E. Grégoire : « Nous souhaitons mettre en œuvre dès cet hiver des règles plus contraignantes que le PLU actuel »

Le premier adjoint d’Anne Hidalgo décrypte pour Le journal du Grand Paris sa lettre de mission au regard de son portefeuille, étendu à l’urbanisme et l’architecture, au Grand Paris et à la relation avec les arrondissements. Favorable au renforcement de l’intégration métropolitaine, Emmanuel Grégoire confirme l’intention de la ville de Paris de mettre en œuvre une orientation d’aménagement et de programmation (OAP) pour imposer des règles plus contraignantes à celles du PLU.

Quelle leçon tirez-vous de la réélection chahutée de Patrick Ollier à la présidence de la métropole du Grand Paris ?

Je trouve cocasse qu’un candidat [Vincent Jeanbrun, ndlr] ait prétendu à la présidence de l’institution dont il disait tant de mal. En revanche, l’engagement métropolitain de Patrick Ollier ne souffre d’aucune ambiguïté. Il est évident que cette métropole est imparfaite, mais j’ai la conviction de son utilité. Aussi, notre mission en tant que conseiller métropolitain consiste à l’améliorer et à corriger ce qui doit l’être, que ce soit sur le plan du fonctionnement, de ses compétences à droit constant, ou de son évolution institutionnelle.

Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo en charge de l’urbanisme et de l’architecture, du Grand Paris et de la relation avec les arrondissements.©Jgp

Faut-il aller plus loin dans l’intégration métropolitaine et accroître la mutualisation des recettes et des investissements ? Si oui, dans quels domaines ?

Dans les domaines qui relèvent des compétences de la métropole, nous sommes favorables à plus d’intégration métropolitaine. Mais cela nécessite probablement une évolution législative, qui reste encore pour l’heure une arlésienne. Ceci dit, dans le cadre actuel, je suis persuadé que nous pouvons aller plus loin. Nous souhaitons que le Scot (schéma de cohérence territoriale) et le PMHH (plan métropolitain de l’habitat et de l’hébergement) soient votés.

Quelles réformes souhaiteriez-vous défendre dans le cadre des assises de la métropole que Patrick Ollier souhaite organiser ?

 Il est prématuré pour moi de formuler un avis sur la réforme institutionnelle. J’entends d’abord le partager avec les membres de mon groupe, puis avec l’exécutif métropolitain. Deuxièmement, il ne serait pas simple d’engager cette réflexion, notamment car certains élus, font parfois preuve d’un réflexe de défense institutionnelle en faveur de leur niveau de collectivité. Je considère que si l’on entre dans le sujet par l’angle de la question institutionnelle, l’échec est assuré. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle la réforme, bien qu’annoncée comme une priorité présidentielle, n’a toujours pas été engagée. Et on voit mal comment elle pourrait l’être d’ici à 2022.

Que préconisez-vous ?

Plutôt que par les institutions, il faut, me semble-t-il, aborder cette question par l’angle des politiques publiques, des thèmes proches des préoccupations des citoyens : le logement, les mobilités, la sécurité, l’égalité territoriale, l’éducation. Il faut que nous réfléchissions aux compétences que devrait porter la métropole. A Paris, nous souhaitons par exemple que la MGP ait davantage de compétences en matière des transports, à l’instar de toutes les autres grandes métropoles françaises, mais aussi de logements. L’État aurait intérêt à fixer les grands objectifs (les contrôler, voire les corriger si besoin) et à donner davantage de responsabilité aux collectivités territoriales pour les atteindre.

Comment vous inscrivez-vous dans l’héritage Jean-Louis Missika, initiateur des « Réinventer Paris » ?

Je m’inscris parfaitement dans son héritage. D’autant que lui-même, au fur et à mesure des Réinventer, a tiré les conséquences des avantages ou des inconvénients de ces appels à projets urbains innovants. Mon rôle désormais consiste à veiller au bon respect des engagements pris par les porteurs de projets. Jean-Louis Missika avait convenu que cette formule ne pouvait pas s’appliquer à tous les cas. Si elle est adaptée aux petits objets urbains, elle l’est peut-être moins aux très grands espaces sur lesquels il y a une forme de dessaisissement des politiques de la fabrique de la ville alors que c’est le cœur de notre mission. Enfin, je continuerais à porter l’idée qu’il est possible de promouvoir d’autres projets innovants sur les sous-sols, sur la destination des bâtiments ou encore la rénovation énergétique des bâtiments. Ce sont des champs sur lesquels nous pensons qu’on peut utilement étendre la méthode des appels à projets urbains.

« La transformation de la Ville va porter en particulier sur la révision du partage de compétences entre la mairie centrale et les arrondissements, avec la commande politique d’une décentralisation beaucoup plus forte qu’aujourd’hui, et de coresponsabilité ». Emmanuel Grégoire. ©Jgp

Comptez-vous contribuer à la rénovation énergétique des bâtiments, point fort du plan de relance ?

Certainement. D’autant plus qu’il s’agit d’une exigence que nous portons dans la durée puisque dans le cadre du Plan climat air énergie territoriale de la ville de Paris, l’un des grands enjeux de la trajectoire zéro carbone à l’horizon 2050, la rénovation du bâti – tant public que privé – est essentielle en termes d’économie d’énergie.

Quelles conséquences aura l’accord conclu avec les Verts dans le cadre des municipales sur les grands projets d’aménagement tels que Montparnasse, Bercy-Charenton ou Ordonner-Poissonnier ?

Tout dépendra de la maturité de chaque projet. Les plus avancés feront peut-être l’objet d’évolutions, d’autres restent à construire et nous les construirons tous ensemble. Sur ces sujets, l’accord avec les Verts est d’abord un accord de méthode. Nous ne sommes pas toujours d’accord, il faut donc remettre en place des concertations, y compris au regard des nouveaux enjeux que nous nous sommes appliqués à nous-mêmes. La candidature d’Anne Hidalgo n’a pas porté sur les mêmes exigences en matière notamment de soutenabilité environnementale et de qualité de vie en 2020 qu’en 2014.

Y a-t-il du nouveau sur le dossier conflictuel de la gare du Nord ?

Nous continuons à discuter, car le dialogue est dans notre état d’esprit. Pour autant, nous confirmons notre désaccord très profond avec ce projet tel qu’il est actuellement et nous maintenons notre position qui est d’explorer toutes les voies politique et juridique, y compris contentieuse, pour l’empêcher, car nous le considérons à ce stade mauvais, notamment du point de vue de son insertion urbaine.

Les travaux sur le PLU bioclimatique ont-ils commencé ? Prévoyez-vous d’engager une orientation d’aménagement et de programmation (OAP) dès cet hiver ?

Tout à fait, nous avons saisi l’autorité environnementale dans ce sens. La révision d’un PLU étant très longue (3 ou 4 ans), nous explorons l’hypothèse d’une OAP afin de pouvoir mettre en œuvre en terme juridique des nouvelles exigences que le PLU actuel ne permet pas. Parmi les enjeux identifiés, figure par exemple la préservation des espaces de pleine terre, ce qui touche à la densification en cœur du lot qui est aujourd’hui permise par le PLU tout en étant encadrée. L’OAP est un moyen pour nous d’imposer quelques règles plus contraignantes en matière de protection de l’environnement là où le PLU actuel nous parait largement insuffisant.

Que répondez-vous aux critiques récentes de la chambre régionale des comptes qui reproche à la Ville, en résumé, un manque d’exigence, notamment financier, vis-à-vis de certains de ses concessionnaires ?

La Cour des comptes n’est pas là pour formuler des compliments, mais pour nous aider à nous améliorer. Je ferai tout d’abord remarquer que le nombre de concessions que gère la ville de Paris approche le millier. Avec un niveau d’expertise salué. J’ajouterai qu’il est toujours facile de juger a posteriori et que je n’étais pas en responsabilité à cette époque. Mais concernant le Parc des expositions de la Porte de Versailles, on se trouve face à un cas assez simple : tous les maires connaissent cela, notamment ceux qui arrivent nouvellement en situation de responsabilité. On se retrouve face à des concessions qui ont des durées pharaoniques, parfois de plusieurs dizaines d’années.

Nous avons souhaité en sortir. Sinon, vous êtes confrontés à des pans entiers de territoires sur lesquels on vous explique que vous n’avez pas la moindre capacité d’action. Ce qui est assez frustrant. A fortiori si l’on veut répondre à des enjeux de transition, de transformation, comme c’est le cas au Parc des expositions. Nous avons donc dû négocier. Et, encore une fois, il est toujours possible d’affirmer, après coup, que l’une des parties a mal négocié. Je rappellerai, enfin, car nos adversaires et la presse en général le mentionnent peu : l’opération de la Porte de Versailles a été validée par l’ensemble des autorités compétentes, de Bercy à la préfecture, dans le cadre du contrôle de légalité. Et nous avons mis en place une transparence inégalée sur ces questions, vis-à-vis de l’ensemble des groupes politiques.

« Dans les domaines qui relèvent des compétences de la métropole, nous sommes favorables à plus d’intégration métropolitaine ». Emmanuel Grégoire, ici invité d’Acteurs du Grand Paris. ©Jgp

Les critiques de la Cour des comptes portent également sur l’AccorHotels Arena ? 

Je rappellerai simplement sur ce dossier qu’en l’occurrence, il s’agit d’une délégation de service public, dont l’attributaire est une SEM de la ville de Paris, sur un schéma monté sous le mandat de Jacques Chirac. Dire que l’on favorise dans ce dossier le privé, sans mentionner que ladite société est une SEM de la ville, je trouve cela un peu fort de café.

Quelles sont vos intentions au titre de la transformation de la Ville, dont vous avez également la charge ? 

La feuille de route est en cours de rédaction, mais cette mission va porter en particulier sur la révision du partage de compétences entre la mairie centrale et les arrondissements, avec la commande politique d’une décentralisation beaucoup plus forte qu’aujourd’hui, et de coresponsabilité, là où de nombreuses mairies d’arrondissements se sentent parfois dessaisies sur un certain nombre de politiques publiques. Nous souhaitons, à droit constant, renforcer sensiblement l’autorité des directeurs généraux des services des mairies d’arrondissement, en lien avec le maire. Il s’agira d’une mise en cohérence, afin qu’un maire d’arrondissement puisse avoir une prise directe avec les services déconcentrés. Enfin, nous souhaitons décentraliser davantage les questions de gestion de l’espace public, d’aménagement, de voiries, de propreté ou de sécurité.

Quels sont les autres enjeux de transformation de la ville ? 

Un second enjeu réside dans la transformation numérique, qui est intimement liée aux sujets de productivité, d’amélioration de la relation avec les usagers. Enfin, le troisième sujet concerne l’innovation, dans le domaine social, dans le pilotage des politiques de gestion de l’espace public, y compris pour améliorer les sujets de programmation et de coordination des travaux.

Redoutez-vous l’impact de la crise sanitaire du printemps sur les finances de la ville de Paris ? 

L’impact sera très fort en 2020, au titre des dépenses supplémentaires, des pertes de recettes et de fiscalité. Nous la chiffrons à 600 millions d’euros, à parts égales entre ces trois postes. Les moindres recettes perçues au titre des droits de mutation par la ville de Paris risquent également d’être importantes. L’impact, certes décalé, sera extrêmement puissant pour les collectivités dont les recettes sont assises sur de la fiscalité économique, les métropoles ou les Régions.

Vous demandez plus d’aide de la part de l’Etat ? 

L’État se montre beaucoup trop frileux dans son accompagnement des collectivités territoriales. L’État se finance en effet par la création de dette de fonctionnement, ce à quoi il est autorisé, contrairement aux collectivités, qui ne peuvent emprunter que pour investir. Cela peut accroître encore l’effet de la crise du Covid. Les collectivités constatant une baisse de leurs capacités d’autofinancement risquent de voir leur capacité d’investissement diminuer drastiquement. C’est ce qui s’était d’ailleurs produit en 2008. Or les investissements des collectivités territoriales sont sans doute les plus utiles à court terme pour soutenir l’emploi. Il s’agit d’investissements, par essence, non délocalisables.

Le gouvernement doit donc, selon nous, consacrer une part de la dette Covid nationale au renforcement des moyens financiers des collectivités territoriales de façon à ce qu’elles puissent maintenir un niveau soutenu d’investissements. Le besoin de financement des collectivités liés à la crise Covid est estimé entre 10 et 20 milliards d’euros.

Propos recueillis par Fabienne Proux et Jacques Paquier

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