Déconfinement en Ile-de-France : les scénarios de l’Inserm

Les chercheurs de l’Inserm et de l’Orange experience design lab de Châtillon évaluent différents scénarios de déconfinement en Ile-de-France dans une étude rendue publique le 12 avril 2020. « Le nombre de places en soins intensifs serait de 40 fois supérieur aux capacités si aucune stratégie de déconfinement n’est mise en place », indique cette étude, qui préconise de ne pas rouvrir les écoles.

« Lever le confinement sans stratégie de sortie conduirait à une deuxième vague de l’épidémie qui submergerait largement le système de santé », estiment les chercheurs de l’Inserm (Institut Pierre Louis, université de la Sorbonne) et de l’Orange experience design lab de Châtillon, dans une étude parue le 12 avril (*). Chiffres à l’appui. « Le nombre de places en soins intensifs serait de 40 fois supérieur aux capacités si aucune stratégie de déconfinement n’est mise en place », indiquent ses auteurs.

L’étude teste différents scénarios, avec une levée du confinement fin avril, fin mai et fin juin. © Jgp

Alors que la France fait face à la première vague de la pandémie de Covid-19 en confinement, des formes intensives de distanciation sociale seront nécessaires dans les mois à venir compte tenu du faible taux de contamination, estimé entre 1 et 6 % de la population francilienne à la date du 5 avril 2020, ajoutent-ils. Une recherche approfondie des cas et l’isolement permettraient de réduire la pression économique causée par des mesures extrêmes, tout en évitant que la demande de soins de santé ne dépasse les capacités. « La planification de la réponse doit de toute urgence donner la priorité à la logistique », estime également cette étude.

Assouplissement progressif

« Une recherche approfondie des cas, des tests et de l’isolement est donc nécessaire pour envisager des stratégies de distanciation sociale qui assouplissent progressivement les contraintes actuelles (retour au travail d’une plus grande partie des individus, réouverture progressive des activités), tout en gardant les écoles fermées et les personnes âgées isolées », poursuivent les scientifiques.

L’étude teste différents scénarios, avec une levée du confinement fin avril, fin mai et fin juin, combinée avec différents schémas de déconfinement partiel, en retenant un nombre de places disponibles en soins intensifs de 2 500 en Ile-de-France et un taux de reproduction de trois, ramené à un compte tenu du confinement, qui réduit de 80 % le nombre de contacts.

« La mise en œuvre d’un dépistage intensif des cas ainsi qu’une poursuite partielle de la distanciation sociale permettraient de lever le confinement en mai, en restant en dessous des capacités maximales d’accueil en unité de soins intensifs tout au long de l’épidémie, indique l’étude. La réduction rapide de la pression sur le système de santé nécessite toutefois des interventions strictes avec un traçage très efficace pendant le premier mois suivant le verrouillage », considère-t-on également.

La mise en œuvre d’un dépistage intensif des cas ainsi qu’une poursuite partielle de la distanciation sociale permettraient de lever le confinement en mai, en restant en dessous des capacités maximales d’accueils en unité de soins intensifs tout au long de l’épidémie, indique l’étude.© Jgp

« À moyen et long termes, des interventions de distanciation sociale d’intensité différente peuvent être maintenues, en fonction de la capacité de test et d’isolement, indiquent les chercheurs. Par exemple, un confinement et des mesures de distanciation sociale stricts seront nécessaires si seulement 25 % des cas de contamination sont rapidement identifiés et isolés. Le dispositif pourra être plus modéré si cette capacité est augmentée pour atteindre un dépistage de 50 % des cas », jugent les scientifiques.

Ces deux scénarios prévoient cependant l’occupation de plus de 1 000 lits en soins intensifs pendant plusieurs mois, au-delà de l’été. La levée du verrouillage un mois plus tard, soit en juin permettrait d’obtenir une réduction en dessous de 1 000 lits occupés probablement dès juin, indiquent également les chercheurs, qui indiquent que tous ces scénarios prévoient cependant que les écoles sont fermées et que les personnes âgées restent isolées.

Des dispositifs stricts et doux alternés

« Il serait possible d’assouplir davantage les contraintes de distanciation sociale (par exemple en permettant à une plus grande proportion d’individus de se rendre au travail et en permettant la réouverture complète des activités) en passant progressivement par des niveaux décroissants d’intensité du confinement tout en maintenant un traçage très efficace, relève l’étude. Les dispositifs stricts et doux peuvent être alternés chaque mois si la capacité de dépistage et d’isolement des cas est modérément élevée. »

La mise en œuvre de mesures extrêmes de distanciation sociale, y compris des restrictions de mobilité, l’interdiction des rassemblements de masse, la fermeture des écoles et des activités professionnelles, l’isolement et la quarantaine, ont permis de contrôler les premières vagues de la pandémie de Covid-19 en Chine, rappelle l’étude. « Cette couverture exceptionnelle et ce degré d’intervention intensif couplée à une application stricte peut être la clé du résultat, indiquent les chercheurs. Savoir comment cela se passera en Europe demeure encore incertain », poursuivent-ils.

Les chercheurs utilisent un modèle mathématique par âge pour évaluer la situation de la pandémie actuelle de Covid-19, évaluer l’impact attendu du confinement mis en place au niveau national le 17 mars 2020, et estimer l’efficacité des stratégies de sortie possibles. Le modèle est appliqué à l’Ile-de-France (aujourd’hui fortement touchée par l’épidémie), il est piloté et calibré sur les données d’admission à l’hôpital pour la région.

 

Consultez l’étude 

* “Expected impact of lockdown in Ile-de-France and possible exit strategies” Report #9 de Laura Di Domenico (1) , Giulia Pullano (1 et 2), Chiara E. Sabbatini (1), Pierre-Yves Boëlle (1), Vittoria Colizza (1).

1 Inserm, Sorbonne Université, Pierre Louis Institute of epidemiology and public health, Paris, France.

2 Sociology and economics of networks and services lab at Orange experience design lab (Sense/XDLab) Châtillon, Paris, France.

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