Dans le cadre de la présentation d’une nouvelle tranche d’investissements gouvernementaux en faveur du recyclage et de la réincorporation des matériaux, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, s’est rendue lundi 13 septembre 2021 dans les locaux de Skytech, à Bonnières-sur-Seine (Yvelines). Cette entreprise spécialisée dans la production de résines plastiques régénérées post-consommation à usage industriel est lauréate de France relance.
Chaque année en France, près de 350 millions de tonnes de déchets sont produits, dont les deux tiers (66 %) sont recyclés. Avec cependant de fortes variations d’un secteur à l’autre et selon la nature des déchets : le taux de recyclage est ainsi de plus de 70 % dans le secteur de la construction contre 21 % sur les plastiques.
C’est sur ce marché que s’est positionnée Skytech, entreprise implantée à Bonnières-sur-Seine (Yvelines) et choisie par la ministre de la Transition écologique Barbara Pompili pour annoncer, lors d’une visite le 13 septembre 2021, le lancement de la stratégie nationale pour accélérer le recyclage des plastiques, des composites, des textiles, des métaux stratégiques et des papiers et cartons (voir ci-dessous).

Barbara Pompili dans les locaux de l’entreprise Skytech, le 13 septembre 2021. © Jgp
Séparation des plastiques par triboélectricité
Plus spécifiquement, Skytech est spécialisée dans la régénération de plastiques durs et complexes, présents dans les pare-chocs, les aspirateurs, les machines à café ou les coques de téléphone. Elle a développé une solution de recyclage qui repose sur un procédé de séparation par triboélectricité, permettant une séparation des mélanges de plastiques selon leur famille chimique : acrylonitrile butadiène styrène (ABS), polypropylène (PP), polyamide ou polystyrène (PS). Ce procédé est « non-polluant, consomme peu d’énergie et garantit un taux de pureté des plastiques triés de plus de 99 %, ce qu’aucune autre technologie de tri ne permet d’obtenir actuellement », précise l’entreprise.
Une fois séparées, les matières obtenues ont ainsi des propriétés similaires aux matières vierges issues du pétrole et sont ensuite transformées en résine prête à l’emploi pour le secteur industriel (automobile, électroménager, construction, etc.).


Dans la salle où les plastiques complexes sont séparés selon un procédé par triboélectricité. © Jgp
Actuellement, le taux d’incorporation des plastiques recyclés dans le monde est de 10 %. Un taux qui ne va cesser d’augmenter, sont convaincus les dirigeants de Skytech, notamment en Asie, continent le plus consommateur en volume pour la réincorporation dans les cycles de fabrication.
L’entreprise exporte ainsi l’essentiel de sa production en Chine (6 000 tonnes sur les 10 000 produites en 2021). « Skytech est positionnée sur un marché énorme, qui enregistre une croissance de + 4 % par an, a illustré Arthur Rozen, son pdg. Chaque année, 17 millions de tonnes d’ABS et de PS sont consommées et produites en Asie et en Europe ».
Aide de 1,5 million de France relance
« C’est un marché de niche, très segmenté avec très peu d’opérateurs, de petite taille, a poursuivi Arthur Rozen. Avec notre investisseur Xeris, nous voulons investir 100 millions d’euros pour constituer le leader européen des plastiques styrèniques régénérés. A l’heure où le climat perd chaque jour un peu plus la tête, nous contribuons ainsi à ce qu’il y ait moins de plastique incinéré ou mis en décharge », a-t-il ajouté, en rappelant, qu’outre l’investissement en R&D de Xeris, l’entreprise est accompagnée par l’Ademe depuis trois ans et a bénéficié d’une aide 1,5 million d’euros dans le cadre du volet relocalisation de France relance.



Dans la salle où est opérée la granulation des matières plastiques recyclées. © Jgp
« La visite de Barbara Pompili chez Skytech ce matin témoigne du soutien que le gouvernement et plus spécifiquement le ministère chargé de la Transition écologique porte au développement des solutions pour la régénération des pastiques post–consommation et pour l’économie circulaire », s’est ainsi félicité Arthur Rozen. « Nous sommes typiquement sur une filière qui a un énorme avenir, qu’il faut développer », a pour sa part insisté la ministre lors de sa visite.
Au cours du premier semestre 2022, Skytech va déménager sur un nouveau site à Aubevoye (Eure), en Normandie, qui devra lui permettre de tripler la production et d’atteindre 35 000 tonnes de production en 2023, avec une étape à 15 000 tonnes en 2022.
A l’issue de sa visite de l’entreprise Skytech, le 13 septembre 2021, Barbara Pompili a annoncé l’accélération de la stratégie nationale « recyclabilité, recyclage et réincorporation des matériaux » du 4e programme d’investissements d’avenir (PIA 4) qui consacre 600 millions d’euros d’ici à 2027 à ce besoin d’innovation. « Je suis heureuse de vous annoncer que le gouvernement va engager 370 millions d’euros de nouveaux fonds PIA pour cette stratégie, a-t-elle déclaré. C’est un effort sans précédent ».

Barbara Pompili a annoncé 370 millions d’euros supplémentaires pour la stratégie nationale « Recyclabilité, recyclage et réincorporation des matériaux recyclés ». © Jgp
Celle-ci « porte sur cinq matériaux que nous utilisons au quotidien : les plastiques, les matériaux composites, les textiles, les métaux stratégiques et les papiers et cartons. [Elle] doit nous permettre tout d’abord de développer le recyclage des métaux stratégiques », a poursuivi la ministre, citant notamment les batteries des véhicules électriques, les aimants permanents des éoliennes et des moteurs électriques, les électrolyseurs hydrogène, les panneaux photovoltaïques… L’ambition gouvernementales est de disposer, d’ici à 2030, des capacités industrielles pour recycler 100 % des batteries des véhicules électriques arrivant en fin de vie en France.
« Notre objectif, c’est également de produire deux millions de tonnes de matière plastique recyclée chaque année d’ici à 2025 et les réincorporer !, s’est enthousiasmée Barbara Pompili. De même, nous voulons multiplier par quatre le recyclage du textile d’ici à 2025″.
Concernant la filière française de recyclage des papiers cartons, il s’agira de réduire d’un quart en 2025, et de moitié en 2030, l’excédent de quantité de papiers et cartons à recycler. « Pour atteindre ces objectifs, nous aurons à cœur d’accompagner les acteurs de la filière composites pour faire émerger une filière nationale de recyclage », a assuré la ministre. Ainsi, 310 millions d’euros seront notamment dédiés à la recherche et développement pour mettre au point des solutions de recyclage plus performantes.