La ville de Paris a adopté lors du dernier conseil un vœu systématisant la réalisation de diagnostics d'usage préalables à tout aménagement urbain. Les élus parisiens s'inquiètent de la montée d'un masculinisme dans le sillon de celle d'une extrême-droite réactionnaire.
Le vœu adopté la semaine dernière en conseil de Paris poursuit un double objectif : systématiser les diagnostics d’usage préalables à tout aménagement dans l’espace public ; et s’assurer que ces derniers, réalisés dans le cadre d’une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage, soient bel et bien suivis d’effets. Ce qui n’est pas toujours le cas jusqu’à présent. Paris se veut, on le sait, à la pointe du combat féministe. Ses élus s’inquiètent de la montée d’une pensée masculiniste, dans le sillage de celle de l’extrême-droite, renforçant ces risques et visant à décrédibiliser ou supprimer les politiques mises en place sur le sujet.
68 % des Franciliennes âgées de 20 à 25 ans déclarent avoir déjà été victimes de harcèlement, de violences sexistes et sexuelles dans l’espace public, rappelle le vœu adopté. La municipalité vient de désigner, au côté de Barbara Gomes, adjointe (PCF) à l’égalité femmes-hommes, Gabrielle Siry-Houari (PS) comme conseillère déléguée à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Kiosque de police de proximité, élargissement des trottoirs, organisation des cheminements piétons, les interventions résultant de ces diagnostics peuvent prendre diverses formes. « 52 % des Parisiens sont des Parisiennes, pourtant, l’espace public n’a pas été pensé ni pour les femmes, ni par des femmes, ceci expliquant sans doute cela », résume Barbara Gomes. « Les transports en commun, les abords des gares et stations de métro, les parkings, les espaces peu éclairés et les zones insuffisamment aménagées constituent des lieux particulièrement marqués par le sentiment d’insécurité pour les femmes », indique le vœu adopté.
Gabrielle Siry-Houari évoque « l’accaparement par des hommes des équipements sportifs libres installés dans les parcs et jardins, et le sentiment d’illégitimité qu’éprouvent les femmes à y accéder ».
Les associations féministes reçues
« Nous souhaitons également mettre en œuvre des campagnes de sensibilisation, autant à l’intention des auteurs potentiels de délits que des victimes », indique le conseillère déléguée à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. L’élue cite l’exemple de campagnes menées à Londres ou Bruxelles, étudiées en l’espèce par Paris. Elle insiste sur la nécessité de favoriser une prise de conscience du caractère délictuel et pénalement répréhensible de faits de harcèlement, ou d’agressions verbales, et pas seulement des faits de viols ou d’agressions sexuelles.
Le 21 mai, le Centre d’information sur le droit des femmes et des familles (CIDFF) et plusieurs associations féministes, (À places égales, Sine qua non, Osez le féminisme ou le collectif féministe contre le viol) ont été reçus à l’hôtel de ville par les deux élues pour une première rencontre à ce sujet. D’autres rendez-vous sont en préparation.
« Nous souhaitons faire de Paris une ville féministe, par l’éducation, par l’aménagement public, par un certain nombre d’actions qui sont entre nos mains », résume Barbara Gomes. « En donnant des moyens aux associations féministes, en luttant concrètement contre les violences dans l’espace public, sur internet, dans l’espace domestique, au travail, partout, mais aussi en se donnant les moyens pour lutter contre ces discours masculinistes. » Cette démarche ne se limite pas aux femmes : « l’espace public n’est pas vécu de la même manière par tout le monde, et que les femmes, les hommes, les personnes racisées ou LGBTQIA+ n’ont ni les mêmes usages, ni le même sentiment de sécurité, ni la même capacité à s’approprier la ville et ses équipements », indique le vœu adopté.