À l’occasion des dix ans de la Métropole du Grand Paris, l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) publie le premier atlas consacré à ce territoire. Alexandre Labasse, son directeur général, en détaille les enseignements : un portrait factuel, carte après carte, d’une réalité métropolitaine que ses habitants pratiquent sans toujours la nommer.
Pourquoi publier un atlas de la métropole du Grand Paris aujourd’hui ?
L’occasion des dix ans de la métropole nous a semblé le bon moment pour essayer de décrire le fait métropolitain qui émerge, les grandes dynamiques, ce qui caractérise la Métropole du Grand Paris par rapport aux autres métropoles européennes et françaises. Et aussi porter une connaissance partagée sur ce qui fait métropole et sur la façon dont on y vit. L’atlas, c’est 300 cartes, une centaine de sources, neuf chapitres couvrant les grands enjeux du territoire.
Vous avez fait le choix de vous tenir strictement aux 130 communes et 11 territoires de la Métropole. Pourquoi ne pas élargir à la zone urbaine dense de l’Insee, voire à la région ?
Alexandre Labasse, directeur général de l’Apur. © Jgp
Le périmètre existe, il découle d’un texte de loi. Au lieu de poser la question de savoir si c’est un bon ou un mauvais périmètre, nous avons préféré nous demander : qu’est-ce qu’il raconte ? Quels projets y trouve-t-on ? Quelles en sont les caractéristiques ? Cela ne veut pas dire qu’on exclut ce qui est en dehors – l’atlas s’ouvre d’ailleurs sur la question de la Gemapi et du bassin hydrographique de la Seine, qui dépasse largement ce périmètre. Mais à partir du moment où cette limite existe, il y a un dessin, et donc quelque chose à montrer.
La transformation de bureaux en logements est un sujet très débattu. L’atlas y apporte-t-il un éclairage ?
On documente le parc de bureaux, sa vacance, et les transformations du bâti. Ce que l’on observe, c’est que les grandes transformations de bureaux en logements à l’échelle métropolitaine ont été portées principalement par des fonciers publics – à l’exemple de Morland, ou des emprises militaires reconverties. Dans le tissu parisien, la grosse part de la transformation provient en réalité de petites opérations : des cabinets médicaux, de petits bureaux qui redeviennent du logement. Chez les acteurs privés, on observe surtout des conversions en résidences spécifiques – étudiantes, personnes âgées. Ce qui nous préoccupe davantage à l’Apur, c’est la transformation de bureaux en hôtels, qui représente aujourd’hui la masse la plus importante. Si l’on cumule les logements type Airbnb et les anciens bureaux devenus hôtels, certains quartiers évoluent progressivement vers une économie quasi exclusivement touristique.
Les inégalités augmentent-elles au sein de la métropole, comme on l’entend souvent ?
Taux de pauvreté dans la métropole du Grand Paris. © Apur
Nous montrons très clairement la question des inégalités, mais nous ne sommes pas tout à fait d’accord avec le discours de gentrification permanente. Ce que disent les cartes, c’est plutôt une tendance à la réduction des inégalités dans un certain nombre de secteurs. Sur la mixité, nous savons même comment la produire : tous les quartiers mixtes de la métropole ont la même constitution – un tiers de propriétaires occupants, un tiers de locataires du parc privé, un tiers de locataires du parc social. Quand on regarde les données, si on veut aller vers plus de mixité, on sait la créer.
Au fond, à qui s’adresse cet atlas ?
À tous ceux qui vivent dans la métropole et qui, souvent, ne la connaissent pas vraiment. Je ne comprends pas que des élèves scolarisés dans les établissements de la métropole ignorent ce qu’est le Grand Paris, que des professionnels chevronnés ne connaissent pas les dates d’arrivée des lignes du Grand Paris express. Ce que montrent les chiffres, c’est que neuf actifs sur dix habitent et travaillent dans la métropole. Ce n’est pas une ville pendulaire. C’est un territoire où les gens vivent, élèvent leurs enfants – on y vit plus en famille que dans la plupart des autres métropoles françaises –, s’impliquent dans la vie associative, qui est extrêmement dynamique. Les grands défis à venir – déchets, eau, climat, logement, mobilités, enseignement supérieur – se joueront à cette échelle. C’est pour cela qu’il nous semble fondamental de la cartographier, de lui donner à voir ce qu’elle est.