Le nouveau Vélib’ en 10 questions

Marie-Pierre de la Gontrie, présidente du syndicat Autolib’ et Vélib’ métropole, et les quatre membres du consortium Smoovengo, lauréat de l’appel d’offres du nouveau Vélib’, présentaient mercredi 10 mai 2017 les contours du futur service. Et répondaient aux multiples questions que pose cette transition.

1/ A quoi ressembleront les nouveaux Vélib’ ?

Il faudra patienter encore un peu pour essayer les nouveaux Vélib’. Smoovengo a promis une démonstration pour l’été. Les élus du Grand Paris auront sans doute un peu plus de chance puisque Smoovengo va lancer d’ici juin « un Vélib’ Tour », qui permettra aux communes intéressées d’essayer le matériel pour mieux savoir à quoi elles s’engagent.

Il faudra patienter encore un peu pour essayer les nouveaux Vélib. © DR

Le design des futurs vélos est cependant connu (voir photos). Qu’ils soient mécaniques ou à assistance électrique (VAE) – 30 % du parc -, les vélos partageront la même structure : il suffira à Smoovengo de changer la roue avant d’un vélo mécanique et d’insérer une batterie dans le cadre pour le transformer un VAE. Un VAE qui, promet le groupement, adaptera son assistance électrique à l’utilisateur.

80 % de la valeur ajoutée des Vélib’ est réalisée en France, a assuré le consortium. Le cadre, les batteries, les moteurs sont certes importés. Mais l’électronique, la fonderie, l’assemblage, etc. sont réalisés dans des entreprises françaises, notamment dans le Rhône, en Savoie, mais aussi près de Nantes et en Vendée.

2/ En quoi le futur service se distinguera-t-il du précédent ?

  • Outre la présence de VAE, le futur Vélib’ ne nécessitera pas obligatoirement l’usage des bornes interactives (« totems ») pour les non-abonnés. En effet, l’usager pourra s’inscrire via son smartphone. Le paiement par solution bancaire (CB) sera cependant conservé dans 60 % des stations.
  • Autre différence : la Smoovebox.  Placée sur le guidon, elle contient l’intelligence du système. Elle permet de verrouiller ou de déverrouiller les vélos, mais aussi d’appairer les smartphones via Bluetooth : ces derniers peuvent en effet, tout comme la carte Navigo ou des tickets unitaires, valider la location. Mais ainsi appairés, ils pourront également servir au guidage du cycliste dans Paris, les indications apparaissant sur l’écran du vélo. Il sera même possible de recharger son smartphone sur les VAE.

La Smoovebox, placée sur le guidon, contient l’intelligence du système. © DR

  • La sécurité : un cadenas, mais aussi un neiman : le futur matériel doit être plus protégé que l’actuel. Le consortium compte cependant sur 15 % de vandalisme…
  • Il sera possible de rendre son Vélib’ même lorsqu’une station semble totalement remplie. Il suffira de le garer en marche arrière, de l’attacher à un autre via le cadenas, et la Smoovebox clôturera la location.
  • enfin, des stations éphémères, autoportantes, pourront être installées lors d’événements spéciaux.

3/ Combien coûtera le service ?

Certainement plus cher, mais rien n’est encore décidé. Les tarifs ne dépendent en effet pas de Smoovengo, mais du syndicat Vélib’ Autolib’ métropole qui délibèrera sur le sujet cet automne. Quelques lignes directrices ont cependant été précisées le 10 mai :

  • les abonnements actuels seront repris et honorés par Smoovengo. Les données de facturation (caution et autorisations de prélèvement) en revanche ne seront pas transmises au nouveau consortium. Smoovengo devra donc demander aux abonnés un moyen de cautionnement (autorisation de prélèvement ou carte bancaire). Les 300 000 abonnés actuels seront contactés en temps et en heure.
  • le futur Vélib proposera vraisemblablement trois formules d’abonnement longue durée : pour les vélos mécaniques, pour les vélos électriques et pour un usage ponctuel (offre « liberté » à zéro euro).
Marie-Pierre de la Gontrie

Marie-Pierre de la Gontrie, présidente du syndicat Vélib’ métropole, lors de l’annonce des lauréats du nouveau marché. © JGP

  • des tarifs sociaux seront également proposés. Il est cependant vraisemblable que, moyennant un surcoût, l’abonnement « mécanique » permettra ponctuellement d’emprunter un VAE.
  • les offres courte durée seront maintenues et l’on pourra acheter des carnets de dix tickets.
  • les stations bonus (qui permettent de pédaler 45 minutes, et non 30, sans frais) seront maintenues.
  • la carte Navigo pourra toujours servir à l’abonnement.
  • le niveau des tarifs sera vraisemblablement supérieur aux 29 euros d’abonnement actuels, un tarif, a rappelé Marie-Pierre de la Gontrie, inchangé depuis dix ans. Et bien sûr plus élevé pour les VAE que pour les vélos mécaniques. « Cependant, a précisé l’élue, Vélib’ est un service public. Nous souhaitons que son succès ne se démentent pas. » L’augmentation des tarifs pourrait donc être progressive.

4/ Quand pourra-t-on utiliser les futurs Vélib’ ?

Au 1er janvier 2018. Dès octobre, le démontage des stations Vélib actuelles commencera, et chaque station démontée sera remplacée par une nouvelle station. La moitié des stations sera ainsi remplacée au 1er janvier, le reste l’étant à la fin du premier trimestre 2018. Mais le nouveau service ne sera activé qu’au 1er janvier 2018.

5/ Où pourra-t-on trouver des Vélib’ ?

Le marché du Vélib’ actuel avait été conclu par la ville de Paris en 2007, puis étendu à 30 communes dans un rayon de 1,5 km des portes de la Capitale. Le nouveau service sera métropolitain et ouvert à tous les communes qui seront intéressées, et prêtes à contribuer.

Les nouveaux Vélib seront jaunes, verts, bleus. © Jgp

Celles qui souhaitent héberger des stations dès 2018 doivent s’engager avant le 30 Juin prochain. Le syndicat Vélib’ Autolib’ métropole a organisé le 10 mai une réunion avec les directeurs généraux des services des communes intéressées. Ils étaient une soixantaine.

6/ Que deviendront les 20 000 Vélibs actuels ?

Ils appartiennent à JCDecaux qui pourra, éventuellement, les réutiliser dans d’autres villes où il opère un service similaire.

7/ Que deviendront les personnels en charge du service Vélib actuel ?

« Nous regrettons que JCDecaux n’ait pas anticipé la fin de son contrat », a noté Marie-Pierre de la Gontrie. Une partie des quelque 300 salariés devraient cependant être reclassés par l’entreprise. Quant à Smoovengo, il a promis de leur donner la priorité dans ses recrutements. « Le projet a normalement vocation à être plus important que celui qui s’achève. Nous ne prévoyons donc pas de fonctionner avec moins d’employés », a précisé Yann Marteil, directeur général délégué de Mobivia, l’un des quatre actionnaires de Smoovengo. Le consortium prévoit aussi de travailler avec du personnel en insertion et en atelier protégé.

8/ Que coûtera le service aux collectivités ? 

Le marché signé avec Smoovengo atteint entre 600 et 700 millions d’euros pour les 15 années du contrat, le montant définitif dépendant de l’ampleur prise par le service : il comptera au minimum 12 000 et au maximum 16 000 stations. Les recettes provenant des usagers devraient couvrir environ 30 à 40 % des coûts, une proportion à ajuster selon la grille tarifaire retenue et le succès du service.

Le reste sera à la charge des communes adhérentes qui paieront chaque année en fonction du nombre de stations qu’elles abritent. La métropole du Grand Paris ayant promis de financer le service à hauteur de 4 millions d’euros par an et Paris ayant décidé de payer seule ses stations, le coût sera d’environ 10 000 euros par an et par station en banlieue et 20 000 euros à Paris.

Smoovengo reversera les recettes d’exploitation au syndicat, et percevra un petit intéressement en fonction du succès du service. Eventuellement, il pourra organiser des opérations de parrainage ou de sponsoring sur les stations. Des pénalités financières sont en revanche prévues si la qualité du service n’est pas au rendez-vous sur certains critères opérationnels.

9/ Qui opérera le service ?

Smoovengo est constitué de quatre entreprises : Smoove tout d’abord. Cette PME de Montpellier, créée en 2008, compte désormais une quarantaine de personnes et a dégagé en 2016 un chiffre d’affaires de neuf millions d’euros. Elle opère des services de vélos en libre service dans plusieurs villes françaises, mais aussi à Moscou, Helsinki, Vancouver, etc.

Depuis deux ans, elle compte dans son actionnariat la société Mobivia, autre partenaire de Smoovengo. Entreprise familiale du Nord, propriétaire de Norauto et Midas, elle a également depuis quelques années investi dans des start-up spécialistes de la mobilité, comme Heetch, Drivy et, tout récemment, Swiftly. Le groupe est aussi l’un des premiers vendeurs européens de VAE. « Nous savons donc concevoir et gérer la production de dizaines de milliers de VAE par an », a assuré Yann Marteil, son directeur général délégué.

Indigo, leader des parkings en structure, est le troisième partenaire de Smoovengo. Il apporte notamment son expérience des relations avec les élus, et son savoir-faire financier et juridique. Certains de ses parkings franciliens pourront également être utilisés pour la bonne gestion du service (stockage de proximité, etc.).

Enfin, Smoovengo s’est allié au spécialiste catalan des transports publics Moventia. Opérateur de tramways, de bus et de cars, il s’intéresse aux VLS et opère déjà avec Smoove le service d’Helsinki. Il contribuera notamment à l’exploitation du service Vélib’.

10/ JCDecaux peut-il encore contester l’attribution du marché ?

JCDecaux, opérateur du Vélib’ actuel et mandataire du consortium perdant, avait déposé un recours précontractuel devant le tribunal administratif mais a été débouté. Un recours éventuel devant le Conseil d’Etat n’est pas suspensif, a affirmé Marie-Pierre de la Gontrie, qui a assuré n’avoir, pour l’instant, pas été notifiée d’une telle action.

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