Elisabeth Maisonnier – Versaillaise de l’ombre

Aquarelles, plans ou gravures, la conservatrice versaillaise en arts graphiques donne à voir son fragile trésor avec parcimonie, pour en conserver toute la beauté.

Qui oserait, aujourd’hui, qualifier de « démodée » la façade du château de Versailles ou lui reprocher son manque de « majesté » ? Ce sont pourtant ces considérations-là qui ont guidé le lancement, en 1780, d’un appel à idées pour moderniser un bâtiment dont une aile délabrée ne correspondait plus au goût du jour.

De ce concours d’architectes résulte un trésor d’aquarelles de projets restés sans suite, qui auraient pu donner à Versailles un tout autre visage que celui d’aujourd’hui. Tous ces Versailles rêvés mais jamais construits passent, depuis deux ans, entre les mains savantes d’Elisabeth Maisonnier, responsable du cabinet des arts graphiques au château, qui va montrer au public, ce printemps, plus de 120 pièces originales récapitulant une vingtaine de projets inaboutis.

Elisabeth Maisonnier

Elisabeth Maisonnier. © DR

Deux années complètes de travail… La conservatrice de musée a consacré la première à des recherches en solitaire pour identifier, au-delà de la collection du château de Versailles, les nombreux documents à emprunter ailleurs : aux Archives nationales, bien sûr, mais aussi au musée de Besançon et, plus loin encore, au musée national de Stockholm. Puis, un an avant le jour J, est entrée en action la colossale force de frappe de l’établissement public qui, autour de son service des expositions, sait fédérer juristes, financiers, communicants et autres pour organiser la logistique. « Versailles, c’est une puissance de feu extraordinaire », apprécie Elisabeth Maisonnier : cette carte de visite a pesé, notamment dans la négociation des prêts avec la Suède

Avoir, chaque matin, un cadre de travail comme celui-là est un privilège qu’Elisabeth mesure pleinement. Dans ce décor, « quand on a une contrariété professionnelle, on relativise vite », sourit-elle. Son endroit favori, dans le parc, est le Hameau de la reine : au-delà du folklore, la charge symbolique autour de Marie-Antoinette l’émeut beaucoup, et elle est fière d’avoir fait entrer dans sa collection de 30 000 œuvres un album de dessins commandés pour la reine et représentant le Trianon.

Prédilection pour le XVIIIe siècle

Pourtant, le CV d’Elisabeth Maisonnier ne la destinait pas à ses fonctions actuelles. Diplômée de l’Ecole des chartes avec le titre d’archiviste-paléographe, elle aurait dû dérouler une carrière de conservatrice d’archives ou de bibliothèque. Elle a passé dix ans, d’ailleurs, à la bibliothèque municipale de Versailles, mais avec déjà la charge peu répandue des collections patrimoniales. Quand le bruit a couru que s’ouvrait au château un poste de conservateur dédié aux arts graphiques, elle a immédiatement postulé. « La directrice de l’époque a compris que c’était ce poste-là que je voulais, et pas juste travailler au château », raconte-t-elle en se disant « très chanceuse » qu’on lui ait fait confiance alors qu’elle n’était pas déjà conservatrice de musée, comme ses 12 collègues du château.

Elle avoue sans peine que le XVIIIe siècle est sa période de prédilection. Pour autant, elle sait avoir les idées larges : plusieurs de ces précieuses gravures vont s’envoler bientôt pour New York, pour une exposition sur le mouvement Camp, c’est-à-dire le début des études de genre. Pour les demandes de prêt, « quand le propos est sérieux, on répond toujours oui ! » explique-t-elle. A condition, toutefois, de respecter la loi d’airain des œuvres graphiques, qui impose trois ans de repos, à l’abri de la lumière, après un maximum de trois mois d’exposition !

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