G. Gantzer : « Il faut inventer une nouvelle métropole parisienne »

Logement, architecture, propreté, développement économique, Gaspard Gantzer, ancien conseiller communication de François Hollande, livre ses convictions sur la révolution de la gestion de Paris qu’il appelle de ses vœux.

Quelle est votre vision de ce que doit être le Grand Paris ?

Il faut inventer une nouvelle métropole parisienne, agrandir Paris et, un jour prochain, faire de Neuilly, d’Aubervilliers, de Vincennes ou de Montrouge des arrondissements du Paris en grand. Les actuels établissements publics territoriaux seraient alors déconstruits en partie, sans qu’il soit pour autant nécessaire de supprimer les départements. Toutes les communes de petite couronne n’ont pas nécessairement vocation, en effet, à intégrer Paris. Il ne faut pas, sur ces questions, partir de ce que souhaite l’Etat, mais de ce que désirent les Parisiennes et les Parisiens. Ils se moquent des mécanismes institutionnels abscons, qui ne sont là que pour satisfaire les élus actuels ou construire des Yalta entre des communes jalouses de leur indépendance.

Gaspard Gantzer

Gaspard Gantzer. © JGP

Quel serait votre programme en matière de logement ?

Il faut évidemment continuer à construire des logements sociaux pour atteindre l’objectif national de 25 %. Il faut également bâtir davantage de logements intermédiaires, en remettant au goût du jour l’accession sociale à la propriété. Il faut, par ailleurs, trouver des moyens pour construire plus, notamment en identifiant des réserves foncières. Et il faut se reposer la question de la hauteur. Sans forcément construire des gratte-ciel, on peut, dans certains quartiers, dépasser la traditionnelle hauteur haussmannienne. Il faut, enfin, régler le problème du logement à l’échelle de la métropole parisienne. Nous ne sommes pas condamnés à réfléchir seulement dans le tracé du périphérique.

Vous souhaitez accorder une priorité d’accès aux logements sociaux pour les fonctionnaires ?

Les agents de la ville de Paris, les fonctionnaires de l’Etat ou ceux de l’Assistance publique – hôpitaux de Paris doivent pouvoir vivre au sein de la Capitale puisqu’ils y travaillent et permettent aux Parisiens d’y vivre. Il n’est pas normal qu’une infirmière, une puéricultrice, une assistante sociale soit obligée de perdre plusieurs heures dans les transports.

Quel regard portez-vous sur les « Réinventer » ?

Je pense que c’est bien. Mais en réalité, l’ambition de rénovation architecturale de la ville ne doit pas être limitée à quelques zones définies par ce type de concours. Elle doit au contraire concerner tout le territoire parisien et grand parisien. Il faut créer un état d’esprit révolutionnaire en la matière. Regardez comment Londres, Berlin ou New York – et je ne parle pas des villes asiatiques – se sont transformées au cours des dernières décennies.

Paris est devenue une des capitales mondiales de l’innovation, quelles seraient vos propositions dans ce domaine ?

Je pense que la priorité, c’est de conserver de grands secteurs traditionnels dans Paris, à commencer par le commerce, qui rencontre de grandes difficultés, mais aussi l’artisanat, une certaine forme d’industrie et les sièges sociaux des grandes entreprises. De nombreux sièges ont quitté Paris ou vont le faire : Lafarge, BNP… C’est un problème dont il faut s’occuper d’urgence. Il n’y a pas que les start-up ! L’attractivité n’est pas qu’une question fiscale. Elle dépend bien davantage de la qualité des services offerts aux entreprises et à tous les Parisiens : une ville plus apaisée, plus cool, ce sera aussi une ville plus favorable aux entreprises.

Les transports publics, compétence partagée par l’Etat et la Région, figurent parmi vos priorités absolues ?

C’est bien de chercher à piétonniser les voies sur berges, mais on aurait dû commencer par créer les alternatives, permettre aux gens de trouver d’autres façons de se déplacer, que ce soit en transport public, en Vélib’ ou Autolib’. Or on a d’abord supprimé de l’espace pour la population et on a dégradé les transports alternatifs à la voiture : le métro et le bus marchent moins bien, Vélib’ est en souffrance et Autolib’ n’existe plus ! Rien ne sert de pleurer sur le lait renversé. Mais je crois qu’en matière de mobilité, la primauté doit être accordée aux transports publics. Cela signifie qu’il faut investir pour la propreté, la sécurité et la fiabilité du métro, des bus et des tramways. Il faut étendre le service pour qu’il y ait plus de métros, de trams et de bus qui roulent, y compris la nuit.

Bertrand Delanoë, à la tribune du congrès des maires de France. © Jgp

Enfin, il faut pousser l’Etat à revenir sur son arbitrage défavorable à la construction du Grand Paris express, qui fait perdre beaucoup de temps à l’émergence de la métropole. Après la région Ile-de-France, Paris est le deuxième contributeur à Ile-de-France mobilités. Sa voix compte. Quand Bertrand Delanoë a voulu créer le Noctilien et les couloirs de bus, obtenir qu’il y ait plus de bus et le tramway à Paris, la région Ile-de-France a commencé par lui rire au nez. Mais elle n’a pas ri longtemps.

Quelle est votre vision du partage des rôles entre le privé et le public ?

Je suis aujourd’hui un entrepreneur, je sais à quel point les entreprises ont souvent plus de créativité, d’agilité dans leur action au quotidien. La moitié des arrondissements parisiens sont gérés en régie, l’autre dans le cadre de délégations de service public. Force est de constater que le service est souvent délivré dans de meilleures conditions dans le second cas. Je pense, là aussi, qu’il faut une véritable révolution, sans aucun tabou.

Ma première idée est de responsabiliser davantage les arrondissements, notamment dans le cadre des missions de propreté. Il faut affecter davantage d’agents au nettoyage, au balayage des rues, alors qu’une majorité d’agents est affectée à la collecte des ordures. Il faut se montrer beaucoup plus ambitieux dans les contrats de performance signés avec les divers opérateurs. Enfin, pourquoi ne pas construire, comme San Francisco est en train de le faire, la première ville européenne zéro déchet ? Pourquoi ne déciderait-on pas d’éradiquer les bouteilles d’eau, les bouteilles de lait en plastique à l’échelle de Paris. Pourquoi ne développerait-on pas l’achat en vrac ? Pourquoi ne pousserait-on pas les gens à recycler davantage, en faisant un bilan ménage par ménage de la production de déchets ?

Vous réformeriez la gestion des ressources humaines municipales ?

Une augmentation de la masse salariale importante caractérise ces dernières années, à la fois compte tenu du nombre d’agents et du glissement vieillesse technicité (GVT). On ne fera pas l’économie d’un audit social et d’un aggiornamento profond de la gestion des ressources humaines. Trop d’agents effectuent des tâches de bureau ou de back office. Il faut prioritairement les affecter en front office, au service des Parisiens.

Vous êtes, vous aussi, ni de droite, ni de gauche ?

Je ne fais plus de politique nationale. Cela ne m’intéresse pas. Je ne me situe donc pas sur l’échiquier politique. Mon inspiration est citoyenne. Je la trouve chez les partisans d’Etienne Marcel, ceux des révolutions de 1789, de 1830 ou de 1848, ceux de la Commune de 1871 ou parmi les libérateurs de Paris en 1944. Nul besoin d’aller du côté d’Emmanuel Macron pour chercher une inspiration parisienne. Ce n’est pas à l’Etat de décider de l’avenir de la Capitale mais aux Parisiens. Paris s’est toujours construite contre l’Etat, et chaque fois que ce dernier a essayé d’imposer ses candidats, les Parisiens ont montré qu’ils étaient libres.

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