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Maud Caubet, ou l’architecture politico-poétique

Revendiquant une vision "bienveillante et joyeuse" de son métier, Maud Caubet a conscience du "rôle essentiel, politique et poétique" qu’elle et ses homologues jouent dans la ville. À un "moment charnière" de sa carrière, une exposition lui est consacrée à la Galerie d’architecture. Et elle doit animer une conférence à la Cité de l’architecture et du patrimoine. Rencontre.

Les grandes figures féminines de l’architecture ne sont pas si nombreuses. Non seulement Maud Caubet est de celles-ci, mais en plus, elle développe une philosophie sensible de son métier, dont elle loue le « rôle essentiel, politique et poétique » dans la cité. À la tête depuis près de 20 ans (2006) d’une agence – « cosmopolite, horizontale et majoritairement féminine » – d’une vingtaine de personnes, elle est lauréate du prix « Femme architecte » 2024. Depuis le 28 août et jusqu’au 25 septembre, une exposition lui est consacrée à la Galerie d’architecture, dans le Marais, baptisée « Habiter » (1). Et le lundi 15 septembre, elle animera une conférence à la Cité de l’architecture et du patrimoine, dans le cadre des Entretiens de Chaillot (2).

Maud Caubet devant des maquettes de sa tour Racine à la Galerie d’architecture. © Jgp

« À mi-chemin de mon parcours professionnel »

« Il y a trois ou quatre ans, la Galerie d’architecture m’a appelée pour me proposer une rétrospective sur mon travail, raconte Maud Caubet. J’avais refusé parce que je ne me sentais pas prête. Aujourd’hui, à l’approche de la cinquantaine – j’ai 47 ans –, j’ai le sentiment d’être à mi-parcours. Après avoir subi beaucoup de portes qui se ferment et de désillusions, je doute moins, je suis plus apaisée, plus mature, à un moment charnière. » Elle a donc accepté, avec la bonne humeur et l’enthousiasme qui la caractérisent, de présenter quelques-uns de ses « projets emblématiques », déjà livrés, en chantier ou en cours de réflexion.

La tour Racine, Maud Caubet architectes. © Fabrice Fouillet

La tour Racine (Paris 12 arr.), qui l’a « fait connaitre d’un public plus large », a été livrée en décembre 2024. Ancien siège de l’Office national des forêts (ONF) de 35 m de haut – érigée en 1970 dans un style brutaliste –, elle a été transformée par Maud Caubet architectes (pour Alderan). Désormais réversible, l’immeuble rond intègre un vaste patio de 12 m de profondeur, inondant de lumière naturelle les sous-sols, et se coiffe d’une serre bioclimatique en verre et bois, accueillant agriculture urbaine et café panoramique. Plusieurs maquettes, coupes et photos sont présentées dans l’exposition.

« La Défense Vision 2050 »

Parmi les autres projets mis en valeur : Origine à Nanterre (Hauts-de-Seine), un complexe de bureaux et services conçu comme un morceau de ville mixte et végétalisé (Icade, livré) ; Les Sheds à Pantin (Seine-Saint-Denis), réhabilitation d’anciens entrepôts industriels en équipements municipaux (livré) ; La Brèche aux loups à Paris (12e arr.), chantier en cours qui combine logements, espaces collectifs et ouverture sur la rue (Sogelym Dixence). On trouve aussi un immeuble en terre crue (pisé) à construire à Lyon, un sanatorium à réhabiliter à Dreux, une maison individuelle dans les Landes, intégrée au paysage. Ou encore le projet « La Défense Vision 2050 », qui consiste à réaménager les quais de Seine et à implanter une « passerelle suspendue » au-dessus du pont de Neuilly (Hauts-de-Seine) pour relier la ville au quartier d’affaires. « Ce projet va se faire, assure l’architecte. Grâce à un partenariat public-privé. Les discussions sont en cours avec Paris La Défense, le préfet et les villes concernées. »

La Défense, Vision 2050. © Maud Caubet Architectes

Avec cette exposition, Maud Caubet entend « montrer au grand public les pouvoirs de l’architecte » : « Dans cette époque si anxiogène, je veux que les enfants comprennent qu’on peut encore, par l’architecture, faire avancer le monde dans le bon sens, parler de beauté et de rêve. » La scénographie intègre des chants d’oiseaux, qui procurent un « sentiment d’apaisement, comme les plantes vertes ou l’odeur de café » et rappellent que l’architecture de Maud Caubet engage tous les sens.

Maquette de La Défense 2050 de Maud Caubet à la Galerie d’architecture. © Jgp

Comment définit-elle son travail ? « Une architecture qui fait du bien, répond-elle. Je dessine des espaces où il fait bon vivre, où on dort bien, on travaille bien, on rigole bien. Des lieux de rencontre, de partage. Mon premier objectif, c’est de créer du lien. » Du lien entre les habitants, les générations, les époques… Maud Caubet, qui a commencé comme stagiaire dans l’agence de l’architecte d’intérieur Andrée Putman, revendique aussi une « approche globale, inspirée du Bauhaus, décloisonnant design, architecture, urbanisme et paysage ».

Exposition « Habiter » consacrée à Maud Caubet à la Galerie d’architecture. © La Galerie d’architecture

Une « architecture sensorielle »

Sa réflexion autour du mot « habiter » dépasse la seule question du logement. Elle l’envisage au sens large. « On joue un rôle important dans la ville, insiste-t-elle. L’architecture peut être discriminante, dure, hiérarchique, soviétique. Ou au contraire bienveillante et joyeuse, empathique et douce, évolutive, inspirée du contexte, sensorielle… Moi, par exemple, je suis très sensible au toucher des matériaux, à la lumière, aux jeux d’ombre, aux transparences. » Maud Caubet en est convaincue : chaque projet a une portée politique autant que poétique.

(1) Du mardi au samedi, 11h-19h. 11, rue des Blancs-Manteaux (Paris 4e arr.). Accès libre. Rens. sur galerie-architecture.fr.

(2) À 19h. 7, rue Albert de Mun (Paris 16e arr.). Accès libre. Réservation obligatoire (citedelarchitecture.fr).