Solidarités nouvelles pour le logement a inauguré le 11 juin un appartement de 51 m² dans le 12ᵉ arrondissement de Paris, confié pour 15 ans à l’association via un bail à réhabilitation. Une opération exemplaire de mobilisation citoyenne et d’ingénierie solidaire, au service des plus précaires.
Au 15 rue Dugommier, dans un immeuble ordinaire du 12ᵉ arrondissement, un appartement de trois pièces devient un outil de lutte contre le mal-logement. L’inauguration de ce logement d’insertion, réhabilité par Solidarités nouvelles pour le logement (SNL), a réuni mercredi 11 juin bénévoles, élus, partenaires institutionnels et donateurs. Tous saluent la démarche qui consiste à mettre un bien vacant au service de ceux qui en ont le plus besoin.
Confié par une propriétaire engagée via un bail à réhabilitation d’une durée de 15 ans, le logement a été entièrement rénové par l’association, qui le destine à une famille en situation de grande précarité. Avec le bail à réhabilitation, le propriétaire reste propriétaire, ne perçoit pas de loyer, mais bénéficie d’avantages fiscaux et voit son bien valorisé par une réhabilitation complète. « Ce dispositif concilie justice sociale et transition écologique », souligne Fabrice Antore, architecte et président de SNL Paris. SNL opère également sous différentes formes, acquisition, abandon de loyers, usufruit locatif social.
Un montage adapté aux réalités parisiennes
À Paris, où les prix de l’immobilier freinent la production de logements très sociaux, ce type de solution se révèle particulièrement pertinent. « Nous intervenons dans le diffus, rarement dans des immeubles entiers, afin de préserver la mixité sociale », précise Juliette Poirson, déléguée générale de SNL. L’association gère aujourd’hui 250 logements dans la capitale (1 400 en Ile-de-France) dont 10 % via des baux à réhabilitation.

Fabrice Antore, architecte et président de SNL Paris. © Jgp
Dans le cas du logement inauguré, classé F en performance énergétique avant l’opération, C aujourd’hui, les travaux ont porté sur l’isolation thermique, le remplacement des menuiseries, la ventilation et l’ensemble des équipements. « La copropriété s’est engagée dans un projet global de rénovation, auquel nous contribuons à hauteur de 15 000 euros », indique Lisadie Dutillieux, responsable du pôle patrimoine. Une cerise sur le gâteau, en quelque sorte, même si ces démarches restent fragiles dans le contexte des copropriétés anciennes.
Une réponse sociale concrète
Ce logement, (un PLAI (*) adaptés, comme les autres du parc SNL), est destiné à des personnes orientées par les services sociaux de la Ville ou de l’État. La plupart ont connu la rue ou des hébergements d’urgence. Le bail signé permet de leur offrir une étape stable, avec un accompagnement personnalisé assuré par un travailleur social et un bénévole. « En moyenne, les personnes restent trois ans. L’objectif est qu’elles accèdent ensuite à un logement social pérenne », explique Juliette Poirson.
Pour Yves Ballard, bénévole de longue date, cet accompagnement est essentiel. « Ce n’est pas toujours simple de s’installer dans un logement quand on a vécu dans la rue. Notre rôle, c’est d’être présents, de créer du lien, de répondre aux petites questions du quotidien ». La formule fonctionne : à Paris, 95 % des ménages hébergés par SNL accèdent ensuite à un logement durable.
Une chaîne d’acteurs mobilisés
À l’heure où Paris compte 300 000 demandeurs de logement social, et plus de 300 000 logements vacants ou en résidence secondaire, les élus présents n’ont pas manqué de saluer l’intérêt du dispositif, soutenu par l’Etat et la ville de Paris, (plus la Région, désormais, après la décision de l’exécutif régional de ne plus soutenir le logement en réaction aux coupes sombres effectuées par l’Etat dans les dotations aux plus grandes collectivités territoriales).
« Si chaque propriétaire suivait cet exemple, nous pourrions changer la donne », a souligné Jacques Baudrier, adjoint (PCF) à la maire de Paris chargé du logement. Il voit dans le bail à réhabilitation « une solution adaptée à la réalité du parc privé parisien, souvent ancien et mal isolé ».

Lisadie Dutillieux, responsable du pôle patrimoine de SNL, entourée de la maire du 12e Emmanuelle Pierre-Marie et de son adjointe au logement Eléonore Slama. © Jgp
Même enthousiasme du côté de la maire du 12ᵉ arrondissement. « Ce type de projet rend la ville plus inclusive, plus juste. C’est notre responsabilité de favoriser ce genre d’initiatives », a déclaré Emmanuelle Pierre-Marie, tout en rappelant que son arrondissement compte à lui seul plus de 11 000 demandeurs de logements sociaux. « Nous pouvons être fière de notre bilan en matière de production de logements sociaux », souligne Eléonore Slama, adjointe au logement du 12e. « Il y a des trios d’élus que j’aime particulièrement. Quand je suis en compagnie de Jacques et d’Eleonore, je sais que l’on va inaugurer des belles opérations », a résumé la maire du 12e.
Un appel à essaimer
Portée par une foncière solidaire, des équipes salariées et près de 200 bénévoles à Paris, SNL entend faire connaître davantage ces montages. « L’enjeu, aujourd’hui, est de sensibiliser les propriétaires, d’expliquer que d’autres solutions existent que la vacance ou la spéculation », a conclu Fabrice Antore.
(*) PLAI : prêt locatif aidé d’intégration


