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Subvention des associations à Paris : la droite dénonce un « système opaque et clientéliste »

Le groupe Changer Paris utilise sa "niche" au Conseil de Paris, le 4 juin, pour porter une délibération au vitriol en matière de financement du tissu associatif, et formuler 10 propositions. La majorité municipale conteste ces accusations.

« Dans une ville criblée de dettes [où] chaque euro compte », selon le groupe d’opposition Changer Paris, le soutien municipal aux associations parisiennes redevient un objet de controverse à l’approche des élections municipales. Lors du Conseil de Paris du 3 au 6 juin, il échoit aux amis de Rachida Dati – maire du 7e arrondissement, ministre de la Culture et candidate en 2026 – d’occuper la « niche » qui permet à chaque groupe à tour de rôle, de la majorité comme de l’opposition, de porter une délibération. Celle-ci sera examinée le 4 juin. Elle formule 10 propositions.

Rudolphe Granier, dans l’hémicycle du Conseil de Paris. © Jgp

Changer Paris a donc choisi de s’attaquer au financement du tissu associatif parisien, jugé « dispendieux », « opaque » et « clientéliste ». « En 2023, la Ville a voté 6 540 dossiers de subventions à 2 795 associations pour un montant total de 271 millions d’euros », pose David Alphand, vice-président du groupe, qui compare ce « saupoudrage » à un « arrosoir dont on ne contrôle pas le débit ». L’élu LR du 16e arrondissement dénonce « un système de vassalisation des associations parisiennes, en d’autres termes une culture du clientélisme », et réclame une « évaluation ».

Le conseiller de Paris Rudolph Granier (LR) s’est plongé dans le maquis des subventions, d’où il a exhumé plusieurs exemples illustrant, selon lui, trois dérives : un « manque de transparence », des « projets déconnectés des réalités des Parisiens » et du « copinage ». « Nous avons besoin, en tant qu’élus, de délibérer de manière éclairée, argue l’élu du 18e. Or, ces subventions nous arrivent par paquets, et non individuellement. Parfois, il y a 170 associations dans la même délibération ! »

« Créer un Comité de suivi de la politique associative »

Le groupe Changer Paris suggère – ce sont ses deux premières propositions – de « créer un Comité de suivi de la politique associative », qui « examinera de façon plus détaillée et débattra des subventions en amont » , et de lancer « un audit systématique des associations les plus subventionnées ».

S’appuyant sur plusieurs exemples précis, les élus de droite esquissent une cartographie de ce qu’ils considèrent comme des « conflits d’intérêts » : l’association Wimoov, présidée jusqu’en 2023 par un élu de la majorité (Frédéric Badina-Serpette) ; La Petite Rockette fondée par une conseillère de Paris siégeant dans le groupe d’Anne Hidalgo (Delphine Terlizzi) ; la structure J’accueille-Singa France, dirigée par l’ancien ministre Benoît Hamon et candidat PS à la présidentielle en 2017…

L’aide à SOS Méditerranée contestée

A cela s’ajoute une remise en cause de la pertinence de certaines subventions. Des projets à portée internationale, comme ceux menés par SOS Méditerranée – qui agit pour mettre fin aux naufrages de bateaux de migrants – ou le réseau Mythic – sur les musiques du monde – sont jugés éloignés des préoccupations quotidiennes des Parisiens. Les proches de Rachida Dati appellent à recentrer l’action municipale sur les besoins locaux. Parmi leurs 10 propositions : un plafonnement des aides versées à des projets hors du territoire parisien.

D’autres propositions visent à distinguer clairement missions de service public et actions associatives, critiquant une forme d’ »externalisation » non assumée. La structure Aurore, par exemple, soutenue à hauteur de 36 millions d’euros depuis 2014, est ainsi présentée comme un quasi-opérateur de la Ville, en matière de maraudes et de distributions alimentaires aux sans-abris. Idem pour Gaïa, qui œuvre auprès des usagers de drogue, ou de la Ligue de l’Enseignement, qui gère le temps périscolaire dans les écoles. « Des missions que la Ville devrait remplir elle-même. »

Derrière ce réquisitoire, c’est bien une lecture idéologique de la politique associative parisienne qui s’exprime. David Alphand et Rudolph Granier évoquent des fresques murales « pro-Nupes », des soirées de soutien à des partis de gauche, des activités en « non-mixité choisie », ou encore des associations « prônant la désobéissance civile » ou « remettant en cause la laïcité ».

Une « fixette » de la droite

De son côté, l’exécutif municipal se désole de cette « fixette » de la droite, qui « fait naître le soupçon non pas sur la mairie mais sur les associations elles-mêmes ». Patrick Bloche (PS), le premier adjoint d’Anne Hidalgo, conteste tous les griefs, à commencer par le supposé manque de transparence. « Pour toute subvention, il y a un travail préalable de l’administration, soupire-t-il. Tout élu peut y avoir accès et interroger l’exécutif. En réalité, c’est une question politique. Prenez SOS Méditerranée : ils sont contre, c’est normal, ils sont de droite ; on est pour, c’est normal, on est de gauche. »

Quant à l’accusation de « clientélisme », Patrick Bloche s’emporte : « Ces pratiques sont celles d’un autre temps à Paris. En 2001, Bertrand Delanoë a redonné son honneur à cette ville. Si j’étais à leur place, je me ferais plus discret sur le sujet. On peut faire un petit rappel historique… » Le débat promet d’être houleux dans l’hémicycle du Conseil de Paris.