Exclusif – Anne Hidalgo : « Paris nécessite une incarnation forte, je crois que je l’ai eue »

EXCLUSIF. Très rare dans les médias ces derniers temps, la maire socialiste de Paris nous a accordé une interview exclusive. Anne Hidalgo nous a reçu dans son bureau le mercredi 18 mars, entre les deux tours des élections municipales qui signeront la fin de ses deux mandats à l’Hôtel de ville. Dans quelques jours, elle quittera définitivement les lieux « sans nostalgie », mais avec un « petit pincement au cœur ». À l’heure du bilan de 25 ans de vie politique parisienne, dont 12 au sommet, l’édile détaille ses « plus grandes fiertés » – écologie, place de la voiture et du vélo, végétalisation, logement, démocratie locale, gestion financière, Grand Paris… – et ses (rares) regrets. Elle règle ses comptes aussi, en particulier avec Rachida Dati (LR). En revanche, elle affiche son soutien « sans ambiguïté » à son ex-premier adjoint, Emmanuel Grégoire, tout en analysant les résultats du premier tour, et les rapports de force politiques qui en résultent.

Quel regard portez-vous sur les élections municipales qui se jouent à Paris ?

Nous avons eu un très beau premier tour. Les Parisiens ont montré, contrairement au dénigrement permanent, qu’ils sont attachés à notre bilan. Une fois de plus, les sondages se sont trompés : Rachida Dati [LR], surestimée, plafonne à 25 % ; et nous, comme toujours sous-estimés, nous frôlons les 38 %. Ces résultats donnent un élan et un avantage très important à Emmanuel Grégoire [PS] pour le second tour. Certains à droite, mais aussi LFI et l’extrême droite, ont modifié le mode de scrutin [la réforme de la loi PLM, Paris-Lyon-Marseille] ; j’espère que ceux qui ont voulu changer les règles à six mois de l’élection le paieront dans les urnes. Je suis optimiste. Les ralliements pathétiques d’entre-deux tours et le soutien de l’extrême droite ne rattraperont pas le retard accumulé par Madame Dati. Sa contre-performance en dit long.

Qu’est-ce que cela dit ?

Rachida Dati pose un problème démocratique majeur, un problème de probité. Si elle était élue maire, ce que je ne souhaite pas, elle pourrait être condamnée par la justice six mois plus tard, à une peine très lourde, pour des actes graves, et être déclarée inéligible. Son procès pour corruption, en septembre 2026, fait peser un risque considérable sur l’image de notre ville, l’honneur des Parisiens. Madame Dati passe son temps à mentir, à la justice, aux Parisiens, à elle-même. Elle a menti toute sa vie. Elle ne doit pas être une aventure pour Paris.

Anne Hidalgo, le 18 mars, dans son bureau de maire de Paris. © Jgp

Que pensez-vous des ralliements et non-alliances d’entre-deux tours ?

J’imagine la pression insoutenable dont Pierre-Yves Bournazel [Horizons-Renaissance] a fait l’objet pour l’obliger à fusionner sa liste avec celle de Madame Dati. Il a fait preuve de panache, de dignité et de cohérence en refusant de figurer sur cette liste. Je pense qu’une grande partie de son électorat [11,3 %] ne se reportera pas sur Dati. Beaucoup choisiront l’abstention ou le vote blanc. Quant au choix d’Emmanuel Grégoire de ne pas faire alliance avec Sophia Chikirou [LFI, 11,7 %], c’est un acte politique fort et courageux. Les électeurs de centre-gauche qui ont mis un bulletin Bournazel dans l’urne parce qu’ils redoutaient une fusion de la liste de gauche avec LFI voteront Grégoire, car pour eux il est inimaginable de voter Dati.

Comment interprétez-vous le retrait de la liste de Sarah Knafo (Reconquête, 10,4 %) ?

C’est une alliance de fait de la droite et de l’extrême droite. Les électeurs de Reconquête se reporteront massivement sur Madame Dati, parce qu’elle est en parfait accord avec les méthodes, la philosophie et le programme de Madame Knafo. La candidate de Reconquête a tenu des propos d’une violence inouïe en disant qu’il faut « chasser la gauche ». Comment ? Avec des fusils ? Même Jordan Bardella et Marine Le Pen [RN] appellent à voter pour la liste Dati. À Marseille, LFI s’est retirée face à la menace du RN ; à Paris, Rachida Dati, soutenue par l’extrême droite, représente un danger d’une autre nature, mais tout aussi grave. D’autant qu’il y a toute une machine médiatique derrière elle, la machine Bolloré, qui lui est acquise. Les tractations d’arrière-cour, c’est de la politique peu reluisante.

De quelles « tractations » parlez-vous ?

Madame Knafo ne s’est évidemment pas retirée gratuitement. Qu’a-t-elle obtenu en échange ? A minima, la garantie d’expérimenter l’union des droites et de l’extrême droite, qu’elle prône. Mais les Parisiens ne sont pas des rats de laboratoire. Ils sont attachés à ce que leur ville reste progressiste et humaniste. La droite parisienne est perdue depuis longtemps – la droite nationale aussi. Elle est prête à tout, y compris à pactiser avec l’extrême droite la plus réactionnaire. Cette droite parisienne radicalisée lui a offert un marchepied en contestant la légitimité de la gauche à diriger cette ville et en m’injuriant en permanence. Ils ont radicalisé leur électorat et ont préparé le nid du vote Knafo.

Que vous inspire la percée de l’extrême droite à Paris ?

C’est inquiétant. Cela dit, le RN ne dépasse pas 1,6 %. Et l’extrême droite zemmouriste, ne va pas chercher son public dans les quartiers populaires, où les votes Knafo et Dati sont en échec total. La candidate « vue à la télé », qui serait proche du peuple, y plafonne à 15 %. De même, Madame Knafo ne trouve des électeurs que dans les arrondissements de droite, surtout le 16e [22,5 %], mais aussi, dans une moindre mesure, dans les 7e, 8e, 15e et une partie du 17e. Je lisais récemment le sociologue Vincent Tiberj, qui considère qu’il n’y a pas de droitisation des Français, mais plutôt une radicalisation de la droite. Je le constate à Paris.

Anne Hidalgo, lors de l’inauguration de la place Félix Eboué (12e arr.), le 31 janvier 2026. © Guillaume Bontemps / Ville de Paris

Rachida Dati bénéficie aussi du soutien du centre-droit, Renaissance, Horizons, le MoDem, l’UDI…

Je suis très surprise que des responsables du « bloc central », comme Gabriel Attal [Renaissance] ou Édouard Philippe [Horizons], se prêtent à des manœuvres politiques aussi graves. C’est un très mauvais calcul. S’ils veulent être candidats à l’élection présidentielle, il leur faudra parler aussi au peuple de gauche, aux socio-démocrates. Ils font le contraire quand ils acceptent les voix de Sarah Knafo et Jordan Bardella, même en se bouchant le nez. Avec cette alliance de fait, ils jouent à un jeu très dangereux et montrent qu’ils n’ont pas la hauteur de vue nécessaire pour diriger ce pays.

Deux listes sont en lice à gauche dans cette triangulaire. Sophia Chikirou ne risque-t-elle pas de faire perdre Emmanuel Grégoire ?

Beaucoup d’électeurs qui, depuis 2001, votaient pour les écologistes au premier tour à Paris – mais n’ont pas pu le faire en 2026, puisque les Verts se sont alliés au PS et au PCF cette année – ont opté pour LFI. Au second tour, ils voteront utile, car ils savent que choisir Chikirou, c’est donner une chance à Dati de l’emporter. C’est aussi simple que cela. Le peuple de gauche n’a pas du tout envie de donner une voix à Dati en passant par Chikirou.

La gauche unie parisienne (PS, Écologistes, PC, Place Publique, L’Après) n’aurait-elle pas mieux fait de s’allier avec LFI pour s’assurer la victoire ?

LFI est un mouvement populiste, qui se complait dans l’invective et flirte avec l’antisémitisme. Je désapprouve mes collègues socialistes, dans d’autres villes, qui ont conclu un soi-disant « accord technique » avec LFI ; personne n’y croit. Emmanuel Grégoire a été parfait, de même que Benoît Payan à Marseille, Michaël Delafosse à Montpellier, Nicolas Mayer-Rossignol à Rouen ou Nathalie Appéré à Rennes. En politique, il faut accepter de prendre le risque de perdre plutôt que de se perdre.

Mettez-vous un signe égal entre l’extrême droite et l’extrême gauche ?

Non. Mais il y a un point commun : les deux préemptent le débat, vampirisent la stratégie politique des partis, entendent dicter les règles du jeu et misent sur une radicalisation des électorats. Au point d’empêcher le pays de trouver des solutions.

Êtes-vous réconciliée avec Emmanuel Grégoire ?

Je suis une femme politique de gauche, j’ai toujours voté à gauche et je soutiens Emmanuel Grégoire sans aucune ambiguïté. Je ne m’occupe pas des querelles.

Vous l’avez soutenu du bout des lèvres dans cette campagne…

C’est faux ! Je suis engagée dans la bataille depuis le début. J’ai soutenu un autre candidat à la primaire socialiste, Rémi Féraud. C’est Emmanuel Grégoire qui l’a gagnée. Dont acte. Depuis, je suis derrière lui et je fais le job.

La maire de Paris lors de sa dernière cérémonie des voeux, en janvier 2026, dans la salle des fêtes de l’Hôtel de ville. © Jgp

Que ressentez-vous aujourd’hui au moment de quitter l’Hôtel de ville, après vingt-cinq ans à son sommet ?

Je ne suis pas de nature nostalgique. Mais j’ai bien sûr un pincement au cœur de quitter une équipe fidèle. Je suis heureuse de redevenir une Parisienne parmi les autres. Ce que je ne regretterai pas, c’est la violence, la méchanceté, la politique politicienne qui dégoûte de l’engagement, ou encore les unes de journaux caricaturales et la malhonnêteté intellectuelle de certains médias. Surtout, je suis fière d’être allée au bout de la vision pour laquelle nous avons été élus et réélus. J’ai essayé d’améliorer la vie dans cette ville du mieux que j’ai pu. Et ce dans un contexte compliqué par le bouleversement climatique, les attentats en 2015, l’accueil des réfugiés, l’explosion de la gauche et de la droite républicaines avec l’élection d’Emmanuel Macron à l’Élysée… Il y a peu d’exemples de femmes maire avec une telle longévité : 25 ans à la Ville de Paris, dont 12 ans comme maire.

À l’heure du bilan, qu’est-ce qui vous inspire le plus de fierté ? Et quels sont vos regrets ?

Je suis très fière des avancées environnementales. Nous avons rééquilibré la place de la voiture, au profit des piétons et des cyclistes – avant 2014, 95 % de l’espace public était dédié à l’automobile. Résultat : la pollution atmosphérique a baissé de 50 % et des vies ont été sauvées. Un maire gère le quotidien, mais doit aussi penser le temps long pour que sa ville reste vivable dans un contexte de changement climatique. Nous avons planté un nombre considérable d’arbres et de végétation en pleine terre, créé de nombreux espaces verts, des forêts urbaines, des rues aux enfants piétonnes et végétalisées, des cours d’écoles oasis… Autant d’espace pris sur la voiture pour rafraîchir la ville. Il y a eu aussi la reconquête des bords de Seine. Après la rive gauche avec Bertrand Delanoë, je me suis attaquée au plus dur : la rive droite, où nous avons ouvert un parc urbain pérenne. Personne n’oserait revenir en arrière aujourd’hui, même Madame Dati, qui s’y était opposée. Aller vers le fleuve était l’objectif de mon premier mandat, s’y baigner celui du second. Cela a été rendu possible grâce à l’accélération permise par les Jeux olympiques et paralympiques [JOP].

Quid du logement ?

C’est une autre grande fierté. J’ai accéléré et amplifié la production de logements sociaux à partir de 2014, y compris en transformant des bureaux en habitations. En douze ans, nous avons produit 60 000 nouveaux logements, ce qui représente près de 200 000 personnes supplémentaires pouvant vivre à Paris grâce à des loyers modérés. Au total, 700 000 Parisiens bénéficient de cette politique du logement abordable, malgré le coût du foncier et la spéculation financière. Ce sont des gens issus des classes populaires et moyennes, qui font fonctionner la ville : enseignants, infirmières, policiers, travailleurs sociaux, éboueurs…

Une critique récurrente sur le logement est le coût jugé prohibitif de la préemption pour faire du logement social, en particulier dans l’ouest parisien…

C’est un coût élevé mais nécessaire. J’assume totalement cette politique, car il faut de la mixité dans Paris. Les quartiers chics ne sont pas réservés aux plus riches. Emmanuel Grégoire, avec Ian Brossat et Jacques Baudrier [adjoints successifs au logement, PCF], continueront à développer le logement abordable dans l’ouest parisien, notamment dans le 7e arrondissement, qui a le taux le plus faible de Paris. Rachida Dati s’est systématiquement opposé aux logements sociaux, tout en réclamant des passe-droits pour ses proches.

L’édile, ses adjoints et des conseillers de Paris, en février 2024, lors d’annonce des résultats de la votation citoyenne sur le stationnement des SUV. © Jgp

Vous mettez aussi en avant un « dynamisme démocratique »…

Nous avons multiplié les moments de consultation citoyenne. Les votations sur les trottinettes ou les SUV ont mobilisé jusqu’à 100 000 personnes. Les assemblées citoyennes tirées au sort ont été exceptionnelles. Nous comptons également 700 000 bénévoles engagés dans des associations. Cette vitalité démocratique nous a permis de ne pas nous laisser manipuler par les outrances et le bashing insensé dont nous avons fait l’objet. Ce sont des anticorps contre les populistes.

Comment expliquez-vous ce « bashing »  ?

J’ai bousculé des intérêts, notamment ceux liés aux énergies fossiles. Être une femme de gauche, écologiste, socialiste, issue de l’immigration, s’attaquant au lobby automobile, un symbole du masculinisme triomphant, c’était la provocation de trop pour beaucoup. Nous avons constaté cette orchestration. J’ai été élue et réélue malgré cela. Nos détracteurs sont à 25 % et nous sommes à 38 %. Quant à #SaccageParis et Sarah Knafo, ils sont à peine à 10 %.

De nombreux Parisiens ont un regard critique, voire très critique, sur vous et votre action…

Ce n’est pas grave. Le juge de paix, c’est l’élection. Cependant, le dénigrement a un peu infusé, c’est vrai. Rachida Dati travaille étroitement avec des lobbys, y compris ceux des énergies fossiles. Elle a offert un spectacle dégradant d’attaques permanentes et d’invectives pour masquer ses propres affaires. Cela visait à attaquer ma légitimité de maire et à dégoûter les démocrates de la politique. Mais toutes ces manipulations sont tombées avec les Jeux olympiques et paralympiques. Le monde entier a vu une ville belle, joyeuse et sûre. Beaucoup de Français m’ont dit qu’ils étaient agréablement surpris, croyant que Paris était l’enfer sur terre. La réalité l’a emportée. Dans un autre registre, la droite et les macronistes ont martelé que notre ville serait en faillite : encore un mensonge !

La dette de Paris n’a-t-elle pas explosé ?

Elle est de 9,7 milliards d’euros, avec une capacité de désendettement de 12 ans, par rapport à un budget de la Ville de 11 milliards d’euros. C’est tout à fait assumable – l’équivalent de la Région Île-de-France, gérée par Valérie Pécresse [LR]. Cette dette a été contractée pour investir dans la transformation de Paris et dans le logement social, nous préparant ainsi aux chocs à venir. Les agences de notation confirment notre bonne gestion financière, malgré les fake news de Rachida Dati ou Gabriel Attal. C’est comme un ménage qui emprunte pour acheter son appartement : l’argent investi n’est pas perdu. Le patrimoine des Parisiens est passé de 27 milliards à 47 milliards d’euros en 12 ans. J’ajoute que je laisse à mon successeur une épargne nette qui s’élève à 800 millions d’euros à la fin de mes deux mandats.

Anne Hidalgo, avec Christophe Najdovski et Jean-Marc Germain (son mari), lors de la Nuit Blanche du 5 octobre 2019. © Jgp

La révolution du vélo à Paris a son revers de la médaille, elle crée des conflits d’usage. Vous les assumez aussi ?

Une régulation des pratiques et des usages est nécessaire. Cependant, il fallait rééquilibrer cette ville au profit de ceux qui n’utilisent pas la voiture individuelle polluante, en laissant de la place aux bus, aux taxis, aux vélos et aux piétons. La réponse des Parisiens a été spectaculaire. Nous voulions nous inspirer de Copenhague. Pour développer la pratique, il fallait des pistes bidirectionnelles sécurisées sur la chaussée, ce qui nécessitait un combat acharné pour conquérir l’espace occupé par les voitures. Cette infrastructure a transformé le paysage urbain. De nombreuses femmes et familles ont investi les pistes cyclables. Paris est même devenue un modèle mondial en la matière. S’il y a des embouteillages de vélos aujourd’hui, cela prête plutôt à sourire. Christophe Najdovski a été l’artisan de cette transformation lors du premier mandat, en tant qu’adjoint aux mobilités. Dans le second, je lui ai confié l’autre révolution : la végétalisation. Qui peut affirmer honnêtement que Paris est moins beau aujourd’hui qu’hier ? Seules les personnes de mauvaise foi le peuvent.

N’avez-vous aucun regret ? Avec le recul, y a-t-il des choses que vous feriez différemment ?

Non, car j’ai mené les combats qu’il fallait mener au moment opportun. Mon seul regret est de ne pas avoir pu aller plus loin et plus vite sur tous ces sujets. En revanche, je suis très heureuse de la méthode employée. Regardez le réaménagement à venir de la place de la Concorde : nous avons réuni une commission intégrant les acteurs du patrimoine, ainsi que des personnalités comme Jean-Jacques Aillagon, Jean Jouzel ou Aurélie Filippetti. Cette commission a permis de choisir l’architecte-paysagiste Philippe Prost dans un consensus total. Nous avons réussi parce que l’idée s’est imposée que la végétalisation de la ville n’était pas contraire au patrimoine. Le projet autour de Notre-Dame, avec Bas Smets, sera également exceptionnel. Nous avons su conjuguer une végétalisation exigeante avec le respect des contraintes patrimoniales.

On vous a reproché votre méthode pourtant, une intransigeance, un « syndrome de la citadelle assiégée »…

Les commentaires d’un certain microcosme ne m’intéressent pas. Ce qui reste à la fin, c’est ce que vous faites et vos victoires. J’ai gagné deux fois les élections, et je pense que la gauche va gagner une cinquième fois à Paris, avec Emmanuel Grégoire. Sur la piétonnisation des voies sur berges, nous avons gagné tous les procès intentés contre nous. Je n’ai jamais voulu passer en force, mais suis restée ferme sur mes positions. Mon prédécesseur, Bertrand Delanoë, avait de l’autorité lui aussi. Il en faut pour être maire de Paris. Cette ville nécessite une incarnation forte. Je crois que je l’ai eue.

Auriez-vous pu faire davantage pour le Grand Paris, l’intégration et le dialogue avec les communes voisines ?

Les JOP ont été le projet le plus fédérateur qui soit. J’ai porté cette candidature en exigeant que l’impact principal bénéficie à la Seine-Saint-Denis. Aujourd’hui, on reconnaît qu’il y a un avant et un après pour ces territoires. Ma contribution a été de faire rayonner Paris et d’embarquer la métropole, particulièrement la Seine-Saint-Denis, dans cette aventure. Je suis contente aussi d’avoir réussi, avec Patrick Ollier [LR], la gouvernance partagée de la Métropole du Grand Paris. Il est un excellent président MGP, a permis un dialogue fraternel entre les maires, a pris à bras-le-corps le risque d’inondation en dialoguant avec les territoires voisins, a été un acteur clé sur l’axe de la Seine jusqu’au Havre. C’est un homme de consensus.

Anne Hidalgo, en 2019, entourée (au premier rang) de Valérie Pécresse, Vincent Jeanbrun, Patrick Jarry, Patrick Ollier, Michel Cadot. © Jgp

Défendez-vous pour l’avenir un statu quo institutionnel pour le Grand Paris ou plutôt une évolution de la gouvernance ?

Il ne faut pas s’enferrer dans des débats institutionnels. Le Grand Paris doit vivre par de grands projets fédérateurs, comme les transports ou les JOP, plutôt que par des bouleversements institutionnels qui paralysent l’action. Avec Patrick Ollier, nous avons lancé « Inventons la Métropole du Grand Paris », inspiré de « Réinventer Paris », qui a permis de lever des milliards d’euros d’investissements privés avec des frais de fonctionnement très faibles. C’est du concret.

Faudrait-il élire un maire du Grand Paris, comme le préconise Emmanuel Grégoire ?

Sûrement pas ! Si vous multipliez les strates présidentielles, vous diminuez l’implication citoyenne et le pouvoir des maires, et vous conflictualisez tout sans résultat. J’ai fait vivre Paris et le Grand Paris grâce au plus grand événement du monde. Nous n’avons pas besoin de présidents à chaque coin de rue, car cela bloque le jeu démocratique.

Pensez-vous qu’un jour Paris disparaîtra pour se dissoudre dans le Grand Paris ?

C’est impossible. Paris restera Paris. Le jour où Paris n’existera plus, c’est tout le territoire qui sombrera.

Et vous, qu’allez-vous faire quoi maintenant ?

Il est trop tôt pour en parler, mais je continuerai à être très engagée en politique et dans la lutte contre le changement climatique.

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