Continuer à construire ou pas ? Si les architectes actuels se trouvent confrontés à ce dilemme, le sujet n’est pas nouveau comme l’illustre "La Grande réparation". Ce projet international venu de Berlin et présenté jusqu’au 5 mai au Pavillon de l’Arsenal expose plusieurs exemples internationaux valorisant les vertus de la réparation et du soin quotidien de l’existant afin de limiter l’exploitation des ressources.
Comment avoir une pratique éthique de l’architecture ? Cette question taraude les jeunes architectes qui doivent naviguer entre deux approches qui s’opposent : continuer à construire au risque d’accentuer l’exploitation des ressources et se réduire à réparer l’existant. L’exposition que présente depuis le 7 mars 2024 le Pavillon de l’Arsenal propose des réponses à partir d’exemples très variés d’expérimentations menées dans plusieurs pays. « La Grande réparation » est un projet itinérant initié par Arch+ en partenariat avec l’Akademie der Künste de Berlin, l’ETH (Ecole polytechnique fédérale) de Zürich et l’Université du Luxembourg, avec pour « ambition, devant le constat de l’impossible réconciliation entre croissance illimitée et écologie, de proposer une nouvelle culture de l’architecture fondée sur la réparation ».
L’exposition commence par une photo du Pavillon avant qu’il ne devienne le Pavillon de l’Arsenal, « pour montrer les différentes vies d’un bâtiment et la raison pour laquelle nous accueillons ce projet alors que les travaux de réhabilitation du bâtiment vont débuter en fin d’année, explique Marion Waller, directrice générale du Pavillon de l’Arsenal. Le message consiste à dire qu’il est préférable de conserver les bâtiments et leur donner une nouvelle vie plutôt que de les démolir ». « La Grande réparation » évoque la réparation à toutes les échelles, du soin au quotidien tel que le ménage, jusqu’à l’architecture en temps de guerre (avec un film sur l’Ukraine et un projet en Palestine) qui doit réparer socialement et environnementalement.
Nouveau modèle économique de la ville
Ce projet a mobilisé des artistes et architectes du monde entier (Ghana, Japon, Palestine, Etats-Unis, Italie, etc.) au travers de réalisations menées depuis une cinquantaine d’années, le plus ancien datant de 1969 avec le « Manifesto for maintenance art » de Bettina Knaup. Outre le Pavillon de l’Arsenal, la France est présente au travers de l’exemple de non intervention de l’agence Lacaton & Vassal sollicitée pour réaménager une place publique de Bordeaux. « Cela montre qu’il est parfois préférable de laisser l’espace en l’état », commente Marion Waller.
De g. à dr. : Pablo Fillit, chargé de production, Marion Waller, directrice générale, et Jean-Sébastien Lebreton, directeur des expositions « Faire dialoguer les villes européennes » au Pavillon de l’Arsenal. © Jgp
L’immense maquette des carrières d’extraction allemandes et autres sites énergétiques est probablement la réalisation la plus impressionnante de cette exposition. « Tools to the people » pose la question de la réparation des territoires et de leur gouvernance et fait le lien avec l’autre exposition du Pavillon, « Energies légères » », précise la directrice générale, ajoutant que « la réparation ne dit pas qu’il ne faut plus rien faire, mais faire différemment, en recousant ».
Reste toutefois à imaginer un nouveau modèle économique de la ville fondé davantage sur la réparation et le soin permanent que l’extraction des ressources. « L’exposition montre à ce sujet comment les nouvelles technologies, telles que l’impression 3D, peuvent être utilisées ponctuellement pour fabriquer avec très peu d’énergie et de matériaux des pièces manquantes d’anciens bâtiments high tech, de manière à annuler leur obsolescence et ainsi les conserver », indique Pablo Fillit, chargé de production au Pavillon de l’Arsenal.