40es Rencontres de la Fnau : les « gilets jaunes » expliqués par François Dubet

Autour de Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France et de l’Institut Paris région, et de Jean Rottner, président de la région Grand Est et de la Fédération nationale des agences d’urbanisme (Fnau), qui fête le 40° anniversaire de ses rencontres à Paris du 6 au 8 novembre 2019, le sociologue François Dubet a livré son analyse – magistrale – du mouvement des gilets jaunes, au studio 104 de la Maison de la radio.

Des centaines d’urbanistes, provenant de toutes les agences de France, étaient réunis mercredi 6 novembre au studio 104 de la Maison de la radio pour fêter le 40° anniversaire des Rencontres de leur fédération, coorganisé par l’Institut Paris région et la Fnau. Sur scène, François Dubet, sociologue, professeur émérite à l’université de Bordeaux, auteur du Temps des passions tristes – inégalités et populisme, a rappelé « que le mouvement des « gilets jaunes » s’appelait Brexit en Angleterre, Trump aux Etats-Unis ou 5 étoiles en Italie », et n’était donc pas propre à l’Hexagone.

Il a décrit, à ce sujet, comment l’atomisation du corps social, autrefois clairement clivé en deux camps, provoque des blessures individuelles, terreau de violence et de haine, de soi et des autres. « L’électeur moyen de Trump n’aime pas les riches, qu’il estime au-dessus de lui. Mais il hait encore davantage les Noirs, qu’il juge inférieurs, tentant ainsi de reconquérir sa propre dignité dans ce jeu de haines croisées », estime l’universitaire.

François Dubet, sociologue, professeur émérite à l’université de Bordeaux, auteur du Temps des passions tristes – inégalités et populisme. © Jgp

Discours d’ouverture de Valérie Pécresse, présidente de l’Institut Paris région, co-organisateur de cet événement avec la Fnau. © Jgp

Le sociologue a commencé son propos en distinguant la réalité d’inégalités sociales « qui n’ont pas explosé », et leur ressenti. « Il s’agit là bien davantage d’un changement de nature que d’ampleur », a souligné le sociologue. L’auteur remarque que, si le creusement des écarts, en France, se situe principalement entre le 1 % le plus riche, dont la prospérité est exponentielle, et le reste de la population, « ce sont les petites inégalités qui comptent, et qui provoquent des blessures intimes. Les « gilets jaunes », qui ont rassemblé beaucoup de petits entrepreneurs dans leurs rangs, ne s’en sont pas pris au patronat », a-t-il indiqué.

Rejet des élites

A un corps social autrefois clairement clivé, aboutissant à ce que l’injustice ressentie ne provoquait pas de sentiment d’indignité, amortie par des solidarités et une identité de classe, les ouvriers d’un côté, les bourgeois de l’autre, s’est substituée une multitude de conditions individuelles. Dès lors, l’individu ressent les inégalités comme une frustration liée à sa personne, créant les conditions d’un rejet de ceux, multiples également, qui peuvent être identifiés comme en étant la cause.

« Il y avait autrefois d’un côté les ouvriers et leurs alliés, instituteurs, fonctionnaires, et de l’autre les bourgeois et leurs alliés, paysans, catholiques, avec des groupes sociaux identifiables par leurs revenus, leur niveau d’éducation, leurs goûts et habitudes de consommation, tout cela a volé en éclats », a-t-il poursuivi. A des conflits de classe « radicaux, mais négociables, ayant abouti à un réel progrès social tout au long du XX° siècle, s’est substituée une multitude de revendications, liées des discriminations individuelles, une multiplication des statuts socioprofessionnels », a repris le sociologue, caractérisant là encore le mouvement des « gilets jaunes. »

« Là où les Wendel possédaient un château dans l’enceinte de leurs usines, nous sommes face à des entreprises dont les patrons ne sont pas les actionnaires, qui peuvent être des fonds d’investissement internationaux introuvables », a-t-il encore résumé. « Le monde d’avant, avec une souveraineté nationale, une bourgeoisie nationale, une culture nationale, un territoire national, s’est défait, a poursuivi le sociologue. Cela explique pourquoi certains deviennent nerveux ».

L’accession de 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat a avivé également le rejet des élites, le nombre de candidats potentiels aux diplômes les plus élevés ayant augmenté, mais pas les places dans les écoles qui y préparent, « qu’il s’agisse de Normal sup’ ou de Polytechnique ».

La Région « antidote à l’ultra-métropolisation »

« La Région est l’antidote à l’ultra-métropolisation », a martelé Valérie Pécresse. © Jgp

Cette stimulante soirée de lancement du 40° anniversaire des Rencontres de la Fédération nationale des agences d’urbanisme se poursuit jeudi 7 novembre par de multiples visites de sites et s’achèvera vendredi 8 novembre par une plénière de clôture organisée à la Seine musicale de Boulogne-Billancourt, en présence de plusieurs membres du gouvernement, dont Julien Denormandie et Elisabeth Borne.

En ouvrant ce colloque anniversaire, Valérie Pécresse a décrit le rôle de cohésion sociale qu’elle affirme assigner à la région Ile-de-France. « Face au changement d’époque que nous vivons, la question est de savoir comment relier les territoires et les habitants, dans une région qui a l’air petite lorsqu’on la regarde sur une carte, mais qui n’en est pas moins d’une extrême complexité ». « Nous devons rétablir les solidarités. La Région est l’antidote à l’ultra-métropolisation », a-t-elle martelé, rendant un hommage appuyé aux agences d’urbanisme, « bras armé des collectivités territoriales, indispensable outil de connaissance pour ceux qui, comme moi, sont profondément décentralisatrices et considèrent que de nombreuses solutions se trouvent au sein des territoires ».

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