Philippe Laurent, premier candidat déclaré à la présidence du Grand Paris

Dans une interview exclusive accordée au journal du Grand Paris, Philippe Laurent, maire (UDI) de Sceaux explique les raisons de sa candidature à la présidence du conseil métropolitain, sa vision de la stratégie et de la gouvernance de l’institution qui va naître le 1er janvier prochain.

À quoi va servir la métropole en 2016 ? 

Philippe Laurent, maire de Sceaux.

Philippe Laurent, maire (UDI) de Sceaux.

La Métropole devra progressivement porter des réponses ambitieuses sur les questions liées à l’amélioration de la mobilité, la construction de nouveaux logements, le développement de l’activité économique, un aménagement plus équilibré de l’ensemble de son territoire, la mise en œuvre de la transition énergétique… La méthode est simple : il faut poser des bases solides et dessiner un schéma progressif. Avec ses compétences stratégiques, la Métropole doit prendre le temps des études pour établir une feuille de route avec des horizons temporels variables selon les chantiers. La réussite de la construction métropolitaine dépendra de la manière selon laquelle nous établissons cette feuille de route. Il faut penser cette mise en route comme l’élaboration d’un schéma issu d’un travail transversal, circulaire et collaboratif avec nos différents partenaires.

La Métropole devra progressivement porter des réponses ambitieuses sur les questions liées à l’amélioration de la mobilité, la construction de nouveaux logements, le développement de l’activité économique, un aménagement plus équilibré de l’ensemble de son territoire, la mise en œuvre de la transition énergétique…

Quel sera le rôle de ses élus ? 

Depuis 2001, les maires sont au cœur de la démarche métropolitaine, qui s’est voulue d’abord une démarche « intercommunale », respectant les conditions de réussite de l’intercommunalité : respect de l’identité communale, travail collaboratif, pluralisme des instances. Ce fut le cas de la conférence métropolitaine (à partir de 2006), puis de Paris-Métropole (depuis 2009). Dans la Métropole, les élus municipaux occuperont la place prépondérante. La Métropole, comme les Territoires, sont d’abord l’affaire des maires : les conseils métropolitains et territoriaux sont directement issus des conseils municipaux des 131 communes de la métropole.

Est-ce un échelon de proximité ou d’attractivité ?

Ce sont bien les communes qui assument et continueront d’assumer le service public de qualité utile au quotidien pour nos concitoyens, le cas échéant « mutualisé » dans les nouveaux « territoires ». L’échelon communal s’impose toujours pour apporter les réponses concrètes aux habitants : équipements, services de proximité (écoles, crèches, bibliothèques, stades…). La commune doit rester l’acteur public de proximité, créateur de lien social, de solidarité, de qualité de vie. La Métropole, elle, doit être un acteur visionnaire, qui a pour objectif de dynamiser nos multiples atouts et de produire de la « mise en cohérence », du collectif et de l’équilibre. Elle apporte des moyens d’expertise et financiers puis contractualise avec des maîtres d’œuvre (communes, territoires, acteurs économiques, financiers ou associatifs…).

Pourquoi êtes-vous candidat à la présidence du Grand Paris ?

Depuis que je suis maire (2001), je me suis engagé avec détermination dans cette démarche et j’y ai forgé ma conviction de l’absolue nécessité d’un travail collectif. J’ai présidé Paris Métropole en 2013. J’ai toujours veillé à être « un maire parmi les autres », à maintenir le dialogue entre les élus, et en même temps à faire reconnaître l’instance et à en être un porte parole le plus efficace possible. Ma capacité reconnue à dépasser les cadres partisans dans les instances – y compris nationales – où j’exerce des responsabilités garantit à chacun des élus la prise en compte de son opinion et le respect de sa commune. Je connais également les dossiers techniques et financiers de la métropole, dans lesquels je me suis investi de très longue date, et j’ai une bonne expérience de l’intercommunalité. Je possède donc l’expérience et la légitimité pour assurer ce mandat exigeant et passionnant dans les meilleures conditions. Enfin, mon entrée récente au sein de la nouvelle majorité du conseil régional aidera à une collaboration confiante entre la métropole et la région, absolument indispensable à la réussite collective.

Quel type de gouvernance mettrez-vous en place si vous êtes élu ?

Pour que la démarche métropolitaine réussisse, il faut impérativement du « collectif ». Chacun doit dépasser les clivages partisans. La gouvernance du Grand Paris doit s’appuyer sur les compétences d’hommes et de femmes d’expérience. Ainsi, il sera indispensable de mettre en œuvre des instances pluralistes et un mécanisme collégial de prise de décisions.

Philippe Laurent.

Philippe Laurent.

Pour que la démarche métropolitaine réussisse, il faut impérativement du « collectif ». Chacun doit dépasser les clivages partisans.

Quel type de relations avec les communes ? Avec les EPT ?

La Métropole est d’abord un « établissement public de coopération intercommunale », et doit entretenir avec ses communes membres les relations normales en intercommunalité, avec notamment le respect des communes et des maires. Les relations avec les EPT, en charge de la mutualisation des grands services et équipements, seront définies en fonction des compétences de ceux-ci. Il faut d’ailleurs insister sur le fait que les EPT procèdent aussi, comme la Métropole, des communes, et constituent une autre forme d’intercommunalité, davantage tournée vers la gestion, alors que la Métropole définit la stratégie et porte la parole du Grand Paris à l’extérieur. Ainsi, et afin d’éviter toute dérive, il me semble que les relations entre la Métropole et les EPT doivent être conçues d’abord à travers le rôle des communes, qui doivent rester au coeur de la construction métropolitaine.

Où doit-on placer le curseur de l’intérêt métropolitain et de l’intérêt territorial en matière d’aménagement ?

La réponse à cette question essentielle viendra progressivement au cours des débats qui seront entamés dès la mise en place des instances métropolitaines, même si aucun schéma ne peut être arrêté dans l’immédiat. Il convient d’abord de recenser l’ensemble des opérations d’aménagement en cours et projetées, y compris celles liées à la mise en œuvre du réseau Grand Paris. Je pense que la définition de l’intérêt métropolitain peut être assez aisée à établir avec la réponse à la question : dans quelle mesure l’opération impacte-t-elle sur les territoires voisins, nécessite leur appui, et porte-t-elle sur l’image du Grand Paris ?

Je pense que la définition de l’intérêt métropolitain peut être assez aisée à établir avec la réponse à la question : dans quelle mesure l’opération impacte-t-elle sur les territoires voisins, nécessite leur appui, et porte-t-elle sur l’image du Grand Paris ?

Quelle articulation avec la Région ? Avec Paris ?

La construction métropolitaine est un projet global qui mobilise de nombreux acteurs institutionnels comme l’Etat, la Région, les communes (dont la ville de Paris), les départements, les acteurs socio-économiques (entreprises, chambres consulaires, associations, syndicats, …), les acteurs de la mobilité et des transports (STIF, RATP, SNCF, RFF, ADP, SGP,…), les chercheurs …. L’articulation devra se faire avec l’ensemble des acteurs concernés dans un esprit de dialogue et de co-construction. J’insiste tout particulièrement sur la qualité indispensable qui doit présider aux relations et à la collaboration avec la Région. Métropole et Région sont complémentaires dans leurs compétences, elles doivent impérativement travailler ensemble, assurer en permanence la cohérence de leurs réflexions et actions. Un comité permanent de liaison est probablement nécessaire. Si nous échouons sur ce point, si ces deux institutions s’affrontent, nous perdrons définitivement la confiance des acteurs socio-économiques et ce sera l’échec de tous les élus et surtout du Grand Paris. Ce serait grave pour le pays tout entier.

J’insiste tout particulièrement sur la qualité indispensable qui doit présider aux relations et à la collaboration avec la Région. Métropole et Région sont complémentaires dans leurs compétences, elles doivent impérativement travailler ensemble, assurer en permanence la cohérence de leurs réflexions et actions.

Quant à Paris, c’est une commune parmi les autres. Il faut la respecter, mais il faut qu’elle s’insère totalement et avec confiance dans la dynamique métropolitaine. Le Grand Paris, ce n’est pas l’extension de Paris, c’est bien autre chose, un collectif où doit dominer la recherche du consensus entre communes de taille bien différente. A cet égard, le rôle des maires d’arrondissement est important. La Métropole devra aussi mettre tout en œuvre pour que ses relations avec les départements de l’Essonne, du Val d’Oise, des Yvelines et de Seine-et-Marne, les communes et les communautés d’agglomération de grande couronne soient sereines et harmonieuses.

Quelle stratégie d’attractivité internationale ?

Ce sera un apport majeur de la Métropole, sans vouloir naturellement la réduire à cela. Celle-ci devra porter la parole à l’international des innovateurs, entrepreneurs et créateurs si nombreux sur son territoire. La marque « Grand Paris » doit devenir l’une des marques les plus connues au monde, ce qui est parfaitement possible grâce à Paris et au potentiel qui existe d’ores et déjà. Il y a là un grand champ d’action. Inspirons-nous des autres : lorsque le maire du Grand Londres se déplace à l’étranger, il « vend » d’abord ses entreprises, la qualité de vie, les atouts de son territoire. Le président de la Métropole doit être aussi le « VRP » de ceux qui font au quotidien la vie métropolitaine et provoquer une « envie de Grand Paris » partout dans le monde.

Que répondez-vous à ceux qui estiment : que le périmètre n’est pas le bon ; que l’on a inventé un échelon de plus ? Que 209 élus c’est trop ? Que le rééquilibrage fiscal est le grand raté des lois NOTRe et Maptam ? 

Oui, le périmètre est perfectible. Ceux qui ont décidé ce périmètre trop étroit ne connaissaient pas les exigences du territoire. Il faudra bien sûr élargir la Métropole, plus tard, lorsqu’elle sera devenue attractive y compris pour ses voisins immédiats. 209 élus, c’est moins que le nombre de membres du conseil de la Métropole d’Aix-Marseille, pour une population quatre fois plus importante. Quant au « rééquilibrage fiscal », il ne peut s’inclure que dans une réflexion d’ensemble sur un nouveau partage des ressources fiscales nationales entre l’Etat et les collectivités territoriales. Une réflexion qu’il faudra ouvrir un jour ou l’autre, car la situation actuelle est intenable : l’Etat fait de moins en moins et garde les ressources, en étouffant les collectivités qui font le travail le plus important !

Croyez-vous à l’effet métropolitain ?

Absolument ! La concrétisation institutionnelle du Grand Paris, pour imparfaite qu’elle soit, est très attendue, davantage des acteurs économiques français et étrangers que des politiques eux-mêmes. Elle marquera le retour de Paris sur la scène internationale. Et les maires y trouveront une nouvelle raison de se battre pour leur territoire, en jouant toujours plus « collectif » et en agissant en pleine cohérence. La Métropole, ce sera beaucoup d’efforts, mais c’est notre meilleure chance !

 

Sur le même sujet

Top