Cinq épreuves olympiques et paralympiques dans la Seine, sept sites de baignade rouverts à l'été 2025 : ce que la Chambre régionale des comptes d'Île-de-France qualifie de « changement de paradigme » est d'abord le résultat d'une décennie d'efforts du Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne. Son rapport d'observations définitives, publié fin mars 2026, dresse un bilan très positif d'un chantier hors normes mené dans les délais et sans dérapage financier
Des décennies d’interdiction effacées en un été. Quand les athlètes ont plongé dans la Seine sous le pont Alexandre III, le 30 juillet 2024, ils ont accompli ce que beaucoup jugeaient impossible encore dix ans plus tôt : nager dans un fleuve dont la baignade était prohibée pour raisons sanitaires depuis un siècle ! Derrière cette image, un acteur discret : le Siaap, qui traite quotidiennement 2,5 millions de mètres cubes d’eau dans six stations de dépollution. La Chambre régionale des comptes d’Île-de-France, qui a contrôlé l’action du syndicat depuis 2017 dans le cadre des travaux de la Cour des comptes sur l’héritage des JOP, lui rend un hommage mesuré mais réel. « Nous avons été au rendez-vous de nos engagements », résumait à l’issue des Jeux, François-Marie Didier, président du Siaap, dont l’action et l’engagement à la tête du syndicat sont salués par des élus de tous bords depuis son élection en 2021.
Une mobilisation sans précédent
Le plan baignade, lancé dès 2016 sous la coprésidence du préfet de région et de la maire de Paris, a représenté pour le Siaap une rupture profonde. L’établissement, jusqu’alors centré sur la qualité chimique et écologique des eaux, a dû intégrer un objectif entièrement nouveau : la qualité bactériologique, seule déterminante pour la baignade. La chambre reconnaît sans ambiguïté que le Siaap « a réalisé et financé une grande partie des actions nécessaires à l’atteinte de l’objectif minimum de qualité des eaux de la Seine au niveau des sites des épreuves olympiques ». Elle souligne également son rôle de pilote du sous-groupe « priorisation des rejets », cheville ouvrière de la gouvernance technique du plan, et salue une « organisation interne résiliente, très mobilisée ».
François-Marie Didier, président du Siaap, avec le préfet de la région d’Ile-de-France préfet de Paris Marc Guillaume. © Jgp
La juridiction constate par ailleurs que le syndicat a su faire évoluer ses ouvrages en cours de route pour en améliorer les performances. Le collecteur VL8 – initialement conçu comme un simple ouvrage de transfert – a ainsi été transformé en tunnel-réservoir de 51 000 mètres cubes, capable de retenir les eaux polluées lors d’épisodes pluvieux intenses. Dès le 17 août 2024, il a retenu 44 000 mètres cubes d’eau, faisant la démonstration immédiate de son utilité.
Un chantier titanesque livré dans les délais
L’ampleur des réalisations est saisissante. Le seul VL8 – 9 kilomètres de tunnel, 2,5 à 3 mètres de diamètre, creusé à grand renfort de tunneliers sous l’Essonne et le Val-de-Marne, mis en service le 14 juillet 2024 – a mobilisé 450 compagnons pendant près de quatre ans, pour un coût de 301 millions d’euros. À Seine Valenton, une unité de désinfection par acide performique, procédé innovant mis au point après trois ans de recherche par les équipes du Siaap, a été installée pour 8,5 millions d’euros – dix fois moins qu’un traitement aux ultraviolets équivalent. Ce dernier procédé a lui été modernisé à l’usine de Marne Aval à Noisy-le-Grand. Les abattements bactériologiques obtenus ont atteint 99 à 99,9 % sur les rejets des deux usines.
Au total, le volet Siaap du plan baignade représentera 527 millions d’euros de dépenses à l’achèvement de l’ensemble des chantiers. Compte tenu des subventions de l’Agence de l’eau Seine-Normandie (171 millions d’euros), le coût net pour le syndicat est évalué à 380,5 millions d’euros. Un dépassement de 24 % par rapport à l’enveloppe initiale, que la chambre explique pour moitié par la hausse des prix et les mesures d’accélération imposées par l’échéance olympique, facteurs largement extérieurs au syndicat.
Un été difficile, un pari tenu
L’été 2024 aurait pu tout compromettre. Le débit de la Seine était trois fois supérieur à la moyenne des quinze dernières années. Les précipitations annuelles à Paris dépassaient de 40 % les normales. Les concentrations bactériologiques en amont du réseau du Siaap étaient jusqu’à cinq fois plus élevées qu’en période ordinaire. Dans ces conditions, la chambre constate que le syndicat « a pu maintenir un nombre de jours baignables similaire à celui observé durant les cinq années précédentes » – ce qu’elle qualifie d’« effet tangible » de l’ensemble des actions menées. Toutes les épreuves ont finalement eu lieu.
La chambre relève deux points perfectibles : des délais de paiement aux fournisseurs trop longs – 41 jours en moyenne, jusqu’à 60 jours en 2024 – et un financement par la seule redevance assainissement de dépenses qui auraient partiellement dû être assumées par le bloc communal au titre des eaux pluviales. Des observations que le président du Siaap a accueillies sans contester, s’engageant à corriger les délais de paiement dès le budget 2026.
Un héritage fluvial désormais engagé
Sept sites de baignade ouverts à l’été 2025 – trois à Paris (Bercy, Bras-Marie, Grenelle) et quatre en Marne (Joinville-le-Pont, Champigny-sur-Marne, Saint-Maur-des-Fossés, Maisons-Alfort) – concrétisent la promesse faite lors de la candidature. Le coût annuel de fonctionnement des nouvelles infrastructures est estimé entre 12 et 13 millions d’euros, soit environ 1,40 euro par usager. Pour un fleuve redevenu baignable au cœur de la première métropole européenne, la facture paraît raisonnable, estiment les magistrats financiers.