Plan de relance : une course contre la montre qui se gagnera par la confiance

Les participants aux premiers Etats généraux de la relance organisés par l’Association des maires d’Ile-de-France (Amif) le mercredi 30 septembre 2020 ont convenu que le plan de relance de 100 milliards d’euros ne portera ses fruits que s’il est mis en œuvre rapidement et qu’à la condition que l’ensemble des acteurs, tant privés que publics, ait confiance pour dépenser et lancer des projets.

« Nous sommes au bord du gouffre », a lancé Stéphane Beaudet en propos introductifs à l’ouverture des Etats généraux de la relance qui avaient lieu dans les locaux de la CCI Paris Ile-de-France. Pour le président de l’Amif, mais aussi pour les nombreux participants aux différentes tables rondes, l’enjeu à ce stade consiste à « être capable de dépenser » l’argent mis sur la table par le plan de relance. « Un argent qui existe », a ajouté le maire de Evry-Courcouronnes.

Stéphane Beaudet. © Jgp

La première table rond des Etats généraux de la relance organisés par l’Amif avait pour thème : comment partir du local pour favoriser la relance économique francilienne ? ©Jgp

L’objectif de cette manifestation était justement de savoir « comment s’organiser avec les collectivités et les territoires pour avoir la capacité d’aller vite ». Autrement dit, c’est « une course contre la montre » qui s’engage, « reste à savoir si nous sommes capables de la gagner et de relever cet incroyable défi de la vitesse », a mis au défi Stéphane Beaudet.

Un objectif partagé par l’Etat, représenté par Pierre-Antoine Molina, préfet, secrétaire général aux politiques publiques, assurant que l’Etat était « contraint à la célérité sinon le plan de relance ne donnera pas tous ses effets ». Une des missions des sous-préfets à la relance consistera notamment à « animer le plan de relance et offrir un point d’entrée aux partenaires de l’Etat », au premier rang desquels les régions, mais aussi les chambres consulaires et les partenaires sociaux.

Une banque régionale d’investissement

Certes, mais sans toutefois confondre vitesse et précipitation car il faut « prendre en compte les spécificités territoriales et veiller à l’équilibre entre tous les territoires », a insisté Alexandre Dublanche, vice-présidente de la région Ile-de-France chargée du développement économique et de l’attractivité, de l’agriculture et de la ruralité. Ce qui nécessite de « faire de la dentelle pour s’adapter à toutes les difficultés », ajoute l’élue invitant à éviter les doublons « par pragmatisme et efficacité » tout en agissant de concert. « Tout le monde doit tirer dans le même sens », a invité de son côté Jean-René Cazeneuve, député du Gers, au risque d’ajouter une certaine complexité à la réussite du plan, voire des plans, en effet, l’enjeu consiste aussi à savoir comment aligner l’ensemble des différents programmes.

Alexandra Dublanche. ©Jgp

Didier Kling. ©Jgp

Quant à Philippe Laurent, maire de Sceaux, il propose de concevoir un système dans lequel l’épargne régionale serait canalisée dans une banque régionale d’investissement dont les régions pourraient en être les actionnaires majoritaires. « Cette banque pourrait investir en fonds propres dans les entreprises », précise le secrétaire général de l’AMF.

« Challenge collectif »

Si les régions sont au cœur du dispositif, le bloc communal est aussi impliqué en « créant toutes les conditions pour pouvoir relocaliser et en faisant progresser plus vite la commande publique (transitions, voiries, etc.) », a également évoqué Philippe Laurent. Mais « encore faut-il que les collectivités locales aient la capacité d’investir », a ajouté le 2e vice-président de la métropole du Grand Paris, redoutant une baisse de leur capacité d’investissement du fait des pertes de ressources non compensées et des dépenses supplémentaires pas suffisamment compensées. Pierre-Antoine Molina a rappelé à ce sujet que des dispositifs de soutien à l’investissement local dont la DISL (130 millions pour la région Ile-de-France) sont disponibles pour « donner rapidement un coup d’envoi aux projets prêts à être lancés ». Auxquels s’ajoutent l’aide à la rénovation thermique des bâtiments publics locaux.

Pierre-Antoine Molina. ©Jgp

Daniel Weizmann, entouré de Philippe Laurent et Jacques Paquier. ©Jgp

A la vitesse et la proximité, il convient d’associer la confiance, troisième condition indispensable, selon les intervenants à cette première table ronde, à la réussite du dispositif gouvernemental. D’autant, a souligné Didier Kling, président de la CCI Paris-Ile-de-France qu’aux 100 milliards d’euros du plan de relance il faut ajouter les 100 milliards d’épargne des Français. Aussi « comment arriver à transformer le plan de relance en confiance ? », a interrogé Olivier Lluansi. Pour cet associé chez Stratégie/PWC, ce pari de la confiance concerne tous les acteurs économiques, ainsi que les Français et les collectivités locales, a ajouté Jean-René Cazeneuve. Il s’agit par conséquent d’un « challenge collectif » pour inciter les uns à dépenser leur épargne amassée depuis le début de la crise et les autres d’investir.

Relocaliser pour sécuriser les approvisionnements

Mais faudrait-il aussi que l’accès aux fonds du plan de relance soit simple, ce qui n’est pas le cas, a alerté Daniel Weizmann. « On doit détailler ces plans, avoir une approche très pédagogique auprès des PME pour les encourager à faire appel à ces fonds », a préconisé le président du Medef Ile-de-France indiquant que, si l’industrie avait repris son activité à hauteur de 86 %, le secteur des biens d’équipement présentait d’importantes difficultés à cause d’un manque de commandes des professionnels. D’autant plus dans la région capitale encore davantage pénalisée que les autres régions françaises par les impacts de la crise sanitaire du fait de sa dépendance au tourisme et à l’événementiel, sans parler de l’automobile et de l’aéronautique. Valérie Pécresse a d’ailleurs décrit « une crise d’une ampleur inédite dont l’impact économique a été extrêmement brutal ».

Olivier Lluansi. ©Jgp

Jean-René Cazeneuve. ©Jgp

Plusieurs pistes ont été évoquées à partir des enseignements tirés de ces derniers mois pour tirer profit de France relance mais aussi rebondir sur les opportunités offertes par le nouveau contexte. A l’occasion d’une étude, Stratégie/PWC a constaté que 20 % des approvisionnements réalisés par les PMI à l’étranger pouvaient être relocalisés afin de les sécuriser. « Cette sécurisation n’est pas prise en compte par le plan de relance alors que c’est très anxiogène pour les dirigeants », argue Olivier Lluansi. Idem pour les directeurs des achats des grands groupes qui « se sont fait peur » et souhaiteraient pouvoir se réapprovisionner en France. Il en ressort une liste de 58 catégories de produits dont 2/3 correspondent à des rapatriements de production et 1/3 des nouveaux services qui émergent.

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