J.-F. Benon (Ceevo) : « Nous devons être capables de porter collectivement l’excellence du Val d’Oise »

Le directeur général de l’Agence de développement et d’attractivité du Val-d’Oise (Ceevo), revient sur les conséquences de la pandémie, souligne l’attractivité confirmée du Département et décrit les domaines d’excellence d’un territoire qui mise notamment sur les secteurs de la sécurité de l’alimentation, de l’énergie ou des nouvelles mobilités aériennes.

Où en est le niveau du trafic aéroportuaire de Roissy, dont dépend fortement l’économie de la partie orientale du Val d’Oise ?

L’aéroport Roissy Charles de Gaulle a enregistré, en septembre, un taux de fréquentation de 42,6 % par rapport à son niveau pré-Covid, en septembre 2019. Mais l’été a été dynamique, au-delà même des espérances. La question se pose désormais de savoir si cela n’était qu’un feu de paille estival. Les chiffres du début d’automne sont difficiles à apprécier et les professionnels ne disposent que d’une courte visibilité. Les passagers achètent souvent leurs billets quelques jours seulement avant leur départ, ce qui incite les compagnies à réduire les prix. Les compagnies aériennes naviguent à vue. La réouverture des frontières avec les Etats-Unis, le 8 novembre, est un facteur positif.

Jean-François Benon. © Jgp

Quel a été l’impact de la pandémie de Covid-19 sur le territoire du Val d’Oise ?

Lors du premier confinement, nous avons subi ce que j’appellerais un effet de sidération. L’arrêt quasiment complet du trafic aérien a entraîné des conséquences immédiates. Pour un département comme le Val d’Oise, le moteur économique que représente les aéroports Roissy Charles de Gaulle et le Bourget est en effet considérable. Cela induit tout une dynamique qui a été brutalement interrompue. En avril 2020, le trafic aérien a ainsi diminué de 98 % par rapport au même mois de 2019 ! Et nous sommes passés de 76,2 millions de passagers en 2019 à 22,3 millions en 2020 (- 70,8 %). Mais il faut rappeler, en même temps, que dans le Val d’Oise, les prêts garantis par l’État (PGE) se sont élevés à 1,7 milliard d’euros et que pas moins de 700 millions d’euros ont été mobilisés au titre de l’activité partielle. Résultat : on observe actuellement un taux de dépôts de bilan des entreprises inférieures de 37 % à celui de la même période en 2019.

Quels sont les secteurs qui ont le plus souffert ?

De nombreux secteurs ont été touchés, comme l’évènementiel, par exemple. Les transporteurs (VTC, taxis, navettes) et les loueurs de véhicules ont aussi beaucoup souffert, dépourvus de clients et certains ont été contraints de cesser leur activité. Dans l’hôtellerie, les dégâts ont été importants avec la fermeture de plusieurs hôtels. Mais les solidarités, nationale et régionale, ont joué à plein et la plupart des entreprises du Val d’Oise avec lesquelles nous sommes en contact sont formelles : elles confirment une reprise de l’activité économique. Le Covid n’a pas eu raison d’elles, loin de là.

En revanche, on observe aujourd’hui une difficulté généralisée pour les entreprises à trouver de la main d’œuvre, quels que soient les domaines. Dans certains secteurs, comme la restauration, certains salariés ont tout simplement décidé de changer de métier.

Qu’en est-il des demandes d’implantation dans le Val d’Oise ?

Nous observons un véritable accroissement du nombre des recherches de sites, dans tous les secteurs. Le foncier devient cependant rare. Nous accompagnons des recherches de terrains ou de bâtiments pour des investissements productifs, sur un rythme soutenu. Et la mobilisation financière inédite des pouvoirs publics a également réveillé des « projets dormants ».

Cela explique la bonne santé économique actuelle selon vous ?

Nous avons réalisé une enquête auprès de 150 entreprises aéronautiques. Au début de la pandémie, elles étaient évidemment très inquiètes et la baisse de leurs plans de charge a été d’une brutalité inouïe. Avec les programmes aéronautiques, toutes ces entreprises disposaient d’une visibilité sur une longue période et, d’un seul coup, elles ne pouvaient pas se projeter au-delà de la semaine suivante ! Nous avons rencontré des dirigeants totalement déconcertés, seuls dans leur bureau au milieu d’ateliers entièrement vides. Avec le recul, ils ont tenu et il faut saluer la capacité de résilience de la filière aéronautique. Certaines de ces entreprises ont basculé des activités vers le ferroviaire ou le médical. De son côté, le secteur du bâtiment, dynamique, est cependant touché par la pénurie et l’explosion du prix des matériaux, sans parler de l’énergie. Dans l’électronique, on constate également une difficulté d’approvisionnement pour les composants.

D’où provient selon vous ce regain d’attractivité ?

A l’est du Val d’Oise, le Grand Roissy, n’est pas n’importe quel territoire. On ne mesure pas toujours assez la visibilité internationale et l’attractivité de ce pôle, entre l’aéroport du Bourget et celui de Roissy. Paris Charles de Gaulle, c’est désormais le plus important aéroport d’Europe, une véritable porte ouverte sur le monde, un « gateway » comme disent les Américains. Et celui de Bourget est aussi le premier aéroport d’affaires européen ! Nous devons être capables, collectivement, de nous appuyer sur l’excellence de ce territoire comme sur les potentialités de tout le Val d’Oise.

Au-delà, il faut être ambitieux : il y a toujours eu une volonté de faire de Paris-Saclay un pôle d’excellence. Pourquoi se priverait-on de revendiquer aussi une excellence à partir des atouts du Val d’Oise, de sa jeunesse, de son pôle universitaire et de ses entreprises ? Autour des aéroports de Singapour et d’Atlanta, par exemple, des pôles d’excellence académique, technologique ou tertiaire ont été installés. À l’étranger, le Val d’Oise n’est évidemment pas forcément identifié spontanément, mais Paris Charles de Gaulle, oui ! C’est une marque de territoire mondialement connue.

Quels sont les domaines d’activité les plus dynamiques ?

Je citerais l’aéronautique, la cosmétique, l’environnement, les systèmes électroniques : sur tous ces domaines, le Val d’Oise est légitime au sein de l’Ile-de-France. La sécurité, sous toutes ses formes (cybersécurité, sécurité physique, sécurité incendie, etc) est en train de devenir une vraie spécificité du territoire. CY Cergy Paris université vient d’ouvrir des formations de pointe en sécurité et nous bénéficions aussi de l’implantation du Campus des métiers et des qualifications sécurité, le seul dédié à ce thème en Ile-de-France. De notre côté, nous suivons avec intérêt le projet de création, par le secteur privé, d’un fonds d’investissement qui pourrait accompagner des entreprises du Val d’Oise dans ce domaine.

Pourquoi le département doit-il, selon vous, capitaliser les expérimentations en cours sur l’aérodrome de Pontoise ?

C’est un site qui accueille désormais un nouveau pôle d’innovation, qui nous parait stratégique : d’ici à la fin de l’année, des entreprises s’y seront installées pour développer des tests pour le fonctionnement des appareils volants électriques (eVTOL) relevant de ce qu’on appelle la mobilité aérienne urbaine (UAM). Cette dynamique, autour de cette véritable filière, n’est pas seulement un phénomène français, mais bien une tendance internationale. C’est donc un écosystème qui va se déployer à partir de l’aérodrome de Pontoise, avec des entreprises nationales et régionales mais aussi nord-américaines, asiatiques et européennes. Elles participeront sur ce site, dans le Val d’Oise, à des expérimentations de haut niveau dans le cadre d’un consortium initié par la région Ile-de-France, le Groupe ADP et la RATP. Il s’agit de soutenir l’émergence de nouvelles technologies et de démonstrations en vue des JOP 2024, avec des compétences industrielles et universitaires. L’intérêt du Val d’Oise, c’est de capitaliser sur cette dynamique.

Le futur taxi volant Volocity présenté le 30 septembre dernier sur l’aérodrome de Pontoise (Val d’Oise). © DR

Pourquoi misez-vous également sur l’hydrogène ?

Le domaine des énergies nouvelles est certainement l’une des autres orientations d’avenir pour le territoire. Groupe ADP a ainsi engagé des réflexions autour de l’hydrogène aéroportuaire, à la fois pour le fonctionnement des avions mais aussi pour tous les véhicules qui sont en service sur l’aéroport Paris CDG. Beaucoup d’options sont ouvertes concernant la fabrication, l’acheminement et l’alimentation par l’hydrogène. Les potentiels en termes d’innovation et de valorisation sont immenses, compte tenu notamment du seul potentiel offert par un tel site aéroportuaire, mais aussi au-delà. Les entreprises et les acteurs académiques et technologiques du Val d’Oise pourront réellement trouver des opportunités dans le cadre de cette stratégie !

L’alimentation du futur pourrait-il structurer un pôle d’activités dans le Triangle de Gonesse ?

L’alimentation et l’agriculture font en effet partie des orientations prioritaires pour ce territoire et, au-delà, pour tout le Val d’Oise. Là aussi, nous devons être à la hauteur du site d’excellence que représente ce territoire : nous n’avons pas le droit à la médiocrité. Si l’on décide de lancer, à partir du projet Agoralim de la Semmaris, une dynamique autour de l’agriculture, de l’alimentation du futur et des circuits courts, il nous semble qu’il faut se fixer l’objectif d’y implanter un véritable pôle d’excellence, de niveau international. C’est une thématique cohérente, ce sont des filières d’avenir, qui touchent aussi les secteurs de la santé, du bien-être, de l’environnement, etc.

En résumé, en matière de marketing, territorial, le Ceevo se positionne, en lien avec les orientations de son conseil d’administration, sur quatre axes pour les actions à déployer : la sécurité, la mobilité aérienne urbaine, l’hydrogène aéroportuaire et l’agriculture/l’alimentation du futur. Sur chacun de ces thèmes, le Val d’Oise est légitime.

Note : le Ceevo est financé à 55 % par la région Ile-de-France, à 25 % par le département du Val d’Oise, à 5 % par les intercommunalités et bénéficie de ressources privées à hauteur de 15 %.

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