Guy Mathiolon – Développeur

Guy Mathiolon, président du groupe Serfim, a permis le développement et la diversification exceptionnelle d’un groupe de travaux publics lyonnais, qui mise sur le Grand Paris et les JO pour poursuivre son irrésistible ascension.

« Je suis un métis », se décrit Guy Mathiolon. Ce qui le distingue des milieux patronaux lyonnais, conservateurs. « Ma grand-mère était une Sicilienne née à Tunis, mon grand-père un Catalan, ma mère une pied-noire née en Kabylie », raconte ce centralien, président du groupe Serfim qui peut se résumer en quelques chiffres : 300 salariés pour un chiffre d’affaires de 7 à 8 millions d’euros en 1983 ; 2 000 salariés et 335 millions de CA en 2017. Quand il reprend Serpollet, au début des années 1980, l’entreprise réalise la totalité de son activité pour le compte d’EDF, pour laquelle elle construit des réseaux électriques. Le groupe œuvre aujourd’hui aussi bien dans l’énergie, l’eau potable, les ouvrages d’art, les travaux subaquatiques ou les infrastructures routières. Serfim groupe est également très actif dans le recyclage et les technologies et c’est lui qui, par exemple, gère les écrans du métro parisien. En 1983, en visionnaire, Guy Mathiolon crée Serpol, désormais leader en France en dépollution industrielle.

Guy Mathiolon. © BarbaraTournaire

L’entreprise rhodanienne qui vient de racheter Bentin, à Aulnay, réalise une large part de son activité en Ile-de-France et compte beaucoup sur les JO de 2024 pour poursuivre son développement. Et sur le Grand Paris en général. « 50 % de chiffre d’affaires français de nos secteurs est réalisé en Ile-de-France », résume l’entrepreneur, avec une voix un rien rocailleuse, une lueur dans le regard, à la fois interrogatif et confiant.

Le chef d’entreprise est un humaniste. « II faut être dur avec les forts et magnanime avec les faibles », dit-il. Son kif ? Boire une bière avec les ouvriers, en fin de journée. « Je suis un enfant de la balle », rappelle-t-il. Son arrière-grand-père possédait une entreprise de location de véhicules de chantier. Son père était conducteur d’engins. « Le soir, à table – c’était avant internet, on se parlait encore – il nous racontait sa journée. J’entendais parler de tractopelles, mais aussi des gens importants, en costard-cravate, qu’il croisait », se souvient l’entrepreneur, un sourire bienveillant vissé aux lèvres. Après un séjour de coopérant à Bamako, où il découvre avec joie la culture africaine, « où les gens sont simples, joyeux, directs, ce qui est rarement le cas en France », dit-il, il aurait pu reprendre la boîte familiale. Mais son oncle redoute que le jeune ingénieur lui fasse de l’ombre. C’est pourquoi il l’oriente vers Serpollet, dont le président Marc Paccalin, cherche un futur repreneur. Il deviendra le principal actionnaire du groupe, par le biais d’un crédit vendeur qui lui permet d’acquérir des actions sans débourser un centime. Un dispositif qu’il a reproduit au sein du groupe Serfim où, chaque année, une nouvelle génération de cadres, choisis par lui, entre au capital.

Actionnaire du Lou olympique

Le secret de sa réussite ? « Savoir choisir les gens, les aider à grandir », résume celui qui est également actionnaire d’un club de rugby, le Lyon olympique universitaire (Lou). Et cravacher dur, accessoirement. « Je n’ai pas pris de vacances pendant dix ans », dit cet ancien président de la chambre de commerce de Lyon. « La France manque d’entreprises de taille intermédiaire », poursuit ce père de trois filles, définissant un patron comme celui qui détient la majorité du capital d’une société, « ce qui n’est, hélas, pas le cas de la plupart des dirigeants du CAC40 ». Son temps libre ? A vélo, au tennis et – surtout – dans son immense maison de campagne, non loin de Morestel, qui fut celle de son grand-père et où il aime cultiver son jardin. Loin des parapheurs et des importuns.

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