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Christophe Devys : « Penser la santé à 10 ans, c’est aussi penser la région parisienne à 10 ans »

Christophe Devys a pris la tête, en août 2015, de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France, qui doit faire face à l'arrivée imminente de la métropole du Grand Paris.

Christophe Devys, directeur de l’Agence régionale de santé Ile-de-France. © ARS Ile-de-France

L’ARS a deux grandes familles de missions. La première est d’assurer la régulation de l’offre de soins dans le domaine hospitalier, ambulatoire et médico-social. Nous assurons la sécurité et la qualité des soins dans le cadre des contraintes financières fixées par le Parlement. Pour ce faire, il faut dialoguer, contractualiser avec les établissements pour définir la bonne adéquation de l’offre de soins dans les territoires. Avec un enjeu majeur pour le Grand Paris, qui est l’offre de soins de premier recours (les médecins généralistes, par exemple).

La deuxième mission comprend tout ce qui concerne la santé publique, avec les questions d’organisation de la veille et de la sécurité sanitaire, de l’anticipation et de la gestion des crises sanitaires, et puis toute la problématique de la promotion de la santé et de la prévention.

Les principaux interlocuteurs sont à la fois les représentants des médecins libéraux, les responsables des établissements de santé et les responsables (directeurs, présidents de CE, fédérations, etc.) des établissements médico-sociaux. Nous discutons également beaucoup avec les fédérations d’établissements. L’ARS est en quelque sorte le régulateur du système de santé régional.

Notre première préoccupation pour les années à venir, c’est l’élaboration du projet régional de santé, deuxième génération. Celui-ci doit être approuvé à la fin de l’année 2017. Il va ainsi y avoir une phase de préparation de ce projet régional de santé, suivi d’une phase de validation. Cela nous demande de penser la question de l’offre de santé à l’horizon de dix ans. Tout ce travail prospectif rejoint, évidemment, les préoccupations du Grand Paris et du développement métropolitain. Penser la santé à dix ans, c’est aussi penser la région parisienne à dix ans. Nous nous appuierons sur ce qui a été réalisé et ce qui est programmé en termes de politiques de logements, de développement économique, de préservation de l’environnement, d’aménagement urbain, de transports, etc. dans la métropole du Grand Paris pour réfléchir à notre programme.

Pour nous, la construction du Grand Paris constitue un enjeu capital. D’une part, du point de vue de l’accessibilité à la future offre de soins pour les populations actuelles et à venir, et d’autre part de l’appréhension des impacts de l’aménagement urbain sur la santé des populations. Notamment à travers la préservation de l’environnement et la réduction des nuisances, la qualité du cadre urbain, la promotion de l’activité physique dans l’espace public et ses impacts potentiels sur les pathologies chroniques (obésité), la réduction des inégalités.

Les projets du Grand Paris nous impacteront fortement dans toutes leurs dimensions : des lignes de transports métropolitaines aux projets d’aménagement et de création de logements dans nos quartiers. C’est pour cela que Claude Evin [ex-DG de l’ARS, ndlr] a décidé de créer dès 2012 une « mission Grand Paris » interne à l’Agence. En son sein, nous avons créé un groupe « projets Grand Paris », avec une équipe bénéficiant de deux rôles : d’une part, faire porter les préoccupations de santé auprès des acteurs du Grand Paris (maîtres d’ouvrages, aménageurs, élus et institutionnels), et d’autre part, faire intégrer par l’ensemble des directions de l’Agence les effets prévisibles liés à la mise en œuvre du Grand Paris et les doter d’outils d’analyse et de grilles de lecture pour enrichir leurs actions opérationnelles de cette dimension clé.

Ce serait plutôt une somme de grands défis. Pour l’offre de soins, il faut que l’on accompagne les professionnels de santé de proximité et les collectivités pour favoriser l’implantation de médecins de premier recours sur les territoires du Grand Paris, qui vont être densifiés, et qui vont profiter d’une nouvelle accessibilité via le réseau « Grand Paris Express ». On sait que certaines de ces zones sont déjà déficitaires en offre de soins de premier recours, et le seront peut-être demain si nous ne pensons pas cette question en parallèle de la dynamique d’aménagement du territoire.

Je pense par exemple à la Seine-Saint-Denis, au nord de Paris. Ce sont des zones qui ont déjà une offre de soins de premier recours (médecins de ville, maisons de santé) très peu dense. L’évolution du Grand Paris va faire que ces zones vont accueillir des populations encore plus importantes grâce à l’amélioration des transports. Il faut que l’on se mette en situation d’essayer de favoriser la présence de soins de premier recours dans ces lieux. C’est une de nos premières préoccupations. Nous devons nous pencher aussi sur le rééquilibrage de l’offre médico-sociale pour les personnes âgées et handicapées au sein des différents territoires de la région.

Sur la santé publique, il faut que l’on réfléchisse à construire un projet d’aménagement qui soit susceptible de favoriser la pratique de l’activité physique, de la marche à pied, la réappropriation de l’espace public, dont le manque de pratique est assimilé à des problèmes de santé comme l’obésité ou le diabète. Nous nous sommes rapprochés de la Société du Grand Paris pour définir un protocole de collaboration. Par ailleurs, le « Cahier Santé de l’observatoire des quartiers de gare » est un exemple de travail commun avec la SGP et l’Atelier parisien de l’urbanisme : il reprend l’ensemble des thématiques que je viens de vous évoquer, des disparités d’offre de soins aux questions d’aménagement urbain favorable à la santé. Il sera publié en décembre prochain.

L’ARS Ile-de-France suit avec intérêt les travaux de la mission de préfiguration de la MGP, et il en sera de même pour l’exercice de l’action publique métropolitaine. Les compétences obligatoires de la métropole concerneront l’aménagement, la politique d’habitat, le développement économique et elles auront notamment un impact significatif sur les grands établissements de santé : nous y serons vigilants. Nous aurons un dialogue, c’est certain, extrêmement nourri, comme nous l’avons avec l’ensemble des acteurs actuels.

Son constat est objectif, il ne s’agit pas de le contester. Les groupements hospitaliers de territoire (GHT) sont issus de la future loi de modernisation de notre système de santé. L’idée, c’est de renforcer la collaboration entre les établissements de santé avec l’obligation pour ces établissements de rejoindre un GHT, avec également une possibilité souhaitée d’association des établissements médico-sociaux et des établissements de santé privés. C’est quelque chose qui se mettra en place progressivement au cours de l’année 2016.

Ce mouvement s’inscrit dans un processus de collaboration entre les établissements, qui existe déjà avec les communautés hospitalières de territoire (CHT) ou les groupements de coopération sanitaire (GCS). L’idée est de renforcer l’accessibilité aux soins, la graduation de l’offre de plusieurs établissements sur un territoire, et aussi de répondre à des enjeux financiers et de démographie, renforcer des synergies, des mutualisations entre établissements dans le domaine médical. Il y aura un projet médical partagé par le groupement hospitalier de territoire, en matière, par exemple, de service commun entre les établissements.

D’abord, les GHT concernent toute la France. Ensuite, GHT et territoires MGP ne répondent pas aux mêmes logiques. Pour les GHT, qui sont encore actuellement en cours de définition en Île-de-France, nous nous appuyons à la fois sur les besoins de la population et de l’existence des collaborations entre les établissements. Ainsi, nous réfléchissons à la fois à la carte des besoins de la population (comment sont articulés les bassins de vie, etc.), tout en nous basant sur l’existant, sur la carte des établissements de santé. On essaye de renforcer les collaborations, et pour ce faire, il faut partir de collaborations existantes. Nous ne sommes pas, ainsi, dans les mêmes échelles ni les mêmes objectifs que les établissements publics territoriaux. On va certainement, dans le cadre de la préparation du projet régional de santé, s’appuyer sur les décisions du Grand Paris. La collaboration existe déjà dans les deux sens. Elle est excellente, je souhaite simplement qu’elle s’amplifie.