Le journal du Grand Paris – L'actualité du développement de l'Ile-de-France

Tribune – Alexandre Missoffe (PCE) : « Bonne année Grand Paris ! »

Le directeur général de Paris-Ile de France Capitale Economique, Alexandre Missoffe, rappelle "combien il est essentiel que le Grand Paris ne perde jamais, avec l’idéal qu’il porte, la force qui le conduit".

Chaque passage à l’année nouvelle suit un rituel bien établi, entre rétrospective de l’an passé et projection dans l’an nouveau que l’on souhaite heureux. Faisant l’exercice pour le Grand Paris, la partie rétrospective ne laisse de surprendre. On pourrait remonter depuis Bonaparte un long chapelet de vœux inaccomplis appelant un Grand Paris, tant il semble que la marche des deux derniers siècles n’est, en définitive, qu’une longue errance vers cette évidence. Sans même remonter à Haussmann ou Rambuteau, on trouve maints signaux de cette gestation du Grand Paris, si nécessaire et si difficile à la fois.

Alexandre Missoffe. © JGP

En décembre 1910, Louis Dausset écrivait dans le rapport général de la ville de Paris : « Les communes suburbaines font en réalité corps avec Paris dont elles ne sont séparées que par le mur, le fossé d’enceinte et la zone appelés à disparaître dans un avenir que nous espérons très prochain. Ces agglomérations juxtaposées à la capitale constitueront alors une sorte de plus grand Paris formant un tout qui ne devra comporter aucune partie disparate et ayant les mêmes intérêts au point de vue de la circulation, de l’hygiène et de l’esthétique. »

La finance, nerf de l’urbanisme

Ce vœu que formait, à l’orée de l’année 1911, l’ancien président du Conseil de Paris, nous pourrions le formuler à nouveau un siècle plus tard. En 1965, Paul Delouvrier introduit ainsi le schéma directeur de la région parisienne : « C’est par les investissements d’infrastructure que le destin d’une ville est déterminé. Rien ne servirait que les urbanistes voient grand, si ingénieurs et financiers réalisent petit. La finance, nerf de l’urbanisme, doit jouer sa partie dans le concert de décisions sans lesquelles Paris ne serait plus que la cité du temps perdu et de la beauté passée. »

Cet appel que lançait, à l’aube de l’année 1965, le délégué général au district de Paris, nous pourrions le reprendre en écho à un demi-siècle d’écart… et on pourrait prolonger la litanie de ces vœux passés, avortés ou inaboutis, d’un Grand Paris qu’il appartient maintenant à notre génération de relever. Car si l’exemple des anciens doit nous enseigner quelque chose, c’est combien il est essentiel que le Grand Paris ne perde jamais, avec l’idéal qu’il porte, la force qui le conduit.

Les débats et les avis contradictoires des derniers temps, tant sur la gouvernance que sur le réseau de transport, pour utiles qu’ils soient, ont eu comme conséquence collatérale de ramener le projet du Grand Paris à une arithmétique désincarnée de kilomètres de rails et d’hectares de foncier, de couches de millefeuille, et de périmètres comparés.

S’il faut souhaiter quelque chose au Grand Paris en 2018, c’est de ne pas perdre de vue l’idéal qui l’anime. Dans la présentation du projet de loi sur le Grand Paris au Parlement en 2010, le ministre d’alors citait Faulkner : « La sagesse suprême est d’avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre du regard tandis qu’on les poursuit. » Puisse cette maxime guider les décisions prochaines du gouvernement.

Le Grand Paris ne peut se réduire à élaguer des institutions trop complexes ou raboter des projets de transport trop chers ! Le Grand Paris, c’est le projet d’un pays qui croit en ses chances, qui mise sur ses atouts, qui investit sur lui-même et ose enfin un modèle de compétitivité qui ne soit pas d’imitation mais puise dans son histoire et ses talents.

Le Grand Paris ne peut se réduire à élaguer des institutions trop complexes ou raboter des projets de transport trop chers !

Le Grand Paris, c’est un projet qui fait dialoguer le cluster de la ville durable et celui de l’aéronautique, le territoire de la création et celui des biotechs, les sièges des grands groupes mondiaux et les incubateurs de start-up.

Le Grand Paris, c’est un projet qui ouvre, qui élargit, qui affirme que la finance est plus riche de côtoyer la recherche, que la recherche est plus forte lorsqu’elle s’appuie sur l’artisanat d’exception, que l’artisanat est le compagnon indispensable de l’industrie et que l’industrie a besoin de la création pour trouver des marchés… et de tous ces échanges, le chemin le plus court de l’un à l’autre, ce n’est pas la ligne droite, c’est la ligne de métro.

Le Grand Paris, enfin, est une réponse forcément collective. Car, à quoi bon souligner l’excellence de quelques pôles s’ils ne sont que des oasis encloses dans un environnement aride ? A quoi bon célébrer l’art de vivre chez nous si, dans le même temps, nos quartiers s’embrasent ? A quoi bon afficher le plus grand nombre d’emplois très qualifiés parmi les métropoles européennes, si on ne sait pas reconnaître la contribution des autres emplois à l’attractivité du Grand Paris ?

Alors, que souhaiter au Grand Paris pour 2018 sinon de retrouver une ambition claire et partagée ! Souhaitons-lui, avec Faulkner, de ne pas perdre le but en chemin. Souhaitons-lui de voir l’Etat indiquer avec détermination et force le cap de ce projet d’intérêt national. Et paraphrasant Les mémoires de guerre du général de Gaulle, ouvrage posé sur le bureau du président de la République pour la photo officielle : vers le Grand Paris compliqué, voler avec des idées simples. Sans oublier la fin de la citation qui lui donne tout son sens : « Car au milieu de facteurs enchevêtrés une partie essentielle s’y jouait. Il fallait donc en être. » ■