Sarah Ourahmoune – La guerrière

Vice-championne olympique de boxe à Rio en 2016, Sarah Ourahmoune, éducatrice spécialisée de formation, est aussi une entrepreneuse brillante.

Sur son compte Instagram aux 38 000 abonnés, elle donne chaque soir des ateliers pour muscler abdos et fessiers, et essaime des citations telle : « Une suite de petites volontés fait un gros résultat ». Signée Baudelaire. Faire une pause durant le confinement ? Pas le genre de Sarah Ourahmoune, boule d’énergie de 38 ans, douée pour jongler entre diverses activités. Pêle-mêle, la vice-championne olympique de boxe (Rio 2016) et championne du monde en 2008, assure l’école à la maison pour son aînée, s’occupe de sa cadette de deux ans, et réfléchit à la réorientation de son business, « Boxer Inside », qui multiplie conférences de développement personnel et team building. Surtout, Sarah vient de sortir « Mes combats de femme », son autobiographie, précieuse pour celles qui auraient envie d’enfiler des gants, et pour toutes les autres guerrières animées d’une envie puissante de s’affirmer.

Sarah Ourahmoune. © M.-L. Vivanco

Educatrice spécialisée de formation, Sarah a développé son goût pour transmettre les leçons du ring. Elle raconte : « La boxe a agi sur moi comme un sérum de vérité, révélateur des forces et des failles au fond de moi. Elle m’a inculqué le goût de l’effort et de la discipline, la capacité à maîtriser mon corps, à gérer mes émotions. Elle m’a appris la stratégie, l’empathie, la compréhension de mon adversaire, et l’acceptation du regard des autres. Quand tu boxes, tu es à nu… ». Ces valeurs, elle les a appliquées dans ses défis d’entrepreneuse : « Il faut le même grain de folie, la même confiance en soi, solide ».

Quand l’ado un peu introvertie, pratiquante de taekwondo, pousse par hasard la porte du club de boxe d’Aubervilliers, dirigé par Saïd Bennajem, elle est loin de se douter que cette action changera sa vie. Pour son père, la jeune fille ne dépassera pas le coup d’essai… Mais Sarah s’accroche. Tout lui plaît. La musique qui rythme les jeux de jambe, la façon qu’a son entraîneur de parler « d’escrime du poing », d’« intelligence », son humour et sa faculté à faire semblant de ne pas remarquer qu’elle est la seule fille de la salle. Parce que l’impatience entre deux entraînements « ado » se fait vive, Sarah squatte le cours adulte, brindille de moins de 50 kg au milieu de gaillards qui la lorgnent d’un œil étonné… Puis s’habituent.

Club de boxe dans le 13e

Le jour de son premier combat « officiel », fin janvier 1999 à Elancourt, la fédération vient juste d’autoriser le combat aux femmes. Sous les sifflets, les quolibets de ceux qui ne jugent pas convenable qu’une jeune fille s’adonne au « noble art », Sarah monte sur le ring. Dès le coup de sifflet, elle entre en lévitation, envahie de bonheur. Dès lors, la surdouée enchaînera les palmarès, jusqu’à cette cuisante défaite, en Chine, pour les qualifications des JO de Londres en 2012. Sarah raccroche, tombe enceinte et pense ne plus jamais boxer. Mais le goût de l’inachevé la tenaille.

Doucement, malgré les préjugés tenaces sur les championnes ayant vécu une grossesse, elle reprend les entraînements avec une foi sans faille. Direction Rio.
« Cet échec a été l’une des meilleures expériences de ma vie, dit-elle. Beaucoup plus forte, j’ai analysé, j’ai accepté le changement, comme celui de me séparer de mon entraîneur Saïd, à qui je dois énormément mais qui ne pouvait, à ce moment-là, pas m’emmener plus loin. » Et 2016, c’est la victoire : la réalisation, en point d’orgue, d’un rêve de 20 ans.

Aujourd’hui, Sarah possède, avec son mari Francky Denis, son propre club de boxe dans le 13e arrondissement, et développe une autre structure à Aulnay-sous-Bois où elle réside, dans la salle même où elle a préparé les Jeux. Sa fille aînée donne déjà quelques coups de poing… Aux femmes et aux sportives, Sarah fait partie de celles qui ont montré la voie.

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