Bruno Piriou – Un autre monde

Le maire (DVG) de Corbeil-Essonnes aime remettre en cause les dogmes, croit en la concertation citoyenne et cultive l’art de vivre ensemble dans une ville populaire qu’il a passé sa vie à conquérir.

Ce matin-là, alors que les médias ne parlent que de la dette abyssale du pays et du plan du gouvernement pour la réduire, Bruno Piriou l’affirme tranquillement dans son vaste bureau du bâtiment administratif qui abrite les services de la mairie : pour lui, la dette « relève de l’imaginaire ». « Qui décide de ce qui est grave ou non ? À qui doit-on cet argent ? Pour en faire quoi ? », interroge-t-il, volontiers provocateur, scrutant avec attention les réactions de son interlocuteur.

Élu maire de Corbeil-Essonnes (Essonne) en 2020 après quatre tentatives infructueuses, contre Serge Dassault (LR) puis son successeur Jean-Pierre Bechter (LR), il mesure aujourd’hui le chemin parcouru. Celui qui commença sa carrière comme directeur de cabinet du maire communiste de Corbeil-Essonnes Roger Combrisson, fut longtemps conseiller départemental de l’Essonne puis directeur de cabinet de la maire communiste de Malakoff (Hauts-de-Seine) Jacqueline Belhomme, décrit d’un trait d’humour le système Dassault, auquel il a consacré un livre, L’argent maudit : « Quand les gens ordinaires veulent se montrer généreux ou sympathiques, ils vous offrent une part de pizza. Dassault vous offrait une pizzeria. » Fermez le ban.

Bruno Piriou. © Jgp

Désormais l’été, des camps scouts sont accueillis dans l’ancienne propriété de l’avionneur, prochainement transformée en collège. Au clientélisme, Bruno Piriou préfère la concertation, l’écoute. Un goût pour la démocratie participative qui l’a conduit à quitter le PC il y a une douzaine d’années, créant, au moment des printemps arabes, son propre mouvement politique, baptisé Le printemps de Corbeil-Essonnes. « Le seul objectif de la politique doit être de faire en sorte que les gens soient heureux. Pas un jour, peut-être, mais tout de suite, maintenant, poursuit-il. Qui peut savoir à leur place ce dont ils ont besoin pour cela ? », interroge celui qui se reconnaît dans une formule : « La révolution d’accord, mais si l’on peut guincher. »

Un souci démocratique permanent

« Pour moi, Bruno Piriou a deux singularités qui le distinguent dans le monde politique, dit de lui Frédéric Gilli, urbaniste et directeur associé de l’agence Grand Public, avec lequel la ville travaille pour sonder les attentes de la population : d’abord son souci démocratique permanent… qui n’est pas juste un surcroît de moralité, comme on accrocherait des rubans à une décision prise par ailleurs : il se bagarre pour que tous les habitants puissent s’exprimer. Et son approche de la politique par le bonheur des gens, sans pour autant vouloir ni prétendre le faire pour eux ». Pour Michel Bisson (PS), président de Grand Paris Sud, dont Bruno Piriou loue le sens du collectif, « la volonté du maire de Corbeil-Essonnes de confronter les points de vue et de construire ensemble les solutions incarne ce dont notre pays a tant besoin aujourd’hui : des consciences éveillées et un engagement commun pour l’avenir ».

Fils et petit-fils de communistes, Bruno Piriou, qui aime ponctuer ses développements d’un débonnaire « sans déconner… », évoque des aïeuls bretons valets de chambre ou marins, venus en Île-de-France pour construire ses villes, paver ses routes. Ayant grandi à Draveil et Corbeil-Essonnes – « je suis un enfant du fleuve », dit-il –, il aime passionnément sa ville, qu’il voit en haut-lieu touristique et durable. « Corbeil-Essonnes a tout pour être la ville de l’écotourisme : des espaces verts, des bois, des parcs, l’Essonne, la Seine, tout pour faire une ville complète », énumère-t-il.

Sa fierté affleure lorsqu’il parle de la transformation en cours de la chaufferie des Hauts-Tarterêts et de ses voûtes en béton, œuvre de Jean-Pierre Jouve et Roland Dubrulle, en un équipement culturel qui sera dessiné par le lauréat d’une consultation internationale à laquelle ont répondu H20 architectes, Devaux & Devaux architectes et Studio Gang, dans le cadre du programme national des « 10 quartiers de demain ».

Il cite Vernant, Freud, Lacan ou Rancière, qui l’aident à réfléchir sur la complexité des désirs humains, la diversité des gens. Ses priorités affichées sont la jeunesse, l’accessibilité – « parce qu’adopter le point de vue des personnes handicapées garantit de bâtir une ville apaisée, moins violente ».

Puis, il revient sur son goût pour le beau, qu’il s’agisse d’architecture ou d’objets du quotidien, confesse un faible pour les belles chemises, avant de réaffirmer son refus viscéral du système libéral : « Qui décide de la valeur des choses, du prix d’un sac Vuitton ? Sait-on assez qu’il faut des millions de pauvres pour faire un milliardaire ? » Il fulmine contre l’État, qui l’a enjoint de décrocher le drapeau palestinien flottant sur sa mairie, mais pas le drapeau ukrainien, « parce que c’est la position de la France ». Il l’assure, il ne l’enlèvera que sous la contrainte. « Sans déconner… »

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