Myriam Szwarc – Architecte humaniste

Myriam Szwarc livre ses convictions sur l’architecture et la ville en conduisant la conversation comme on vous emmène en promenade. Le long du canal de l’Ourcq, de préférence.

Il ne pleut pas vraiment ce matin-là rue Saint-Maur. Myriam Szwarc peut laisser la porte de son agence, située au rez-de-chaussée d’une ancienne boutique, ouverte. Sur les murs de l’agence, des photos colorisées d’habitat dégradé. « Je suis quelqu’un d’assez volontariste. Avec un brin de féminisme », confie-t-elle. Quelqu’un de libre, sent-on d’emblée. Elle confirme. Après quelques mois passés chez Jean Nouvel, à la sortie de l’école d’architecture de Belleville, elle crée sa propre agence. « J’ai senti que j’allais me sentir à l’étroit comme salariée. J’avais envie de faire mon parcours, à mon rythme, avec une vraie envie de travailler sur des sujets pas très courus par les archis. » Comme ceux des banlieues nord et est de Paris. Bien avant le Grand Paris. A une époque où les promoteurs ne s’y aventuraient quasiment jamais.

Myriam Szwarc

Myriam Szwarc. © JGP

La conversation de Myriam Szwarc ressemble à une promenade architecturale. Sur les bords du canal de l’Ourcq de préférence. Un canal dont la poésie la subjugue lorsqu’elle le découvre en profondeur, après avoir gagné un concours de 92 logements à Pantin. En 1995. Plus de 20 ans plus tard, elle y est toujours, architecte coordinatrice de la ZAC du quartier durable de la Plaine de l’Ourcq, à Noisy-le-Sec. Elle y a convaincu le maire, l’UDI Laurent Rivoire, de proscrire la voiture de l’ensemble Engelhard, dont la première pierre a été posée le 8 juillet. Le parking en silo sera coiffé d’une salle de sport de 1 600 m2.

Paix sociale

Et l’ensemble sera mutable, si un jour garer sa voiture appartient au passé. « Je ne suis pas une architecte du concept mais du contexte, affirme cette titulaire d’un master d’urbanisme de l’Ecole des ponts Paritech. Je regarde, j’écoute, avant de forger ma conviction et de tenter de convaincre mes interlocuteurs », indique-t-elle. « C’est une architecte de conviction, confirme Thierry Lajoie, PDG de Grand Paris aménagement. Dans un milieu prudent, où l’on s’abstient le plus souvent d’exprimer son opinion par peur de déplaire aux donneurs d’ordre ou aux élus, Myriam est persuadée qu’il vaut mieux convaincre. Et elle a raison. Elle maîtrise les concepts de manière très précise et fabrique le détail de manière très minutieuse. Sans jamais rien de tape-à-l’œil », poursuit l’aménageur qui salue sa recherche constante du plaisir d’habiter à des prix abordables, maîtrisés.

La smart city ? Affirmatif, répond-elle, dans une ville obligatoirement connectée, « l’architecture et l’urbanisme font partie de cette connexion. A condition toutefois que l’on n’oublie pas, au passage, les connexions entre les êtres humains. Sans le dialogue de visu, le regard des uns sur les autres, on ne pourra pas construire la paix sociale, le bien vivre ensemble », poursuit l’architecte. Qui vient de signer le plan d’aménagement d’un programme de 800 logements à Bruges, près de Bordeaux. Sa vie privée ? Son enfance ? No comment. « Je suis la première génération française d’une génération d’immigrés », confie-t-elle seulement, indiquant que sa vocation précoce pour l’architecture provient sans doute d’un père ingénieur des arts et métiers et d’un grand-père maçon. « Cette architecture est formidable », a déclaré François Hollande à propos d’un des immeubles qu’elle a dessinés au sein de la ZAC du Plateau d’Ivry. A ses collaborateurs, elle tente « d’insuffler une flexibilité d’esprit, une mise en danger, une remise en question des certitudes, nécessaires si l’on veut progresser ». Et parvenir à créer, comme elle s’emploie à le faire avec une belle énergie et un certain panache, une ville plus humaine.

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