Le préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris, vient d’activer le plan grand froid dans la Capitale, alors que des températures négatives mettent en danger les personnes en situation de rue, dont de nombreux migrants. Emmanuel Grégoire, chef de file de la gauche pour les prochaines municipales, ou Ian Brossat, sénateur PCF de Paris, dénoncent une situation inacceptable, et demandent des mesures supplémentaires de mise à l’abri. Le journal du Grand Paris est allé à la rencontre des personnes concernées.
Alors que des élus de gauche, tels qu’Emmanuel Grégoire, candidat à la mairie de Paris ou Ian Brossat, sénateur communiste, le réclamaient depuis plusieurs jours, le plan grand froid a été activé ce dimanche après-midi par le préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris Marc Guillaume.
« Ce plan peut être déclenché lorsque Météo-France place un territoire en vigilance jaune, c’est-à-dire lorsque les températures ressenties sont de –5 ° C la nuit et négatives le jour pendant trois jours consécutifs », indiquent les services de l’État. L’activation de ce plan permet d’élargir les horaires d’ouverture des centres d’hébergement d’urgence, d’ouvrir de nouvelles places et de multiplier les maraudes.
Sans attendre l’activation de ce plan, l’État avait réquisitionné des bâtiments, à l’image du gymnase des Patriarches, dans le 6ᵉ arrondissement de Paris, afin d’y accueillir, avec l’association Alteralia, des migrants mineurs en situation de rue. Une mesure aussitôt dénoncée par l’ancien premier ministre Michel Barnier, désormais député de la 2ᵉ circonscription de Paris, qui a fustigé « une prise en otage des associations sportives ».
Migrants sans-abri se réchauffant autour d’un brasero, à Stalingrad, dans le 19e arrondissement de Paris, dimanche 28 décembre 2025. © Jgp
Des propos jugés « monstrueux » par le sénateur communiste de Paris Ian Brossat : « On parle de jeunes vulnérables qui étaient à la rue depuis des semaines. L’État, en lien avec la Ville de Paris, a fini par réquisitionner ce gymnase. Voir un ancien premier ministre, désormais député de la circonscription, se rendre devant un gymnase pour protester contre sa réquisition à des fins d’hébergement est profondément choquant, estime l’élu. C’est par ailleurs ridicule, parce qu’il renvoie la faute à la Ville de Paris alors même qu’il s’agit d’une responsabilité de l’État et du gouvernement qu’il soutient par ailleurs », ajoute-t-il (lire l’interview de Ian Brossat à ce sujet).
Des migrants en situation de blocage
« Paris, qui pallie les carences de l’État sur un public relevant de sa responsabilité, ne peut plus être seul en première ligne face au nombre de logements vacants depuis plus de cinq ans », estime pour sa part Emmanuel Grégoire. Le chef de file de la gauche pour les prochaines municipales à Paris « demande solennellement à l’État d’organiser la réquisition de ces logements vides. Il en va de même pour les bâtiments publics inoccupés : l’ancien hôpital du Val-de-Grâce, propriété de l’État, illustre de manière flagrante ce paradoxe. Chaque lit, chaque salle chauffée, chaque bâtiment disponible doit être immédiatement mobilisé », ajoute l’ancien premier adjoint de la maire de Paris. L’élu milite également pour un rééquilibrage territorial, les places d’hébergement se concentrant dans les arrondissements de l’est et du nord de Paris.
Le long du port de l’Arsenal ou à Stalingrad, les personnes en situation de rue, migrants pour la plupart, racontent des histoires similaires, aboutissant à des situations de blocage. Ainsi, deux trentenaires originaires d’Afrique du Nord ont vu leur situation se dégrader au cours des derniers mois. Arrivés en France depuis plusieurs années, ils y avaient trouvé un travail, dans le bâtiment, ainsi qu’un logement. Mais la faiblesse du nombre de jours travaillés, qui se sont amenuisés ces derniers temps – cinq par mois, payés 70 euros – pour un loyer mensuel de 600 euros, les a conduits à la rue.
Le long du port de l’Arsenal ou à Stalingrad, les personnes en situation de rue, migrants pour la plupart, racontent des histoires similaires, aboutissant à des situations de blocage. © Jgp
Deux trentenaires originaires d’Afrique du Nord ont vu leur situation se dégrader au cours des derniers mois. © Jgp
À Stalingrad, d’autres migrants, originaires d’Éthiopie ou d’Érythrée, décrivent leur itinéraire, passé notamment par l’Allemagne, raconte l’un d’eux. © Jgp
Sur les quais de Seine, face à l’île de la Cité, quatre jeunes originaires de Guinée-Bissau indiquent attendre l’issue du recours qu’ils ont formé après le refus des services de Seine-Saint-Denis de reconnaître leur minorité. Tous confient leur grande lassitude. À Stalingrad, d’autres migrants, originaires d’Éthiopie ou d’Érythrée, décrivent leur itinéraire, passé notamment par l’Allemagne, raconte l’un d’eux. Ce dernier, muni de papiers en règle, avait décroché un emploi de magasinier chez Amazon et projetait d’accueillir sa compagne, restée au pays. Mais le refus de l’administration allemande de lui renouveler son titre de séjour l’a conduit à quitter le pays pour la France, où il est sans travail ni ressource depuis juillet dernier. Tous ces migrants se nourrissent grâce à la solidarité d’associations, dont Utopia 56, et dorment dans des tentes de fortune, sans espoir de voir leur situation s’améliorer rapidement.
Avant l’activation du plan grand froid, la préfecture de région faisait savoir que les services de l’État, en lien avec les opérateurs et les acteurs de la veille sociale, « s’étaient mobilisés intensément pour mettre à l’abri des publics en situation de rue depuis le 23 décembre ».
Ainsi, les maraudes ont été intensifiées dès le samedi 27 décembre : treize maraudes parcourent les rues de Paris afin de repérer les personnes en difficulté et de les orienter vers un dispositif adapté. À la demande de la préfecture de la région Île-de-France, préfecture de Paris, onze accueils de jour ont également élargi leurs horaires pour accueillir les personnes en situation de rue.
« Durant la vague de froid, de nouvelles places d’hébergement seront ouvertes, notamment via le 115 pour les femmes isolées à la rue ainsi que pour les familles avec enfants. Deux cents nouvelles places ont d’ores et déjà été mobilisées », faisaient également valoir les services de l’État. Avec l’activation du plan Grand froid, 300 nouvelles places d’accueil sont ouvertes. Des places d’hôtel supplémentaires vont également être réservées.