Rencontrer les Parisiens, se mettre à leur écoute, répondre à leurs interrogations, leurs motifs de mécontentement ou de crainte. C’est l’objectif de « Parlons Paris », des rendez-vous proposés par Emmanuel Grégoire aux Parisiens dans chaque arrondissement. Le journal du Grand Paris a suivi le candidat PS aux prochaines municipales lors deux de ces réunions, dans le 10e et le 12e arrondissement de la Capitale.
Le 10 décembre au café La Rose bleue (12e), puis le 12 au Bistrot Lucien (10e), le déroulé est le même si le cadre et l’affluence varient. Immense salle d’un bar-restaurant du boulevard Poniatowski dans le 12e, bistrot plus intimiste rue Lucien Sampaix, dans le 10e trendy, pour une séquence de près de deux heures, dont les trois quarts sont consacrés à écouter les participants. « On s’est dit qu’il fallait qu’on prenne un long temps de dialogue avec les Parisiennes et les Parisiens, introduit le candidat socialiste à la mairie de Paris. C’est pourquoi nous organisons des dizaines de réunions partout dans Paris pour vous écouter, dans une très grande franchise : ce qui va, ce qui ne va pas, ce sur quoi vous attendez des choses nouvelles, des idées pour votre quartier, pour notre ville, pour le Grand Paris », indique le député de la 7e circonscription en ouverture de ces débats.
Dans le 12e, à La Rose bleue, Laurent, entraîneur de basket, alerte sur la fragilité d’un club féminin engagé en Nationale 3 : une fuite dans un gymnase empêche de recevoir des matchs, au risque de « perdre la montée en division supérieure ». Simon, coordinateur jeunesse à la Camillienne, décrit les marges d’amélioration du stade Léo-Lagrange (tribunes, accessibilité, vestiaires) et évoque les dysfonctionnements de la piscine Jean-Boiteux, « souvent fermée ».
L’école, le logement, l’emploi au coeur des préoccupations
L’école figure parmi les sujets récurrents de ces rencontres pré-électorales. Patricia, mère d’élèves, interroge la pertinence des rythmes scolaires parisiens, le recrutement et la reconnaissance insuffisante des animateurs, l’indigence des budgets dédiés à la vie quotidienne des écoliers. Elle évoque « des ramettes de papier demandées aux parents », mais aussi l’état déplorable des sanitaires. Nicolas aborde la question de la cherté du logement, – autre leitmotiv de ces rencontres – « priorité depuis plus de vingt ans » et des finances municipales qu’il juge « très dégradées ». L’évolution des mobilités, source d’insécurité et de conflits d’usages, arrive en bonne place parmi les sujets les plus souvent abordés. Jean-Claude s’inquiète d’une ville où les piétons seraient devenus les oubliés, « mis en danger par les incivilités des cyclistes ».

Le 10 décembre, Emmanuel Grégoire, à la Rose bleue, un café-restaurant du 12e arrondissement de Paris © Jgp

Finances, logement, mobilités, mais aussi éducation, emploi, propreté ou sur-tourisme constituent les préoccupations récurrentes exprimées lors de Parlons Paris, la cycle de rencontres organisé par Emmanuel Grégoire © Jgp
La lutte contre les discriminations revient elle aussi fréquemment au fil des questions, dans une ville qui se veut le chantre de l’inclusion. Audrey, militante de SOS Racisme, demande « comment, concrètement mener une politique antiraciste à Paris ». Elle évoque le changement de noms de rue, citant l’exemple de l’avenue Léopold II, orchestrateur d’une colonisation du Congo caractérisée par des atrocités systématiques.
Dans le 10e, en présence de la maire sortante Alexandra Cordebard ou de l’adjoint aux finances de Paris Paul Simondon, plusieurs intervenants expriment leur joie et leur fierté de vivre dans une ville-monde… et l’inquiétude d’en être chassés. Delphine, du boulevard de Strasbourg, redoute l’arrivée du CDG Express en 2027, qui aboutirait à ce que le quartier souffre d’être la « porte d’entrée des touristes mondiaux ».
« La ville n’est pas surrendettée »
Face à ces diverses interrogations, Emmanuel Grégoire entame ses réponses par la question des finances de la ville : « Paris n’est pas surendettée… elle est saine financièrement », argumente-t-il. La dette, estime-t-il, est avant tout un levier d’investissement, « de redistribution » ; l’élu met en avant la création de quelque 130 000 logements sociaux au cours des dernières années. « Ceux qui souhaitent ne plus recourir à l’emprunt ne disent pas que cela signifie qu’ils ne veulent plus investir pour la ville et ses habitants », martèle-t-il.
Sur le logement privé, il rappelle d’abord la « baisse spectaculaire » de l’offre de logements locatifs privés dans la Capitale, chiffrée à « plus de 66 % ». Puis l’édile annonce une ligne dure contre les meublés touristiques en général et une « lutte à mort contre les meublés touristiques permanents ». Le candidat défend également la remise sur le marché des logements vacants, cite le projet de loi porté à ce sujet par Ian Brossat et Jacques Baudrier et rappelle que Paris compte « plus de 30 000 logements vides ».
Le parlementaire plaide pour prolonger l’encadrement des loyers, se félicitant au passage de l’adoption récente, en première lecture par l’Assemblée nationale, d’un projet de loi visant à pérenniser son expérimentation. « Ce n’est pas une recette miracle, mais ça marche », résume-t-il. Sur la rénovation énergétique du bâti, il promet des mécanismes d’aide et de cofinancement, « pas à fonds perdus », mais avec une volonté affichée de simplification.
Concernant la protection des commerces, le candidat Grégoire entend donner à la Ville les moyens de lutter contre la spéculation des rez-de-chaussée : « la plupart des boutiques ferment parce qu’au renouvellement de bail, leurs gérants ne peuvent faire face au montant de l’augmentation des loyers… », déplore-t-il. Il cite la préemption des murs – déjà mobilisée pour certaines librairies – et un outil plus récent, la préemption des baux commerciaux, pour protéger des activités jugées essentielles et lutter contre la monoactivité.
« Je suis pour la vente », affirme-t-il au sujet du Parc des Princes, au nom de l’idée que l’argent public n’a pas vocation à financer un tel stade, et qu’une cession peut dégager des marges pour les équipements sportifs de proximité, vente qui serait réalisée sous « conditions drastiques » (clauses d’usage, droit de rachat, protections patrimoniales).
Le métro la nuit
Sur les transports, Emmanuel Grégoire défend une ouverture nocturne progressive du métro, justifiée autant par la vie culturelle que par « tout un écosystème invisible » de travailleurs aux horaires décalés. Le financement de cette mesure, assure-t-il, ne passerait pas par le pass Navigo mais par une contribution liée aux touristes, via la taxe de séjour.
Interpellé par un représentant des Shifters, il revendique « l’ambition » de respecter la trajectoire de neutralité carbone 2050 et élargit la promesse à la pollution de l’air, au bruit et aux pollutions visuelles. Enfin, face aux questions et aux inquiétudes relatives aux violences faites aux femmes et à l’insécurité dans l’espace public, le candidat socialiste affirme vouloir en faire une priorité absolue et évoque, résolument pragmatique, une nécessaire amélioration de l’éclairage public.




