J. JP Martin : « Cette crise démontre la force de la proximité et l’échec du centralisme »

Jacques JP Martin, président de Paris Est Marne et Bois (Val-de-Marne), décrit l’impact de la crise sanitaire pour son territoire, les actions envisagées pour accélérer, avec les communes, la relance au-delà du confinement, et les initiatives d’urgence prises, à l’instar de la commande de 350 000 masques.

Quel est l’impact du Covid-19 sur le fonctionnement de Paris Est Marne et Bois ?

La volonté de nos 13 maires a été de tout faire pour ne pas rajouter de la crise à la crise et faire subir à nos habitants une sorte de double peine. Ainsi, sur des enjeux essentiels comme la collecte et le traitement des déchets au sens large, nous avons réussi, grâce à notre organisation qui s’appuie à la fois sur des régies bien structurées et des prestataires privés reconnus, à maintenir le même niveau de service public.

Jacques JP Martin, avec Valérie Pécresse, lors de l’inauguration du pont de Nogent rénové. © Jgp

Avec les maires, notre objectif de garder nos villes propres sera tenu. Aucune collecte n’a été supprimée, les encombrants et les déchets verts continuent par exemple à être ramassés, et surtout nos quatre déchetteries intercommunales continuent à être ouvertes, grâce au dévouement de nos agents, ce qui contribue à la prévention des dépôts sauvages sur la voie publique.

Vous intervenez également en soutien à l’économie ?

Notre cellule développement économique demeure en lien constant avec la Région, l’Etat, la CCI 94, les clubs de chefs d’entreprises afin de contribuer à la préparation du rebond qui constitue l’un des sujets majeurs du déconfinement. Par ailleurs, plus de 50 de nos collaborateurs bénéficient du télétravail et continuent ainsi à assurer les urgences, en lien avec nos communes membres, en matière d’urbanisme, d’habitat, de politique de la ville notamment.

Les délais de paiement ont été raccourcis pour soutenir la trésorerie de nos fournisseurs, et le versement des subventions aux associations ou aux missions locales pour l’emploi des jeunes a été accéléré. Nos habitants et nos partenaires sont rassurés d’avoir quelqu’un qui leur répond au téléphone ou à leurs courriels, même si l’on sent que chacun attend avec impatience le 11 mai !

Estimez-vous, comme d’autres, que la crise sanitaire démontre les vertus de l’interco et la nécessité d’une intégration intercommunale accrue ?

Les circonstances sont trop graves pour s’auto-congratuler ou essayer de marquer des points dans le sempiternel débat sur la nécessaire réforme institutionnelle de l’espace francilien métropolitain. Cependant, nous sommes dans notre grande majorité en faveur, en appui des communes, d’intercommunalités de projets, coopératives de villes à taille humaine : cette crise démontre en tout cas la force de la proximité et l’échec du centralisme…

Plus que jamais, les faits parlent d’eux-mêmes : nous sommes aux côtés de nos maires dans l’action concrète pour soutenir nos habitants et nos entreprises, car nombre des problématiques transcendent les frontières communales. Ce n’est pas par hasard si le préfet réunit deux fois par semaine en cellule de crise les trois EPT du Val-de-Marne et le Département, charge à chacun ensuite de partager les informations avec le terrain. Ce n’est pas non plus par hasard si la présidente de la Région réunit régulièrement en visioconférence les présidents des EPT pour faire avancer des questions concrètes, on voit que le couple Région/bloc communal fonctionne, réagit avec diligence et efficacité. Il faudra s’en souvenir pour l’avenir.

Prévoyez-vous ou travaillez-vous à une reprise des chantiers vous concernant ? Avec quel calendrier ?

Les chantiers reprendront pour la plupart progressivement le 11 mai. Toutefois, les entreprises rencontrent d’indéniables difficultés à se procurer les indispensables équipements de protection individuels pour leurs salariés, ainsi parfois que des matériaux ou pièces détachées dont elles ont besoin. Il leur faut aussi du temps pour assurer les formations aux nouvelles règles sanitaires et de sécurité.

En réponse à l’appel lancé par la Région, qui va proposer des subventions majorées et rapides, nous pourrions accélérer le démarrage de certains chantiers afin de contribuer au maintien de l’emploi dans nos PME locales. La mobilisation générale est déclarée ! Il est en revanche indispensable de ne pas se disperser et de concentrer les ressources disponibles sur des projets d’avenir, j’espère en tout cas que certaines institutions ne tomberont pas dans le piège du saupoudrage et des effets d’annonce.

Quelles actions menez-vous pour garantir la santé des habitants ?

Le port du masque constitue un geste barrière utile pour la protection de nos populations : c’est pourquoi notre intercommunalité n’a pas attendu pour commander des masques, elle livrera la semaine prochaine, le 28 avril, aux maires qui en ont fait la demande, un masque pour chaque habitant. Cette commande groupée a démontré son efficacité et ce sont plus de 350 000 masques qui seront ainsi distribués sous l’autorité des maires.

Nous avons tenu à ne commander que des masques made in France, et homologués par la DGA du ministère des Armées en type 1, qui offre le plus haut niveau de protection. Trois sites de production ont été visités par notre DGS afin de vérifier sur place et sur pièces le sérieux de nos fournisseurs. Ces masques lavables jusqu’à 40 fois à 60 degrés sont en outre disponibles en deux tailles enfants, de 3 à 6 ans d’une part et de 7 à 12 ans d’autre part.

Trouver une telle quantité de masques en un temps record, sans transiger sur la qualité, et en bénéficiant de tarifs compétitifs, aura nécessité une énergie considérable, mais cette persévérance a payé puisque le défi a été relevé avec l’appui de nos maires. Le masque offre une protection qui participe au retour de la confiance de nos concitoyens dans le déconfinement à venir.

Vous menez également des actions de solidarité ?

Le conseil départemental et les CCAS communaux sont évidemment en première ligne sur les sujets de solidarité et réalisent un travail formidable malgré des circonstances difficiles. Le rôle du territoire consiste à compléter et à faciliter, chaque fois que cela lui est possible et demandé par les intéressés, ces politiques publiques Dès le début du confinement, nous avons ainsi débloqué une aide d’urgence au profit de la protection civile qui tente de soulager les services du Samu 94 : un défibrillateur mobile destiné aux interventions urgentes, qui leur faisait cruellement défaut, leur a ainsi été livré en 48 h.

Pour venir en aide aux sans domiciles fixes, nous avons débloqué 105 000 euros au profit d’Emmaüs pour cofinancer avec d’autres des maraudes dans le bois de Vincennes et ses abords. Enfin, même si cela peut sembler une goutte d’eau dans la mer, nous avons puisé dans nos stocks de masques FFP2 pour en donner 500 exemplaires à des soignants via l’ARS et 100 à un Ehpad qui en était dépourvu… mais après tout, l’océan n’est-il pas fait de gouttes d’eau ?

Force est de constater l’extraordinaire mobilisation des héros anonymes du quotidien tels que les soignants, forces de l’ordre, ripeurs, pompiers etc. soutenus par les élus locaux. Le président de la République a raison de vouloir s’appuyer sur les maires et les présidents d’intercommunalités pour traverser cette crise, mais il est parfois regrettable que ceux-ci soient amenés à pallier certaines carences de l’Etat. Souhaitons que les enseignements en soient tirés pour réformer l’Etat en profondeur, par exemple en donnant plus d’autonomie aux préfets de département, en décloisonnant et en assouplissant les procédures, pourvu que ce sinistre Covid-19 serve au moins à cela…

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