été et sécurise l’acheminement des eaux usées vers l’usine de Valenton (Val-de-Marne). À Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), le chantier en cours combine la reconstruction complète d’une usine de pré-traitement – « une installation en cœur de ville qui ne peut s’arrêter », rappelle le président – et la mise en service début 2027 d’un bassin de stockage de 50 000 m³, présenté comme « le plus grand d’Europe ». L’enveloppe globale pourrait atteindre 1 milliard d’euros, avec un haut niveau d’intégration urbaine affiché, désodorisation et réduction du bruit à la clé.
En même temps, le Siaap consolide ses filières azote-phosphore : « Nous sommes conformes aujourd’hui, mais la prochaine marche demandera environ 400 millions d’euros et un resserrement du calendrier, avec jusqu’à dix points de rendement supplémentaires à atteindre», explique Vincent Rocher.
Les digesteurs de Seine-Aval sont réhabilités après l’incendie de 2022 ; l’injection de biométhane à Valenton se poursuit pour 31 millions d’euros, dont 15 restent à engager. La cybersécurité des systèmes industriels, « un sujet immédiat », mobilise environ 20 millions d’euros, tandis que la mise à niveau incendie et la sûreté sont renforcées sur deux sites classés Seveso. « Chaque euro investi doit avoir un impact – pour la rivière, pour l’énergie, pour l’intégration territoriale », insiste François-Marie Didier.
Nouveau cadre européen
Le cadre européen rebat parallèlement les cartes. La révision de la directive Eaux résiduaires urbaines (Deru 2) impose le traitement des micropolluants et vise, à l’horizon 2045, des stations neutres ou autosuffisantes en énergie. « Très franchement, je ne sais pas comment on fait pour être autosuffisants à l’échelle d’un outil qui traite l’eau d’un Français sur six ou sept. Nous produisons déjà du gaz et de l’électricité, développons des réseaux de chaleur, mais ça ne suffira pas. Disons-le clairement et réallouons l’effort public là où il est le plus efficace », estime-t-il.
Sur le traitement des micropolluants, le Siaap évalue les besoins entre 800 millions et 1 milliard d’euros supplémentaires sur vingt ans : « Techniquement, nous avons le recul ; l’enjeu est financier et d’intégration dans des usines parmi les plus grandes d’Europe », précise Vincent Rocher. D’où un appel à faire contribuer les responsables : « Les micropolluants, ce n’est pas le Siaap qui les met dans l’eau. Le principe pollueur-payeur doit s’appliquer au monde de l’assainissement, comme dans les déchets », martèle François-Marie Didier, citant les secteurs du textile, des cosmétiques ou de la pharmacie, et soulignant le rôle massif des microfibres issues des lessives.

Le collecteur VL8 a servi de bassin tampon pendant l’été et sécurise l’acheminement vers des eaux usées vers l’usine de Valenton (Val-de-Marne). © Siaap
Pour ce qui est des finances de ce géant de l’assainissement qu’est le Siaap, la redevance a progressé d’environ 4 % entre 2015 et 2025, sous l’effet des chantiers (plan baignade, mise en conformité, grands ouvrages) et du choc énergétique de 2022. La dette est passée d’environ 1 milliard d’euros en 2021 à 1,8 milliard d’euros aujourd’hui ; l’objectif est de la stabiliser autour de 2 milliards d’euros. « Nous privilégions les réhabilitations plutôt que les reconstructions », plaide le président. Le modèle est aussi fragilisé par la baisse structurelle des consommations d’eau, réduisant l’assiette de recettes, et par le poids des eaux pluviales, non rémunérées. « On ne peut pas éternellement augmenter la facture d’eau. Il faut agir sur le financement, sur l’échelonnement des obligations et sur l’efficacité des investissements », résume-t-il.
Pour une doctrine différenciée selon les territoires
Reste la question des pluies extrêmes. Le Siaap dispose déjà de près d’un million de mètres cubes de stockage, mais l’intensification des épisodes met à l’épreuve la stratégie des bassins. « Construire des ouvrages de 50 000 m³ à 80 millions d’euros qui se remplissent en quinze minutes ne peut pas être l’unique réponse. Peut-être faudra-t-il étudier une nouvelle usine ; en tout cas, la décision doit être collective – Agence de l’eau, comité de bassin, État », avance François-Marie Didier, en appelant à une doctrine nationale plus différenciée selon les territoires.
L’intégration territoriale de ses équipements constitue également un marqueur du plan stratégique présenté. Sur les sites urbains, les travaux portent sur les odeurs, le bruit, la lumière, le traitement paysager et les continuités écologiques. « Le prochain gain de biodiversité viendra aussi de l’ingénierie écologique – zones de frayères, corridors – pas seulement des filières de traitement », souligne Vincent Rocher. À Seine-Aval, la refonte des éclairages et la réhabilitation des digesteurs s’accompagnent d’un dialogue renforcé avec les communes riveraines : « Nous rectifions le tir là où c’est nécessaire. La transparence est notre ligne », insiste le président.
Au-delà des chantiers, le Siaap défend un modèle de service public de qualité et s’attaque à l’attractivité des métiers. « Je suis un défenseur du service public d’assainissement. Nous gérons directement nos usines et voulons attirer les meilleurs ingénieurs », affirme François-Marie Didier. Le syndicat a multiplié les chaires et partenariats (UTC, Sorbonne), monté en puissance sur l’apprentissage (d’une poignée il y a cinq ans à environ 180 aujourd’hui) et renforce ses équipes de sécurité – « 43 pompiers déjà à Seine-Aval, d’autres postes suivront » – pour tenir l’exigence opérationnelle.
En filigrane, une conviction : l’investissement doit faire levier. « Quatre milliards d’euros en dix ans, c’est colossal ; l’important est d’en faire œuvre de transparence et d’impact environnemental. Chaque euro doit compter », résume le président.
