A l’issue du premier tour de l’élection municipale anticipée, qui se tenait le dimanche 26 janvier 2025 à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), le député LFI Louis Boyard est arrivé en tête du scrutin, avec 24,89 % des suffrages, devant la candidate LR Kristell Niasme (22,7 %) et Daniel Henry, candidat de l’union de la gauche (20,07 %), tandis que le maire sortant Philippe Gaudin (15,54 %) était au coude à coude avec le candidat UDI Eric Colson (13,61 %). Ce scrutin, justifié par les dysfonctionnements profonds du conseil municipal élu en 2020 et dirigé par le maire DVD Philippe Gaudin, est un test pour La France insoumise, un an avant les municipales de 2026.
Les pourcentages sont parfois trompeurs. A Villeneuve-Saint-Georges dimanche 26 janvier, le candidat insoumis Louis Boyard est arrivé en tête du 1er tour des élections municipales avec 24,89 % des voix. Kristell Niasme (LR), se classe en 2e position avec 22,70 % des suffrages exprimés. Mais ces quelque 2 % d’écart ne représentent en réalité que 92 voix (1 046 pour Louis Boyard contre 954 pour Kristell Niasme). Autant dire que le second tour sera très disputé.
A gauche, si l’on additionne les voix du candidat LFI avec celles de Daniel Henry, candidat de l’Union de la gauche, qui a réalisé un score de 20,7 % avec 870 voix, on totalise 1 916 voix. 2024 même, si on y ajoute les voix de Hamed Benyakhlef (SE), qui se définit comme appartenant au centre-gauche. Contre 2 179 voix à droite, résultat de l’addition des voix de Kristell Niasme avec celles du maire sortant Philippe Gaudin (DVD, 15,54 %, 653 voix) et celles du candidat UDI Eric Colson (UDI, 13,61 %, 572 voix).
Sur le papier, donc, la droite est en mesure de l’emporter dimanche prochain. Mais seulement 4 291 Villeneuvois se sont rendus aux urnes ce dimanche, sur 12 794 inscrits, soit une participation de 33,54 %. Les réserves de voix sont donc amples des deux côtés.
Alors que l’on ignorait encore combien de candidats s’affronteront au second tour de ces élections municipales anticipées, les deux camps affichaient leur confiance dans l’issue du scrutin dimanche soir, au gymnase Jules Ferry, où était situé le bureau de vote centralisateur.
Sur le papier, cinq des six candidats sont en situation de se présenter au second tour, ayant dépassé la barre des 10 % des votants nécessaires. Et si le maire sortant Philippe Gaudin voue une rancœur tenace envers Kristell Niasme, qu’il estime être à l’origine de la chute de sa majorité, il pourrait également manquer des voix de gauche à Louis Boyard, qui fait nettement moins bien qu’aux dernières législatives (61,16 % au second tour à Villeneuve-Saint-Georges). Le suspense reste donc entier.

La députée centriste de la 4e circonscription du Val-de-Marne Maud Petit, venue soutenir Eric Colson. © Jgp
Par conséquent, la campagne jusqu’à dimanche prochain devrait être particulièrement animée. Des ténors nationaux des deux bords devraient venir soutenir le candidat de leur camp. Plusieurs maires et parlementaires de la droite val-de-marnaise étaient présents lors de la soirée du 1er tour, pour afficher leur soutien à Kristell Niasme : Sylvain Berrios (député du Val-de-Marne), Didier Gonzales (Villeneuve-le-Roi), Métin Yavuz (Valenton), ou encore le sénateur Christian Cambon.
Ce dimanche soir, la présence du média nationaliste Frontières a fait monter la tension dans le bureau centralisateur, plusieurs participants à la soirée électorale reprochant aux journalistes des articles jugés racistes. Tout au long de la journée, émaillée d’une série d’altercations mineures, chaque camp assurait craindre des fraudes des candidats adverses.
Dans cette ville, ces incidents n’ont fait qu’accentuer l’ambiance délétère qui règne depuis plusieurs années. En 2020, la communiste Sylvie Altman, maire depuis 2008, est battue par le DVD Philippe Gaudin. Mais très vite, la nouvelle majorité se déchire. Dès 2021, la première adjointe, Kristell Niasme, se voit retirer ses délégations et devient simple conseillère municipale. En 2023, la tension est si vive qu’une majorité de conseillers municipaux vote pour retirer au maire l’ensemble de ses délégations. Toutes les décisions de gestion reviennent donc au conseil municipal. La situation devient si complexe qu’en avril 2024, la Ville n’a toujours pas de budget. C’est donc le représentant de l’Etat – la préfecture du Val-de-Marne – qui le prépare, et saisit la cour régionale des comptes. Dernière péripétie : de nombreux conseillers démissionnent, ce qui conduit la préfecture à convoquer des élections anticipées.
Pauvreté, inondations et reconversion de la gare de triage
La ville aurait bien besoin, pourtant, de stabilité. Les enjeux économiques et sociaux sont en effet très aigus. Villeneuve-Saint-Georges est la ville la plus pauvre du département. Selon le dernier bilan réalisé par l’Insee, et en ne retenant que quelques indicateurs, 32 % de la population de 15 ans et plus n’a aucun diplôme. Le taux de chômage atteignait 15,4 % en 2021. Le taux de pauvreté dépassait lui 40 % pour les catégories d’âge de moins de 50 ans.

La gare de triage de Villeneuve-Saint-Georges. © Epa Orsa – Philippe Guignard
Villeneuve-Saint-Georges est en outre confrontée à d’importants enjeux économiques et environnementaux : la reconversion de l’impressionnante gare de triage en est un. Le projet « Villeneuve demain », qui vise à installer un nouveau technicentre d’ici à la fin 2027, chargé de la maintenance des nouveaux matériels roulants du RER D et de la ligne R du Transilien, n’emploiera qu’une fraction des milliers de cheminots naguère implantés ici. Le territoire Grand-Orly Seine Bièvre verrait d’un bon oeil l’arrivée d’activités logistiques, mais la desserte routière est extrêmement délicate. Le deuxième grand projet est celui de la renaturation des berges de l’Yerres. La ville est en effet le théâtre d’inondations très importantes et à répétition. Reste à savoir si, à un an des municipales de 2026, le ou la prochain(e) maire aura le temps, et la possibilité, de s’attaquer à ces sujets…
Catherine Bernard et Jacques Paquier
* L. Boyard (LFI) : 24,89 % 1046 voix
* K. Niasme (LR) : 22,7 % 954 voix
* D. Henry (UG) : 20,7 % 870 voix
* P. Gaudin (DVD) : 15,54 % 653 voix
* E. Colson (UDI) : 13,61 % 572 voix
* H. Benyakhlef (SE) : 2,57 % 108 voix
6 candidats en lice au premier tour
La campagne a vu s’affronter six candidats : le maire sortant, Philippe Gaudin ; son ancienne première adjointe Kristell Niasme, par ailleurs conseillère départementale et soutenue par les poids lourds de la droite val-de-marnaise ; l’UDI Eric Colson, conseiller municipal d’opposition ; Hamid Benyakhlef (SE), enseignant se présentant de centre gauche ; le communiste Daniel Henry, cheminot soutenu par la plupart des partis du NFP (Nouveau front populaire), sauf LFI. La France insoumise, en effet, entend surfer sur la victoire de Louis Boyard lors des dernières élections législatives. Pour la formation, cette élection constitue un test national dans sa stratégie de mieux s’implanter dans les conseils municipaux.
« Ce soir à Villeneuve Saint-Georges, j’appelle les candidats de la droite et du centre à se rassembler derrière la candidate arrivée en tête, qui défend nos valeurs et la République : Kristell Niasme !, a déclaré Valérie Pécresse sur les réseaux sociaux. Toute division qui permettrait la victoire de la France insoumise et du désordre serait une faute politique et morale vis-à-vis des Villeneuvois ! J’appelle aussi les partisans d’une gauche républicaine à ne pas perdre leur âme et à faire barrage à une victoire de Louis Boyard ».










