Une étude de l’Apur met le vélo sur les rails du Grand Paris

Alors que le Grand Paris express déploie progressivement ses lignes et ses gares, le vélo s’impose comme un maillon essentiel de la mobilité métropolitaine. L’étude récente « Rabattement vélo aux gares du Grand Paris » de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) propose des pistes pour mieux relier les quartiers au futur réseau, à travers des itinéraires de rabattement à vélo.

L’étude « Rabattement vélo aux gares du Grand Paris », publiée par l’Atelier parisien d’urbanisme en octobre 2025, s’inscrit dans un contexte de forte croissance de l’usage du vélo en Île-de-France. Elle s’intéresse à un territoire « souvent laissé de côté par la planification des pôles d’échanges » : la zone située entre 800 m et 3 km autour des gares (environ 15 minutes à vélo), à savoir le « périmètre pertinent pour envisager un rabattement à vélo », indique l’Apur. L’idée : connecter les quartiers et les différentes zones au réseau du Grand Paris express, tout en réduisant la dépendance à la voiture. 

Pour cette étude, neuf gares tests ont été retenues : Hôpital Bicêtre, Villejuif-Gustave Roussy, L’Haÿ-les-Roses, Chevilly-Larue, Villejuif-Louis Aragon, Villiers-Champigny-Bry, Saint-Denis Pleyel, Noisy-Champs et Sevran-Beaudottes. Pour chacune, un diagnostic a été mené à partir de données spatialisées, de données d’usage issues de l’application Strava, d’analyses socio-économiques et d’ateliers partenariaux réunissant collectivités, aménageurs, opérateurs et associations cyclistes. Cette démarche collaborative, note l’Apur, « a permis d’expérimenter une nouvelle manière de travailler le rabattement vélo collectivement et à la bonne échelle ».

Velib’ dans Paris. © Jgp

Le vélo comme prolongement naturel du réseau ferré

Le Grand Paris express, avec ses 200 km de nouvelles lignes et ses 68 gares, va doubler l’offre de transport collectif. Pour l’Apur, cette transformation appelle une nouvelle logique d’accès : « En favorisant des itinéraires de rabattement à vélo, l’aire d’influence des gares est étendue, permettant d’envisager une augmentation de l’usage des transports pour les populations situées à plus de 800 m et à moins de 15 minutes d’une gare. » Selon ses projections, 98 % des habitants de la métropole seront à moins de 15 minutes à vélo d’une gare en 2031, contre 94 % en 2015. 

Cette accessibilité doit profiter aux quartiers périphériques ou aux zones d’activités, où le vélo représente un mode souple et rapide pour rejoindre les transports lourds. L’étude souligne aussi un enjeu social : les ménages vivant à proximité des gares sont moins motorisés que la moyenne métropolitaine. À Saint-Denis Pleyel (Seine-Saint-Denis), 51 % des ménages ont une voiture, contre 77 % à Villiers-Bry-Champigny (Val-de-Marne). Dans ce contexte, développer des liaisons cyclables devient un « levier d’équité territoriale ».

Des services et des stationnements pour ancrer la pratique

Outre les pistes, le rabattement à vélo repose sur des infrastructures d’accueil. L’étude chiffre à 54 300 le nombre de places de stationnement vélo prévues autour des gares du Grand Paris express d’ici à 2030, dont 33 000 en libre accès et 22 000 en consignes sécurisées. « Le déploiement d’une offre de stationnement et de services liés au vélo en gare est indispensable pour encourager l’usage du vélo en rabattement ou en diffusion », indique l’Apur.

Cette offre s’appuie sur le schéma directeur du stationnement vélo d’Île-de-France mobilités, adopté en 2020, qui prend en compte par exemple la fréquentation des gares. Le réseau Vélib’ Métropole complète le dispositif en permettant aux usagers sans vélo personnel d’effectuer les derniers kilomètres de leur trajet. Dans de nombreuses communes, il facilite aussi les trajets de diffusion depuis les gares vers les pôles d’emploi ou les établissements publics.

La ville de Paris, la Région et la Métropole œuvrent à la construction de pistes cyclables. © Jgp

Des territoires pilotes pour une méthode reproductible

Les neuf gares étudiées permettent de mesurer la diversité des territoires. À Hôpital Bicêtre (Val-de-Marne), le relief impose des itinéraires à pente douce et la création d’une station Vélib’ électrique à proximité immédiate. À Villejuif–Gustave Roussy (Val-de-Marne), l’enjeu est de connecter efficacement les grands équipements hospitaliers et universitaires. À Saint-Denis Pleyel, carrefour métropolitain, le défi est d’articuler le maillage cyclable avec un environnement de grands chantiers et d’interconnexions multiples.

Ces exemples montrent que les solutions doivent être adaptées à chaque contexte, mais qu’une même méthode peut s’appliquer : diagnostic des usages, identification des itinéraires à fort potentiel, concertation locale et plan d’action partagé.

En conclusion, l’étude de l’Apur invite à repenser la gare non plus comme un simple point de passage, mais comme un « nœud de mobilité active ». « L’objectif des ateliers est de constituer une vision pragmatique des itinéraires les plus favorables au rabattement à vélo depuis et vers la gare étudiée », rappellent les auteurs. Ce travail montre un changement dans la manière de concevoir les grands projets de transport. Il inscrit le vélo au cœur de la planification urbaine, non comme un complément, mais comme un « prolongement naturel du réseau ferré ».

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