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A Bougival, le Siaap innove et écoute le « chant de la Seine »

A l’occasion de la Journée de la biodiversité, le service public de l’assainissement francilien dévoilait sa station d’observation à Bougival (Yvelines) et une innovation en matière de biosurveillance : Sein’Acoustic.

Une petite plateforme en fer surmontée d’une cabine tangue sous les pas. C’est là, caché dans un écrin de verdure à Bougival (Yvelines), que se trouve l’une des stations de mesure « historique » du Siaap (Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne). A l’occasion de la Journée de la biodiversité, ce mardi 20 mai 2025, l’établissement public organisait une visite de ce lieu chargé de la surveillance de la qualité des eaux de la Seine. Le site de Bougival est rattaché à l’observatoire MeSeine, créé en 1990 par le Siaap, qui analyse via ses stations un linéaire total de 125 km pour la Seine et de 13 km pour la Marne. A Bougival, on évalue la qualité physique et biochimique de l’eau en aval de la Seine, mais aussi la biodiversité, notamment piscicole, qui n’a cessé d’augmenter ces dernières années sous l’effet des réglementations européennes et des investissements corollaires au plan baignade. Aujourd’hui, 36 espèces de poissons peuplent les deux rivières, contre seulement trois dans les années 1970, à l’heure où le fleuve était quasi « biologiquement mort ».

La plateforme du Siaap à Bougival. © SV pour Jgp

Sein’Acoustic, une innovation en matière de biosurveillance

Ce fait nouveau a donné lieu à des innovations en matière de biosurveillance. Depuis 2023, le Siaap et la société Suez expérimentent le projet Sein’Acoustic. Vu de l’extérieur, le dispositif ne donne pas dans la sophistication : un hydrophone et son armure de métal sont immergés dans le cours d’eau pour « écouter la rivière » et mieux se renseigner sur la densité et l’activité biologique de la population. « Ce qui nous intéresse, c’est le vivant, pose Robin Richoux, technicien à l’observatoire MeSeine. On travaille sur le son des poissons, la prédation, mais aussi sur les bioclicks que peuvent émettre les macro-invertébrés. »

Le micro de Sein’Acoustic. © SV pour Jgp

Il faut encore lire et décoder cette partition sous-marine – qu’a pu écouter Le journal du Grand Paris – faite de gargouillements, bips, cliquetis et autres rumeurs fluviales. Au total, quatre stations ont été installées de l’amont en aval de l’agglomération parisienne, dans des lieux choisis pour leur quiétude, pour mieux éviter les bruits parasites. Depuis le début de l’expérimentation, 7 811 heures de ce « chant de la Seine » ont été enregistrées. « Nous avons énormément de sonorités inconnues, poursuit Robin Richoux. Bien sûr, on arrive assez facilement à séparer le son des poissons du reste. Pour traiter ces données, nous travaillons avec un outil informatique, un algorithme développé avec Suez. » « Cet outil permet d’étudier les variations des fréquences et nous a permis de regrouper les sons et de les répartir en 12 groupes : des signatures vocales correspondant à des catégories, des espèces », précise Sabrina Guérin, directrice innovation au Siaap.

Sabrina Guérin, directrice innovation au Siaap. © SV pour Jgp

Outre le fait de suivre en continu de la vie aquatique sans perturber le milieu, l’expérience doit permettre d’établir une « normale » des fréquences sonores de la Seine. Et ainsi de détecter d’éventuelles anomalies. Si les données acoustiques sont perturbées, cela pourrait, par exemple, signifier une baisse de l’oxygénation du fleuve. Car la vie retrouvée de la Seine est « fragile » alerte Vincent Rocher, directeur délégué stratégie, innovation et environnement au Siaap. « La Seine est riche mais subit la pression de la ville. Le moindre apport de matière organique peut conduire à la désoxygénation de la rivière. Il faut s’assurer de faire les bons choix pour pérenniser cette biodiversité. J’ajoute que celle-ci ne dépend pas uniquement de la qualité de l’eau, mais aussi de l’environnement qui l’entoure, cela suppose de s’intéresser à ce pan de l’ingénierie biologique. C’est peut-être un des leviers qui n’a pas été assez utilisé à ce jour ».